Droit commercial ENM – Quels manuels utiliser ?

Salut à tous / toutes !

Nous arrivons à la fin de ce tour d’horizon des manuels juridiques après ceux de droit européen, de droit social et de droit international privé. J’en profite pour remercier les lecteurs et lectrices, forçat(e)s ou non, qui lisent ma prose depuis maintenant bientôt deux ans, et qui m’ont écrit en nombre pour réclamer ces articles !

Je me permets une petite suggestion semi-moralisatrice, à l’heure des emplettes de manuels : si vous le pouvez, je vous invite chaleureusement à commander ou acheter vos bouquins dans une librairie indépendante plutôt que de filer vos euros à la FNAC, Gibert Joseph ou Amazon. Allez-y pour les consulter dans les rayons, faites votre choix, et filez chez votre libraire : vous les aurez sous deux jours, au même prix (loi sur le livre oblige), avec le sourire en prime et la joie de contribuer à la survie des librairies de quartier !

Revenons à nos manuels. A mon sens, le droit commercial est la matière des oraux techniques la plus « facile » (notez bien les guillemets), car les sujets sont relativement basiques et les éléments au programme également. Contrairement aux trois autres matières, et surtout au déhipé, on peut enclencher le pilote automatique : on recrache sa fiche sans faire d’histoires, comme un frisbee (« La société par actions simplifiée » ? Tiens là v’la »).

Vous l’aurez compris, c’est une matière où vous aurez beaucoup d’éléments techniques à ingurgiter (statuts des sociétés, conditions et mise en place du redressement et de la liquidation judiciaire…), mais le degré de problématisation est très faible. Par conséquent, même les manuels un peu bateau, qui flirtent avec la compilation de fiches, peuvent se révéler efficaces. Dans tous les cas, votre/vos manuel(s) doivent vous permettre d’apprendre directement dedans, sans faire de fiche inutile (c’est un pléonasme…).

Si vous suivez une prépa et que vous avez de bons restes de la matière, vos polycopiés pourraient même vous suffire : utilisez de petits manuels « d’appoint » pour colmater les brèches et tout remettre en ordre. Le droit commercial a certes évolué, mais un manuel d’il y a trois ou quatre ans fera amplement l’affaire. Si vous vous sentez léger ou que vous découvrez complètement les joies du « droidésoss » et du DED (oui, j’ai osé), je vous conseille de vous référer à certains chapitres de manuels que nous allons découvrir dès à présent. Dans tous les cas, pensez court, synthétique et efficace, tel l’honnête commerçant(e) !

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Une édition 2015 du Cozian en version reliée ? Mouais, je dois avoir ça dans un coin, repassez dans une demi-heure.


Très utile

Maurice Cozian, Florence Deboissy, Alain Viandier, Droit des sociétés, éd. LexisNexis, 900 pages.

droit-des-societes« Du haut de sa 30ème édition, Maurice Cozian nous contemple ». Il est au droit des sociétés ce que les pyramides sont à la civilisation égyptienne. Des générations de juristes et de forçats de la prépa ont bûché à partir de son ouvrage très vivant, facile d’accès et constamment mis à jour. Très transversal, il a l’avantage de vous faire en même temps assimiler des notions de droit social et des difficultés financières de l’entreprise. Sur les différents types de société, on n’a à ce jour rien fait de mieux : les 200 pages qui concernent pleinement le programme peuvent être potassées avec gourmandise. C’est pourquoi j’ai fait une infidélité aux manuels verts LGDJ sur ce coup-là, même s’il n’est bien sûr pas à lire en intégralité : plusieurs parties concernent davantage les chefs d’entreprise curieux (chapitres sur les holdings, les fusions-acquisitions, les levées de fonds…) ou l’apprenti évadé fiscal que le/la forçat(e).

Jérôme Bonnard, Droit des entreprises en difficulté, éd. Hachette Supérieur, 166 pages.

droit-des-entreprises-en-difficulte-9782014004861L’exemple même du manuel basique et efficace : un maximum de connaissances dans votre cortex en un minimum de temps. Assez « sec » dans le style, je vous l’accorde, sa présentation a le mérite de segmenter clairement une matière assez mal définie au final, et les chapitres offrent souvent un découpage qui peut faire un excellent plan d’exposé oral. Il est par ailleurs très synthétique sur la question (assez complexe) du sort des créanciers, et aborde aussi le droit pénal de l’entreprise et les sanctions envers les dirigeants.


Pourquoi pas ?

Dominique Vidal, Droit des sociétés, éd. LGDJ, 798 pages.

droit-des-societes-9782275035000L’amour que je porte aux manuels verts LGDJ pourrait faire l’objet d’une comédie romantique avec Hugh Grant et Sandra Bullock. Mais j’ai eu beau comparer, j’ai préféré l’audace et la fougue du Cozian à la rigueur et à la clarté du célèbre « plan LGDJ ». Vous n’aurez pas le temps de le lire in extenso, et il comporte également des passages hors programme comme son concurrent. Mais il permet comme nul autre d’acquérir l’architecture de la matière, de se repérer dans l’univers pas si désordonné du droit des sociétés. Bref, il a toutes les qualités qui me font « apprécier » (là encore, je mets des guillemets) les manuels LGDJ.

Caroline Henry-Laurence et Lætitia Antonini-Cochin, L’essentiel du droit des entreprises en difficulté, éd. Gualino, coll. Carrés rouges, 160 pages.

l-essentiel-du-droit-des-entreprises-en-difficulte-9782297068628Le style est sans fioritures : ce manuel à Jean Carbonnier ce que la musique militaire est à la musique. Quant à l’apparence et l’ergonomie, comme dirait Jean-François Piège, « le goût c’est important, mais y a aussi le visuel ». Si vous aimez les livres avec un beau papier et une disposition esthétique, accrochez-vous : il faut supporter les petites flèches façon Word édition 1997. Mais c’est le concentré du concentré, une sorte d’huile essentielle du droit des entreprises en difficulté, à ceci près qu’on ne peut pas le diluer dans un diffuseur pour parfumer sa maison. Pour le dire en des termes juridiques, « ça fait le taf ». Les mêmes auteures en ont fait une version longue, toujours chez Gualino (collection Memento LMD), si vous estimez le carré un peu léger.

Françoise Pérochon, Le droit des entreprises en difficulté, si vraiment, pour le plan ; le livre de l’intarissable Bruno Dondero, star de Twitter, chez Dalloz Hypercours. En passant, ce généreux professeur met à disposition sur son blog plusieurs plans de ses cours de droit des sociétés à l’université Paris I. Sa chaîne Youtube comprend également des dizaines de cours filmés, de durée variable et toujours empreints de son sens de l’humour légendaire : idéal pour bien tout cimenter à l’approche des oraux.


A éviter

Comme pour les trois autres matières, certains types de manuels sont à laisser précieusement sur les étagères de la librairie, même si succomber à la fièvre acheteuse est parfois tentant (car rassurant – ça ferait une bonne thèse de psychologie, tiens).

C’est donc la quatrième fois que vous le lisez sous ma plume, mais c’est particulièrement vrai en droit commercial : les immenses manuels hyper techniques vont vous conduire directement dans une armée de détails, idéaux pour devenir mandataire judiciaire ou juriste d’affaires au cabinet Shark & Big Flooz, mais pas magistrat(e). Adieu Jacquemont (LexisNexis), Saint-Alary-Houin (LGDJ Domat) et autres collections du genre Précis Dalloz ou Francis Lefebvre.

Écueil inverse, certains manuels ont une visée « pratico-pratique » et peuvent manquer de corps. Le droit commercial connaît un regain d’intérêt récent, à la faveur de la création de nouveaux statuts (EURL, société européenne, et surtout autoentreprise), et des mutations du commerce et de l’artisanat sous l’effet de l’ « ubérisation » de l’économie. Certains bouquins visent plutôt un public non-juriste (syndicats, commerçants/artisans, auto-entrepreneurs) et s’arrêtent à de vagues notions de gestion et aux seuls statuts des sociétés.

Quant à cette discipline qu’on appelle dans le milieu le « droidézaff », elle n’est pas au programme et on a vite fait de s’égarer tant certains manuels de droit des sociétés entremêlent les deux. Le droit des sociétés peut s’analyser comme la fondation civiliste du droit des affaires, et c’est uniquement cela que vous devez réviser. J’ai vu quelques camarades de prépa déraper dans leurs révisions, notamment sur les sociétés par actions, auxquelles les manuels doivent consacrer de larges parties au regard de leur importance dans le paysage économique et social (éléments sur l’introduction en bourse, les fusions-acquisitions, la gestion du capital…). Bref, tout ce qui sonne global-business-corporate-financing, ça prend le premier avion pour Singapour ou Wall Street.

Évitez aussi les manuels consacrés aux seules procédures collectives : la matière des entreprises en difficulté est plus large que les trois grandes procédures et englobe aussi le sort des créanciers, la sanction des dirigeants impécunieux… A fortiori, ne vous farcissez pas de manuel, même très court, sur les seules liquidations ou redressements.

Enfin, quant aux infractions liées au droit commercial, elles sont au programme, mais vous n’aurez pas besoin d’un manuel spécifique pour réviser le travail dissimulé et la banqueroute. De vieux cours, un demi-chapitre d’un bouquin de droit pénal spécial de L2 ou une fiche chopée ça ou là feront parfaitement l’affaire.

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Sortir ça à la fin de son exposé de droit commercial : osera, osera pas ?


Au terme de cette série d’articles sur les manuels pour réviser vos oraux techniques, on constatera tout d’abord que Dalloz, le principal éditeur juridique français, ne propose pas pour l’instant d’ouvrages adaptés à la préparation du concours de l’ENM – et notamment en droit commercial. Il s’agit d’ouvrages d’excellente qualité, mais trop complexes et impropres à la préparation des oraux techniques de l’ENM tels qu’ils sont conçus. Étrangement, vous trouverez plutôt votre bonheur (et le bonheur des examinateurs/trices) chez des éditeurs généralistes, comme Hachette et Gualino, ainsi que chez l’indéboulonnable LGDJ.

J’espère avoir pu vous aider un tant soit peu dans la détermination de votre choix de manuel, et j’espère surtout avoir réussi à vous décrocher un ou deux sourires malgré un sujet si rébarbatif, à une période de l’année où on a souvent l’esprit stressé par l’attente de l’admissibilité et l’angoisse en vue des oraux.

Bonnes révisions estivales à vous et courage !

From ENM, with love


6 réflexions sur “Droit commercial ENM – Quels manuels utiliser ?

  1. Bonjour, je tiens tout d’abord à vous remerciez pour ce blog et la myriade de conseils prodigués ici.
    Je prépare mes oraux en fonction des annales que vous avez posté pour chaque matière mais je m’interroge.
    Pour certaines questions, les bouquins me fournissent peu de matière et je pense que je ne pourrais pas tenir 10 minutes.
    Est ce que certains sujets sont effectivement conçus pour être trop courts pour 10 minutes ou est ce un défaut de recherches de ma part ?
    Au plaisir de vous lire

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    1. Bonjour à toi Claire et merci d’avoir pris le temps de lire mes petits articles!

      A question simple, réponse simple : non, il n’est pas absolument nécessaire de tenir les dix minutes prévues. Dans l’idéal, si tu peux, occupe le temps au maximum et cherche à atteindre ces fameuses dix minutes, mais si tu n’as plus rien d’intéressant à dire, tu pourras t’arrêter avant. Le jury l’a écrit dans son rapport : certain(e)s candidat(e)s cherchent à tout prix à meubler et les examinateurs s’en aperçoivent. Pour ma part, j’ai tenu sept-huit minutes en droit européen sur un sujet riquiqui et j’ai eu 12… Pas d’inquiétude là-dessus donc! Bon courage à toi pour ta préparation!

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    1. Bonjour Audrey! C’est justement pour cela que je déconseille fortement d’en faire l’achat, ainsi qu’une lecture exhaustive. L’emprunter en bibliothèque pour lire uniquement les chapitres les plus au centre du programme est amplement suffisant. Il n’existe pas à ma connaissance d’autre manuel se rapportant aux épreuves d’admission dans la collection du MCMG. Je ne suis cependant pas spécialiste de la question, et j’avais des polycopiés de prépa pour constituer le socle principal de mes révisions… A mon avis, n’importe quel manuel d’environ 200-250 pages dans une maison d’édition sérieuse fera le job! Bonnes révisions à toi!

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  2. Petite question : dans l’ouvrage de Droit des sociétés de Cozian, es-tu d’accord avec le fait que tout est à apprendre à l’exception des 3 derniers titres ?

    Autrement dit, on doit apprendre la première partie in extenso, la deuxième partie à l’exclusion de son titre 3 (autres sociétés et groupements), et EXCLURE la troisième partie (restructuration et groupes de sociétés).

    C’est le bordel….

    Merci

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    1. Bonjour Inès! Je dois avouer que je n’ai pas le Cozian avec moi et que je l’avais consulté en bibliothèque au moment où j’ai rédigé cet article. Je ne peux donc pas te dire précisément quelle partie apprendre ou non, mais regarde bien le programme sur le site de l’ENM, tu parviendras à faire le tri. Il s’agit d’apprendre le socle du droit des sociétés, et notamment les différents types de sociétés civiles et commerciales. Les holdings, les prises de participations, fusions-acquisitions et tout se qui rapporte à proprement parler au droit des affaires est à exclure! Bon courage à toi et bonnes révisions estivales!

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