Droit international privé ENM – Quels manuels utiliser ?

Salut à tous / toutes !

Un manuel, c’est un tendre et fidèle compagnon. Il partage nos peines (de ne rien retenir) et nos joies (de retenir un petit truc de temps en temps). Son corps porte les stigmates de notre amour débordant : la tranche jaunie par les doigts, les pages mutilées par les assauts de Stabilo… Fin août-début septembre, on aurait envie de le rôtir à la broche en dansant sur Despacito. Remisé au fond d’un carton ou revendu chez Gibert, on se souvient malgré tout de lui, de sa jolie couverture et de son beau plan tout doux. Et on y repense avec nostalgie, posé(e) sur son canapé dans son appartement bordelais.

Même si on suit une prépa, les polycopiés des oraux ne suffisent pas toujours, notamment si on découvre totalement la matière ou si on s’y replonge après l’avoir laissée longtemps en jachère. Si on se prépare seul(e), le manuel est carrément nécessaire. Il vous aidera à acquérir les connaissances, puis à réviser.

Je vous conseille donc fortement de vous lier d’amitié avec ces petits objets. Mais pas avec n’importe lesquels : comme avec un conjoint, il faut choisir le bon ou la bonne avant de s’engager. Le bon manuel a plusieurs qualités. Tout d’abord, il a un bon plan : il doit vous permettre de comprendre rapidement l’architecture de la matière et de vous repérer dedans comme le surfeur sur sa planche, à l’affût des vagues (petite touche de vacances par procuration).

Il doit également être court et synthétique : on ne se replonge pas facilement dans des pavés de huit cents pages tout juste bons à caler un lit bancal. En plus, avec un gros manuel général, se produit fréquemment un phénomène bien connu(e) de l’étudiant(e) : le célèbre « oh-purée-mais-c’est-quoi-ce-truc-bordel-jamais-entendu-parler ». Phase 1 : l’admissible découvre l’existence de quelque chose d’inconnu dans un manuel trop complexe. Phase 2 : gros coup de flip. Phase 3 : révisions inutiles sur un point obscur du programme. Phase 4 : manger du Galak en pleurant. Résolvez le problème à la source en appliquant ce précieux adage : « Si ça fait plus de 200 pages, ça dégage ! ».

Petite précision avant de nous lancer dans la foire aux manuels. Je ne voudrais pas engendrer une micro-once de stress supplémentaire avec cet article. L’existence de nombreux manuels sur le marché ne doit pas vous donner envie de les lire tous ; vous perdriez votre temps et votre énergie. Il ne s’agit que de recommandations personnelles, comme un télé-achat du manuel de DIP. Vous avez certains manuels à disposition et vous voulez y jeter un coup d’oeil ? Magnifique. Vous avez déjà commencé à travailler sur autre chose, ou vous estimez que vos polycopiés sont suffisants ? C’est parfait aussi !

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Le Roi Arthur découvrant le manuel de Marie-Christine Meyzeaud-Garaud
dans les allées de la FNAC.



Le Saint Graal

Une après-midi de plus à m’escrimer à comprendre ce que signifiait le « conflit de lois », ou à tenter d’assembler les pièces du puzzle en DIP. Une après-midi de plus à frôler le burn-out en m’imaginant devant le jury, avec l’état de mes connaissances d’alors, devoir passer sur « le régime matrimonial en droit international privé ». Je ne balancerai pas le nom de l’auteure du manuel qui m’a conduit à cette désillusion – pour ne pas faire de tort à Françoise Monéger -, mais ce dernier était inadapté pour une découverte de matière suivie d’une session de bachotage intensif.

Un jour d’août, j’ai découvert le Saint Graal. Une amie m’en a parlé à l’abri des regards, un peu comme un dealer qui veut vous refourguer de l’héroïne à l’arrière d’une décharge municipale. « Hé, pssst, viens voir… » Je m’approche d’elle, l’air circonspect. « Ca te dirait de devenir un(e) boss en DIP ? Essaie le Mésogaro ©. Je te donne un échantillon gratuit... ». Elle me présente ce bel objet vert et jaune, style psychédélique Woodstock 69′. Je l’ouvre et découvre cette fine prose dont la lecture vous transporte aussi loin qu’un fix de LSD.

Je suis immédiatement devenu accro au Meyzeaud-Garaud. A son plan archi-clair, à sa concision, à son style plein de verve qui ferait pâlir d’envie le Hugo de Ruy Blas. Plus sérieusement, non, ce n’est pas de la haute littérature : le manuel est fonctionnel au possible. Il est présenté sous forme de fiches de six-sept pages, avec une petite introduction et un plan déjà fait. Le plus souvent, en deux parties/deux sous-parties, mais parfois un peu plus : on se livre alors à un petit jeu de réorganisation mentale.

Synthétique mais précis, il regroupe toutes les connaissances dont vous aurez besoin pour exceller lors des épreuves. Il ne se perd pas dans des débats doctrinaux moisis et colle au programme comme une limace sur de la superglu. On débute en douceur par le droit de la nationalité, puis on enchaîne avec les notions générales du conflit de lois (la loi de police, le renvoi…). Le « gros » de l’ouvrage est consacré au DIP « thématique », dans un ordre logique : les personnes, le mariage, la filiation, le divorce, les biens, les contrats… Les différents règlements de Rome et Bruxelles sont détaillés, ce qui vous permettra de briller si un de ces textes était votre sujet. On termine en douceur, avec les conflits de juridiction et l’exequatur.

Vous l’aurez compris, Marie-Christine Meyzeaud-Garaud vous a considérablement prémâché le travail avec ses fiches. Elles correspondent exactement aux sujets qui tomberont. Une raison de plus pour les avaler toutes crues : elles sont vegan, sans gluten, et idéales pour réaliser un exposé complet et bien structuré. Après les avoir utilisées (que dis-je, être tombé dedans !), vous rêverez presque de tomber sur le DIP plutôt que sur le DUE (j’ai dit « presque »). Offrez donc quelques euros à MCMG et tartinez-le jusqu’à la destruction.

P.S : quand les pages de la fin sur l’exequatur commencent à se détacher, c’est que vous avez suffisamment bossé. Laissez-en un peu pour les trois autres !

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Il est trop booow mon Meyzeaud-Garaud. Si vous voulez vous faire une idée du contenu, le début de l’ouvrage est disponible en accès libre sur Google Books.



Pourquoi pas ?

Outre ce trésor qui mériterait le Prix Goncourt, il existe en librairie de nombreux ouvrages de droit international privé. Tous sont à l’évidence rédigés par des spécialistes animés par l’envie de bien faire, mais tous ne correspondent pas aux attentes d’un admissible aux oraux de l’ENM.

Les quelques ouvrages qui suivent peuvent mériter votre attention, si vraiment vous estimez utile de compléter vos connaissances, ou si vous les avez à disposition.

François Mélin, Mémentos LMD – Droit international privé, Gualino, 254 pages. Réédité chaque année en principe. Il s’agit d’un manuel de taille optimale dans lequel il est possible d’aller revoir des points précis : c’est typiquement le genre de bouquins avec lequel on tente de rattraper un semestre de cours la veille de l’examen. Tout y est : conflits de lois et de juridictions ; droit des étrangers et de la nationalité. Il est légèrement plus fourni que le Meyzeaud-Garaud, mais moins bien organisé. Bref, pourquoi pas.

Géraud de Geouffre de la Pradelle, Marie-Laure Niboyet, Droit international privé, LGDJ, 712 pages. Ce manuel est beaucoup trop long pour les oraux, à moins que vous estimiez avoir super bien géré votre temps de révisions. Mais il est très bien conçu : c’est celui que je prendrais si je devais faire des révisions de fond en DIP. Le plan est excellent et peut être appris par cœur. On peut aussi aller y réviser un chapitre en particulier, notamment si on ne dispose pas de polycopiés d’une prépa. Je recommande par ailleurs cette collection pour les écrits (en civil et pénal), là encore pour les candidat(e)s qui préparent sans polycopiés ou en solo.



A éviter

La plupart des manuels vous seront utiles vers l’âge de cinquante ans, quand vous serez nommé(e) conseiller à la cour d’appel de Paris. Pour l’instant, les ouvrages qui font la taille d’un dictionnaire ont leur place dans les étagères de la librairie. Le Loussouarn et Bourrel, c’est 1100 pages de pur bonheur, à n’en point douter. Mais les interprétations de l’arrêt Corneliessen classées par école doctrinale, on s’en fout royalement. En outre, le plan est beaucoup trop complexe pour pouvoir être appris voire compris, même après trois capsules de Volluto ristretto. Des dizaines de sous-chapitres, avec des alpha, gamma, bêta, petit b, grand A…

La collection HyperCours de Dalloz est très bien faite et séduisante pour tout juriste désireux de marcher dans les pas de Jean Carbonnier. Le Clavel et ses 748 pages est un superbe ouvrage, mais là encore pas assez synthétique, notamment sur le DIP thématique (biens, contrats, etc.).

D’autres ouvrages ont une taille adéquate (entre 150 et 200 pages), mais ne sont pas pleinement adaptés aux exigences du concours. Le petit livre de Carine Brière, L’essentiel des grands arrêts du droit international privé (Gualino – Carré Rouge) permet d’avoir un tour d’horizon de la jurisprudence en DIP et de frimer dans les dîners en ville avec vos ami(e)s juristes. Le Monéger, enfin, j’ai déjà dit ce que j’en pensais : pas mal fait, mais pas très bien fait non plus, il ne s’adresse – paradoxalement – pas aux débutants, mais pourra permettre à quelqu’un qui dispose des bases d’aller plus loin (arrêts décortiqués en détail, débats doctrinaux…).

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Le DIP est probablement la matière où vous aurez besoin du volume de connaissances le plus faible. Toutefois, à défaut de monceaux d’arrêts et de conditions à apprendre, il vous faut comprendre l’organisation logique de la matière. C’est pourquoi le Meyzeaud-Garaud s’impose à vous comme le manuel incontournable. Il peut même être utilisé sur la fin des révisions, non plus pour acquérir les connaissances, pour les revoir et surtout bénéficier des « jolis » plans tout faits.

Des ouvrages ont peut-être échappé à ma vigilance d’aigle : n’hésitez pas à écrire en commentaire pour conseiller un ouvrage qui vous semble bien ou que vous emporteriez avec vous sur une île déserte !

Je vous laisse, je file chez mon psy pour aborder la question de ma relation sadiquo-oedipienne avec mon Meyzeaud-Garaud.

From ENM, with love


7 réflexions sur “Droit international privé ENM – Quels manuels utiliser ?

  1. Bonsoir,
    Je suis admissible au deuxième concours de l’enm. J’ai moi aussi travaillé avec ce manuel et je confirme il est parfait. Par contre, habitant dans une petite ville de province et n’ayant qu’amazone à ma portée, j’ai bcp de difficulté à trouver un ouvrage à la fois concis et à jour en droit du travail. Aurais-tu un conseil en la matière ?

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      1. Hello (je sors d’un cours d’anglais avec un copain qui est prof) !
        Je prépare seule les épreuves d’admission et je traverse une petite période de doute et d’angoisse. Je pense que demain j’aurai fini de voir une première fois tout le programme mais bien sûr je n’ai retenu à peu près qu’un centième de ce que j’ai lu. Je me sens nulle et j’ai l’impression que je n’y arriverai jamais. Je me rassure en me disant que j’ai déjà traversé des grosses périodes de doutes avant les épreuves d’admissibilité mais j’ai vraiment l’impression que je n’ai pas les capacités mémorielles pour maîtriser le programme. Je suppose que c’est normal ?
        Et je n’ai pas encore fait de note de synthèse. Je voulais en faire trois, en conditions d’examen et comparer avec les corrigés que j’ai dans les manuels qu’en penses-tu ? Je n’en ai pas rédigé depuis une quinzaine d’années.
        Allez, mes enfants ne sont pas là j’en profite pour reprendre mes révisions de droit commercial.
        Envoyé de mon iPad

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  2. Bonjour peut être futur(e) collègue,

    Une énième fois depuis ma préparation au cours, je visite ton blog (tes articles me redonnent le moral quand la vue du programme des épreuves d’admission me donne la nausée 🙂 ) . Dans l’attente des résultats, je voudrais savoir si tu as des manuels en droit commercial et en droit européen à me conseiller ? J’ai relevé ceux que tu nous conseilles en droit du travail et en DIP, mais je ne vois pas – ou du moins je n’arrive pas à trouver – ceux que tu aurais pu conseiller pour les deux autres matières.

    En attendant une réponse de ta part, merci pour le temps que tu nous consacres dans ce blog !

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  3. Bonjour,

    Je réponds tardivement mais je te remercie encore une fois pour les super articles que tu as publié récemment ! C’est toujours d’une grande aide !

    Bonne continuation, et merci (je suis surtout impatiente d’avoir les résultats. J-10! )

    Aimé par 1 personne

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