Droit européen ENM – Quels manuels utiliser ?

Salut à tous / toutes !

Freude, schöner Götterfunken
Tochter aus Elysium,
Wir betreten feuertrunken,
Himmlische, dein Heiligtum!
Deine Zauber binden wieder
Was die Mode streng geteilt ;
Alle Menschen werden Brüder
Wo dein sanfter Flügel weilt.

Vous aurez bien évidemment reconnu le refrain de l’Ode à la joie de Schiller, mise en musique par Beethoven. Il va de soi que tout(e) admissible se doit de maîtriser l’hymne européen et ses paroles dans la langue de Goethe : il paraît que le sujet « Alle Menschen werden Brüder » est tombé aux oraux techniques en septembre 1973.

Plus sérieusement, le droit de l’Union européenne (DUE) et le droit européen des droits de l’homme (DEDH) ne sont pas deux matières totalement inconnues des juristes. Ils sont désormais largement enseignés au niveau licence et master, et sont aussi abordés dans les IEP et à Sciences Po. Au-delà de ça, l’histoire de la construction européenne et le fonctionnement des institutions de Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg font partie de notre culture générale de citoyen(ne) curieux(se) et ouvert(e), à moins d’avoir dormi au fond de la classe en cours d’éducation civique. Quant à la jurisprudence de la CEDH, elle a désormais pénétré toutes les branches du droit, à grands coups de Medvedyev, de Sunday Times et de Menesson et Labassée.

La particularité de cette épreuve est de combiner deux vastes programmes, avec de quoi causer quelques cheveux blancs même aux plus jeunes d’entre vous. Connaître la jurisprudence de deux cours, et le fonctionnement d’institutions justement décriées pour leur opacité et leur complexité ? Ça fait envie. Oui, c’est en effet le programme le plus vaste de ces oraux techniques, mais le jury n’attend pas de vous un exposé exhaustif, avec une connaissance absolue de détails que même Jean-Claude Juncker ignore.

Les sujets peuvent certes être relativement techniques, mais ils ne demandent généralement que peu de « réflexion » : clairs et bien délimités, ils se prêtent parfaitement au recrachage de manuels bien potassés. Vous connaissez ma rengaine : pas besoin de chiner dans des ouvrages trop complexes, au risque de perdre du temps. Avalez plutôt des manuels synthétiques, bien découpés (les organes, l’ordre juridique, le contentieux…), et vos polycopiés de prépa pour celles et ceux qui en suivent une. Le DUE n’a pas beaucoup évolué : un manuel jusqu’à 2011 ou 2012 fera l’affaire.

Bref, en DUE et DEDH, pour paraphraser Jean-Pierre Raffarin et sa citation mythique : « La pente est forte, mais la route est droite ». Passons en revue les principaux manuels de droit européen en vue des oraux techniques !

jean-monnet

Monnet Monnet Monnet,

Must be funny,

In the rich men’s world.


Très utile

Chahira Boutayeb, Droit institutionnel de l’Union européenne, éd. LGDJ, 416 pages.

9782275039381fsLe prénom de l’auteur est à une lettre près celui d’une pop-star colombienne au déhanché fameux, mais il s’agit d’une maître de conf’ à Paris I. C’est le manuel que j’avais utilisé, c’est-à-dire défoncé, tartiné, désossé jusqu’à ce que la reliure implore ma grâce. 416 pages, qui ont été allongées en collection bleue LGDJ par la suite (710 pages). Comme d’habitude dans cette collection, le plan de l’ouvrage est excellent et pourra être appris par cœur pour maîtriser l’architecture de la matière.

D’un style très accessible, clair et limpide, l’auteur met en mots et « donne du liant » à nos connaissances préalables sur l’UE, avec pile le bon degré de synthèse : vous pourrez souvent recracher une page ou deux telles quelles lors de votre oral. Le livre est par ailleurs très bon dans son aspect « concret » : il décrit très précisément le mécanisme de production des règlements et des directives, les interactions entre les organes, les anciens « piliers »., les types de recours et le fonctionnement de la CJUE, la mise en œuvre du droit de l’UE et ses rapports avec l’ordre juridique national… Bref, avec Chahira, le DUE, ce n’est pas La Tortura, mais plutôt Whenever, wherever !

Jean-François Renucci, Droit européen des droits de l’homme, éd. LGDJ, 506 pages.

9782275038674fsJe mentionne cet ouvrage bien qu’il soit assez long. Si vous n’avez pas de polycopiés de prépa et que vous devez vous constituer votre propre matériel de révisions, prenez-le et tartinez-le de A à Z : il constituera votre socle de préparation en DEDH. Son point fort est de donner du relief, une dynamique à cette matière qui s’apprend généralement « article par article ». Si vous avez de bons polys, il pourrait être un peu redondant : apprenez uniquement le plan (excellent, comme toujours chez LGDJ) et lisez les parties que vous souhaitez approfondir. Vous pouvez notamment sauter quelques analyses de jurisprudences dans le détail.


 

Pourquoi pas ?

Laurent Coutron, Droit de l’Union européenne, éd. Dalloz, coll. Mémentos, 247 pages.

9782247170623fsIl a le plan typique de l’ouvrage de DUE (ordre juridique, puis contentieux), et fait exactement la bonne taille pour pouvoir être maîtrisé le bout des fingers en quelques semaines. Il est en outre bon sur la partie « Contentieux », souvent un peu négligée par les auteurs qui développent davantage la partie sur les organes de l’Union. Le souci – mais c’est sans doute personnel – est que, comme souvent chez Dalloz, je suis moyennement fan de l’organisation interne du manuel et de sa présentation, qui rend difficile le repérage à l’intérieur. Cela ne coûte rien de le feuilleter en bibli avant – peut-être – d’en devenir l’heureux/se propriétaire !

Francesco Martucci, Droit de l’Union européenne, éd. Dalloz, coll. Hypercours, 928 pages.

Il s’agit à coup sûr du nom de professeur de droit le plus classe du monde, et ça justifie en soi d’acheter son manuel. Non, monsieur Martucci n’est pas le héros d’un film avec Robert de Niro, mais bien un professeur à l’université Paris-II Panthéon-Assas.9782247129898fs Son ouvrage est extrêmement complet et a le mérite d’être très actuel (2017), en intégrant les questions bouillantes du Brexit et la possible – probable ? – remise en question de l’espace Schengen.

Vous me voyez venir : le livre est trop long pour être potassé dans son intégralité, et son format se prête également mal à un transport partout avec vous et à un surlignage intensif dans votre transat au bord de la piscine. Lisez les parties qui vous intéressent, mais ne vous lancez pas le challenge de vous le farcir in extenso : beaucoup de choses seront inutiles à retenir, mais votre cerveau de forçat(e) stressé(e), lui, risque de ne pas pouvoir faire le tri et de maudire votre mémoire d’oublier aussitôt les signataires de telle ou telle coopération renforcée.

Jean-Claude Zarka, Traités européens, éd. Gualino, 48 pages.

41rkiat6ocl-_sx259_bo1204203200_48 pages, 4 euros 80 : à dix centimes la page, ce serait dommage de s’en priver ! Ce petit fascicule compile treize fiches sur les principaux traités européens et autres textes structurants du droit de l’UE. Il donne d’excellents repères chronologiques, qui permettent ensuite de se repérer dans l’histoire de la construction européenne et d’apprendre avec méthode vos manuels et/ou vos polycopiés. Court et synthétique (pas de style ni de pensée originale ici, hein), il invite à y revenir fréquemment : bien connaître les traités est un préalable nécessaire au bachotage, un peu comme la Constitution en droit constitutionnel ou les gammes pour le musicien.

Jean-Pierre Marguénaud, La Cour européenne des droits de l’homme, éd. Dalloz, 213 pages.

41gwqlz1dhl-_sx335_bo1204203200_En raison de son format et de sa taille, on s’imagine avoir à faire à un Que sais-je ? un peu fade et pas assez complet, mais il est en fait très technique et permet de bien approfondir certaines notions spécifiques à cette matière désormais autonome : interprétation évolutive, épuisement des voies de recours internes… Vous pourrez sauter certains passages, mais cet ouvrage demeure quasiment le seul à être aussi synthétique sur la question.

Éventuellement, dans le cas où vous vous sentiriez prêt(e) vers la fin juillet : le Blumann et Dubouis, chez LexisNexis (750 pages) ; Stéphane Leclerc chez Gualino, un ouvrage clair et synthétique qui pourra faire l’affaire.


 

A éviter

Cela va sans dire, tout(e) forçat(e) qui se respecte a disséqué le programme du concours comme une grenouille surgelée en cours de SVT de 5ème. Vous aurez donc remarqué que le droit matériel de l’UE ne figure pas au programme (et tant mieux…). Je me revois encore sautillant hors de la librairie avec mon beau manuel sur la concurrence, la politique agricole commune et la liberté de circulation dans les bras – il sert aujourd’hui à caler la table basse de mon salon.

Sur l’histoire « pure » de l’Union, il est bon d’avoir à l’esprit des éléments du contexte historique, économique, politique et social qui a présidé à l’adoption des traités de Rome et de Maastricht, mais vous n’avez pas besoin d’un livre spécifique pour cela. Vous pouvez revendre les biographies de Robert Schuman et de Konrad Adenauer sur Le bon coin.

Les articles spécialisés, les ouvrages de « pensée du droit de l’UE » ou ceux qui n’abordent qu’une partie du programme dans une étude approfondie, seront également à laisser sur les étagères du magasin. De même, si vous devez connaître les types de recours et comprendre les moyens de leur mise en œuvre, la jurisprudence de la CJUE n’a pas à être connue dans le détail. Le mieux est l’ennemi du bien !

Sur la CEDH, restez là encore entouré(e) d’ouvrages généraux. Exit les bouquins consacrés à des articles spécifiques de la CESDH, du genre « Le droit au procès équitable depuis 1950 ». Le très beau livre dirigé par les professeurs Sudre et Marguénaud sur le modèle du GAJA, Les Grands arrêts de la CEDH, combine deux défauts pour votre préparation : il est long et pas assez général pour permettre un traitement efficace des sujets proposés. A lire dans votre appartement bordelais dans quelques mois !

Enfin, le livre de Jean-Paul Costa, ancien président de la CEDH et surtout ex-vice-président du jury de l’ENM, Des juges pour la liberté, est également très intéressant (j’en reparlerai d’ailleurs dans un article futur), mais inadapté pour une préparation aussi courte.

cesdh_art17

Vous aussi, jouez entre amis au nouveau défi à la mode, après le Harlem shake et le Ice Bucket Challenge : la récitation de l’article 17 de la CESDH sans reprendre son souffle.


Je vous communique cette petite sélection de manuels, mais cela ne veut bien sûr pas dire qu’il faut forcément naviguer de l’un à l’autre, ou au contraire se les farcir tous. Au contraire, quand vous en avez choisi un après une parade nuptiale dans les rayons de la FNAC, jetez-vous sur votre proie et tartinez-la (un peu bizarre cette formulation, à la relecture…).

Pour fignoler vos révisions, qui seront largement assez complètes avec ces ouvrages et d’éventuels polycopiés, allez zoner sur le site du Monde, de Courrier international ou faites-vous une petite revue de presse européenne sur Internet. N’oubliez pas non plus que relativement peu de sujets concernent la CEDH, et qu’on peut souvent se raccrocher aux branches en recyclant habilement les connaissances en droit civil et pénal.

Enfin, je rappelle que si vous chantez l’Hymne à la joie en allemand au caissier de la librairie, vous aurez une réduction de 20 % sur vos ouvrages de droit européen.

From ENM, with love


9 réflexions sur “Droit européen ENM – Quels manuels utiliser ?

  1. Bonjour,
    J’ai une interrogation que je me permets de te soumettre: tu dis que les polycopiés de prép. suffisent (sauf DIP pour les sciencespistes… cf la semaine dernière…) mais pour autant toi qui étais à la prépa tu as bossé en plus avec des manuels? donc est ce que le livre que tu as conseillé en DIP + les polycopiés de droit commercial, droit social et droit européen sont-ils suffisants (eu égard aux courts délais…. ajouté au fait que – personnellement – je n’arriverai à me mettre sérieusement au travail qu’après les résultats d’admissibilité)?
    Merci d’avance pour ta réponse ! je suis un peu perdue, j’hésite à me contenter des polycopiés et ne pas m’éparpiller mais au risque de pas avoir un apprentissage complet des notions….
    Au plaisir de te lire

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    1. Bonjour Maria!

      Je ne sais pas trop à quoi tu fais référence en parlant de la semaine dernière et des polycopiés, sur lesquels je n’ai pourtant rien écrit de spécial à ce jour! Mais je peux essayer de t’indiquer sommairement comment j’ai révisé pour les oraux techniques : j’ai bossé en parallèle mes polycopiés de prépa et des manuels soigneusement sélectionnés, surtout pour éviter l’ennui et pour « lire les mêmes choses formulées différemment » (ce qui me permet de bien retenir les informations). Selon la qualité des polycopiés dans chaque matière, tu peux y ajouter plus ou moins de manuel, mais il me semble qu’au minimum il faut envisager de bosser avec un manuel pour chaque matière, en plus du poly. En trouvant des ouvrages synthétiques et relativement courts, tu éviteras de t’éparpiller et tu bénéficieras de deux « regards » sur les mêmes notions.

      En espérant avoir répondu au mieux à tes questions, bon courage à toi pour tes révisions estivales qui s’annoncent!

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  2. bravo pour ce super blog.j’ai deux questions:
    – je ne comprends pas bien quelle est la taille idéale d’un manuel pour apprendre? 300 pages? 500? 600? tu dis avoir révisé poly prepa plus le manuel donc 300 plus 600 pour le droit européen?
    -j’hésite entre deux stratégies: apprendre sur le bout des doigts 350 pages ou apprendre en gros un bouquin de 650?
    que me conseilles tu?
    merci et encore bravo!

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  3. deux dernières questions:

    -juste pour me rendre compte. combien de temps mets tu pour apprendre par coeur 10 pages de droit; style 10 pages de droit européen? c’est pour me donner un ordre d’idées. 2 heures? 3 heures? 4 heures? 5 heures?

    -combien de pages apprenais tu par jour lorsque tu préparais le concours? 10 pages? 20 pages? 30 pages? 40 pages?

    merci de répondre le plus précisément possible à ces questions. encore une fois, c’est pour me donner une idée du boulot à abattre et m’informer de mon éventuel flemme/ lenteur en comparaison d’un admis.

    merci!

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    1. Bonjour Coconut et désolé du retard avec lequel cette réponse te parvient!

      Je vais essayer de te donner un ordre de grandeur de ma productivité durant les oraux techniques, tout en sachant que le nombre de pages ingurgitées peut varier fortement en fonction de la matière, de la taille de la page, de l’heure de la journée, de la fatigue du moment… C’est donc très relatif et cela ne doit pas te détourner de ton objectif : avancer du mieux que tu peux, sans te fixer d’objectif impossible à atteindre. Déjà, au début des révisions estivales, je n’apprenais pas à proprement parler, mais j’essayais d’assimiler le plus d’informations en écrivant au crayon de papier sur mes manuels ou polycopiés. J’avançais grosso modo à un rythme de 15 pages par heure, peut-être un peu moins en DIP en un peu plus en social et commercial. Par la suite, après avoir déjà bien balayé, j’ai commencé un apprentissage quasiment par cœur en lisant, relisant, re-relisant chacune des fiches de mes polycopiés : on va dire que j’étais à environ 10 pages par heure.

      C’est un ordre de grandeur très variable, il faut vraiment apprendre à ton rythme et avancer pas par pas, sinon le découragement risque de te guetter. Et souviens-toi qu’on a toujours l’impression de ne rien retenir, pourtant les connaissances s’agglomèrent dans l’esprit malgré tout.

      Pour la taille idéale des manuels, pour moi, c’est entre 180 et 250 pages. Au-delà, c’est trop gros pour être assimilé en entier dans le temps imparti, mais on peut éventuellement lire des chapitres sur des points précis. Pour l’exemple du droit européen, j’ai dû réviser un manuel de 180 pages plus mon polycopié qui en retenait environ 500, mais là encore, ce n’est pas à la page près (beaucoup de redites dans le poly…). Tu auras deviné quelle stratégie je te conseille : mieux vaut maîtriser un manuel de 180 pages qu’en apprendre un de 600 pages en gros.

      Bon courage à toi pour les révisions estivales, tu tiens le bon bout et la sortie du tunnel est proche!

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  4. Merci bcp de ces informations c’est très gentil. certaines me laissent néanmoins dubitatif. j’ai dû mal mal m’exprimer.
    Je me permets de repréciser;).

    ma question était celle-ci: combien de temps te faut-il (en tout!) pour apprendre 10 pages de droit (européen, pour l’exemple). tu me dis 10 pages par heure. ce qui veut dire une page en 6 minutes. ça me semble hyper rapide. ça voudrait dire que tu serais donc capable de savoir par coeur 20 pages en deux heures. soit une demie matinée.

    ai-je bien compris? peux tu me repréciser et merci encore!

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    1. Re-bonjour Coconut, et désolé de cet effroyable retard qui, je le crains, risque de rendre ma réponse assez inutile… Je te réponds malgré tout, en tentant une estimation générale d’assimilation de page de manuel : en tout et pour tout (première découverte, et révisions successives comprises), je pense qu’une page de DIP est définitivement maîtrisée en 20 minutes, et des autres matières en 15 minutes. Je parle d’une page au format A4, donc c’est à adapter un peu en fonction de la taille du manuel.

      Bon courage à toi pour le grand oral (peut-être déjà passé ?) et encore désolé(e) du retard !

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