Note de synthèse ENM – Comment se préparer ?

Salut à toutes et à tous !

Par habitude, j’ai d’abord utilisé le titre de mes autres articles consacrés aux différentes épreuves : « Comment réviser ? ». Et j’ai explosé de rire tout(e) seul(e) devant mon clavier (je suis très bon public…). Prétendre « réviser » au sens strict cette épreuve a en effet de quoi provoquer le rire : imaginez-vous à la bibliothèque en train de potasser un manuel de note de synthèse et avouez que c’est assez rigolo.

J’ai ensuite essayé « Note de synthèse ENM – Dans la tête du correcteur ». Si comme je l’ai souvent répété, le préalable à la rédaction d’une bonne copie est la compréhension parfaite des attendus du concours, ici, c’est plus compliqué que prévu. Dans la tête du correcteur, pour une fois, c’est le bazar complet. Vous avez l’impression de ne rien comprendre à la note de synthèse ? « Rassurez-vous », les correcteurs eux-mêmes n’y comprennent rien – et c’est d’ailleurs pourquoi j’ai longtemps attendu avant de produire cet article, ne sachant pas par quel bout le prendre.

« Mon pote le correcteur », vice-procureur de son état, m’a raconté la réunion du jury avec les correcteurs de la note de synthèse en 2015. Il se souvient avoir vu les regards interrogatifs, voire interloqués de ses camarades d’infortune, devant lesquels un représentant du jury peinait à expliquer la finalité et les attendus de l’épreuve. Une autre magistrate chevronnée l’a corrigée plusieurs années de suite et m’a confirmé que la réunion de préparation est digne d’un film avec Louis de Funès (et plutôt du genre le Gendarme et les extraterrestres que La traversée de Paris).

Fort heureusement – et il faut sur ce point rendre grâce au jury du concours 2018 -, un éclaircissement plus que bienvenu a été apporté à ce mystère qu’était la note de synthèse. Alors que les rapports du jury successifs comportaient des vagues de copié-collé et rabâchaient les mêmes antiennes d’année en année, la cuvée 2018 apporte de nombreuses précisions sur les attendus des épreuves écrites et orales, et notamment la note de synthèse.

Après vous avoir présenté rapidement le déroulement de l’épreuve, je vous indiquerai comment vous préparer au mieux pour cette épreuve baroque et comment faire de vos quatre pages et demi un bijou de savoir et d’intelligence publiable dans la Gazette du palais !

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– « Et là il me sort : j’ai parfaitement compris l’épreuve de note de synthèse »


Le déroulement

L’épreuve se déroule début septembre à Bordeaux, et plus précisément à Mérignac, dans le fameux pavillon du Pin galant, où des stars internationales telles que Renan Luce, Yolande Moreau ou encore Francis Lalanne se sont produites. A mon époque vénérable que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, les admissibles avaient encore droit au remplissage des célèbres tests psychologiques et des assemblages de dominos.

Les candidat(e)s se voient distribuer un dossier documentaire sur un sujet de société, généralement d’actualité, avec une forte dimension juridique (privatiste ou publiciste, ou un peu des deux). Il comprend entre 15 et 20 documents, représentant environ 50 pages, qui peuvent être des articles de codes, des glossaires, des textes réglementaires, des extraits de rapports, des articles de presse grand public et spécialisée, des captures d’écran de sites web…

Avec le sourire aux lèvres et la joie au cœur, ils rédigent une « note » à la manière d’un haut fonctionnaire dans un cabinet ou un ministère, pour synthétiser des informations disparates à l’attention d’un supérieur hiérarchique (qui n’a plus le temps de lire les documents lui-même, entre un conf’call avec Tokyo et un brainstorm à Los Angeles…). Les thématiques abordées ces dernières années sont :

  • 2015 : la gestation pour autrui
  • 2016 : l’influence des modes de scrutin sur la représentation politique
  • 2017 : la double nationalité
  • 2018 : la justice prédictive

L’ENM indique dans le programme officiel que le document remis doit faire « environ » quatre pages. Autrement dit, quatre pages bien remplies, car on a souvent bien plus de choses à écrire que de place pour le faire. Déborder un peu sur la cinquième est à éviter par principe, mais je doute que ce soit éliminatoire : j’avais eu une excellente note en 2016 en mordant gentiment…


Comment s’y préparer ?

J’ai choisi de ne pas rédiger un article spécifique là-dessus, car il est impossible (et vain) de se préparer à la note de synthèse de manière théorique. Le meilleur moyen de « progresser » (notez les guillemets), c’est de réaliser avec application les exercices proposés par votre prépa, de bien potasser le rapport du jury 2018 et de choper des sujets et des corrigés pour les décortiquer.

Dans la mesure où il s’agit d’un exercice récurrent dans les concours administratifs, il existe une foultitude d’ouvrages consacrés à la note de synthèse. Si vous en trouvez un quelque part chez vous ou dans une bibliothèque, il est possible d’y jeter un petit coup d’œil à titre d’information, mais rien ne sert de tartiner ce genre de manuels comme on le ferait en droit.

Ce qui est bien davantage utile, c’est de se familiariser avec le format et la philosophie de l’épreuve, qui sont propres au concours d’entrée à l’ENM. Pour cela, rien de tel qu’une lecture des parties consacrées à la note de synthèse dans les rapports du jury (cela représente deux pages word en tout pour les cinq dernières années…), ainsi que des meilleures copies publiées sur le site de l’ENM.

Une bonne note de synthèse, c’est une copie avec un plan clair et qui mobilise les différents enjeux de votre dossier documentaire, dans une forme la plus irréprochable possible.

Si vous vous préparez en solo et que vous parvenez à mettre la main sur des dossiers documentaires, tentez de vous prêter au jeu et d’établir des plans (sans forcément s’astreindre à tout rédiger).

Pour celles et ceux qui suivent une prépa, petite mise en garde : plus que dans toutes les autres épreuves, le jury a dans son viseur les candidat(e)s qui ressortent du micro-ondes un plan en barquette réchauffé d’un DS du samedi. La tirade dans le texte :

« Ce phénomène, déjà constaté par le jury lors des dernières années, s’explique sans doute à la fois par le très grand nombre d’admissibles (plus de 400) qui a pour effet un nivellement certain et par le recours à des préparations stéréotypées qui brident l’originalité des candidats en les conduisant à se couler dans un moule confortable ».
Rapport du jury ENM 2017

Quant au temps imparti pour l’épreuve, il est étrangement assez généreux au regard des cas pratiques ou des oraux techniques. Il ne s’agit pas de s’ouvrir une canette de Tropico et lire son dossier en sifflotant un air de Georges Brassens, mais rien ne sert non plus de se lancer avec frénésie et de tout sabrer pour finir au bout de trois heures. Pour le dire plus simplement : vous avez le temps de produire un devoir de qualité !

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Contrairement à votre futur devoir, le Tropico n’est pas une boisson de qualité, mais la métaphore du perroquet s’applique particulièrement à l’épreuve…


Comment exceller le jour de l’épreuve ?

Voici quelques petits conseils pour tout casser, tirés de mon expérience de rédacteur/trice émérite de notes de synthèse ainsi que du fameux rapport du jury 2018.

* La forme : elle joue un rôle prépondérant dans la notation. La présentation et le style doivent absolument être soignés : sans faire de verbiage ou d’emphase malvenue, il faut produire un propos dans un style soutenu et éviter toute maladresse de style. Les titres des deux parties et sous-parties doivent être apparents et soulignés. Quant au soin de la copie, il est toujours préférable de rendre quelque chose de propre, mais si vous devez passer des phrases au Tippex ou à l’effaceur, ne vous gênez pas non plus !

« Il faut aussi déplorer que, souvent, le contenu des parties ne correspondait pas au plan annoncé… »
Rapport du jury ENM 2018

* L’orthographe et la syntaxe : comme l’épreuve se joue en très grande partie sur des questions de forme, le langage employé peut se révéler déterminant. Je cite le jury : « Peu de fautes de syntaxe et d’orthographe ont été relevées, mais il faut s’étonner de l’emploi extrêmement fréquent de barbarismes ou d’expressions du langage courant (on a ainsi renoncé à dénombrer le nombre de copies utilisant le terme « impacter »), dans des copies trop souvent rédigées dans un style peu fluide, familier ou scolaire, avec de nombreuses répétitions ». Bref, tout est dit : des fautes d’inattention peuvent toujours survenir et seront pardonnées, mais il faut à tout prix ne pas écrire comme on parle à l’oral.

* Le plan : le jury relève plusieurs écueils principaux. En premier lieu, le caractère souvent descriptif des plans proposés. Comme en dissertation, un plan doit comporter une dynamique, un mouvement, et ne pas se contenter de dépeindre une situation de fait. Le jury propose dans son rapport 2018 un micro-corrigé pour le thème de la justice prédictive :

I – Promesses (l’innovation au service du droit, par l’utilisation de puissants algorithmes, dans la perspective d’une amélioration du service public) ;

II – Regard critique (bénéfices et conséquences encore incertains).

Un plan purement thématique et descriptif, du genre : « I – Évolutions pour les professionnels de la justice ; II – Évolutions pour le justiciable », c’est la voie de la facilité et cela conduira in fine à brosser un tableau plat qui survole les enjeux. Un peu comme des pâtes à l’arrabiata dans lesquelles on remplacerait l’ail et le piment par du concentré de tomates Rolli.

« Si le contenu des supports proposés a été globalement bien compris, en dépit de difficultés fréquentes pour hiérarchiser les différents points relevés, très peu de candidats ont élaboré un plan faisant ressortir la problématique précitée, se contentant d’une présentation peu originale ».
Rapport du jury ENM 2018

* L’exploitation des documents : jamais, au grand jamais, il ne faut apporter des connaissances extérieures dans votre note de synthèse. C’est parfois tentant, lorsqu’on s’y connaît sur le sujet et que l’on pourrait objectivement apporter une précision à la note, mais il faut se tenir strictement aux documents proposés. Par ailleurs, il faut veiller à les exploiter tous, car chacun a son importance : le jury les a choisi chacun avec soin et amour… Et bien se souvenir que les plus ennuyeux et rébarbatifs sont souvent les plus pertinents !

Attention également, comme le soulignent les rapports du jury 2017 et 2018, à ne pas mettre uniquement l’accent sur les documents de nature juridique. Pensez enfin à ne pas omettre de définir le ou les termes centraux du dossier s’ils n’ont pas une signification évidente : « En outre, alors que l’ensemble des termes techniques étaient définis dans le glossaire, de nombreux candidats ont estimé ne pas avoir à définir certaines notions, pourtant parmi les plus importantes, à l’exemple de celle d’algorithme ».

* La conclusion : ou plutôt l’absence de conclusion. Rien de tel qu’une note de synthèse qui s’achève de manière tranchante, sur un ultime argument, plutôt que sur un vague résumé comme en fin de dissertation ! « Par ailleurs, alors que les recommandations qui sont données, en particulier sur le site de l’École nationale de la magistrature, mentionnaient clairement l’inutilité d’une conclusion, presque toutes les copies en comportaient une, laquelle n’était d’aucune utilité et occupait en plus inutilement de la place sur les quatre pages attendues ».


Je vous en propose une, moi, de conclusion, même si mon article va dépasser les quatre pages et qu’il n’a pas utilisé tous les documents.

Comme j’ai tenté de le démontrer, les attendus de l’épreuve de note de synthèse ont été précisés dans le rapport du jury 2018, et devraient l’être encore davantage par la suite, dans la mesure où elle devient une épreuve comptant pour l’admissibilité à compter de l’édition 2020.

Toutes les raisons sont donc bonnes de ne pas désespérer en tentant de comprendre pourquoi on ramasse 7, puis 12,5, puis 8, puis 11 au DS du samedi (voire 7 à chaque fois). La part d’aléatoire de cette épreuve s’est désormais réduite, et il semble révolu le temps où des générations de candidat.e.s bossaient dans le flou, en tentant de se raccrocher aux branches et de comprendre la finalité de cet exercice maudit.

On peut très bien, comme ce fut mon cas en 2016, aligner les tôles toute l’année de prépa et obtenir une excellente note lors du concours ! L’essentiel est de se donner la peine de s’entraîner et de tenter de percer le mystère de l’épreuve : à vous la bonne note en note (vous l’avez ?) !

From ENM, with love


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