Quelles matières choisir pour les oraux ?

Salut à toutes et à tous !

Cela ne vous aura pas échappé, vous les forçat.e.s qui préparez avec fougue et acharnement, et êtes sur le point de vous inscrire au concours d’entrée à l’ENM : l’organisation des épreuves orales (tout comme des épreuves écrites d’ailleurs) a été totalement remaniée. Il est désormais possible pour les valeureux.ses candidat.e.s de choisir à quel sauce ils/elles vont être mangé.e.s en sélectionnant eux-mêmes le programme de l’épreuve, et même de réveiller leurs souvenirs de droit administratif enfouis au plus profond de leur mémoire.

Ce choix cornélien s’effectue dès l’inscription au concours, et nombreuses sont les petites mains qui tremblent sur les souris d’ordinateur au moment d’effectuer les clics fatidiques. C’est que craindre de faire le mauvais choix et se projeter si loin, dans des épreuves orales qui semblent encore inaccessibles, peut être source d’une anxiété supplémentaire, du genre de celle qui vous fait vous réveiller en pleine nuit en hurlant : « CE, Compagnie générale d’éclairage de Bordeaux, 30 mars 1916 » !

Cependant, si les candidat.e.s ont désormais la pression de ce (maigre) choix sur les épaules, au moins, ils peuvent se consoler en se disant que l’époque où on s’enfilait quatre programmes monstrueux en un temps record, en sirotant un cocktail Badoit-Prozac-Ritaline, est enfin révolue. Les candidat.e.s ne peuvent que se réjouir de ce passage à deux programmes à ingurgiter, qui permettra peut-être d’atténuer le caractère « bachotisant » (et terrifiant) de ces oraux techniques.

On me pose très souvent la question, en espérant que je puisse résoudre cette interrogation par ma sagesse et ma vénérable expérience du concours, mais je ne pourrai bien sûr pas décider à votre place des matières sur lesquelles vous allez exceller début septembre dans les salles de la Philomathique. Je ne peux que vous donner mon sentiment personnel sur la question et vous présenter la situation et les options qui s’offrent à vous, pour que vous effectuiez votre choix de manière la plus éclairée possible.

N’hésitez pas à aller jeter un œil au nouveau découpage des épreuves, ainsi qu’à leur programme détaillé sur le site de l’ENM !

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« Droit international privé, prenez votre sac et votre flambeau… »


L’heure du choix a sonné…

Une remarque liminaire pour commencer. Si à Koh-Lanta, le fait d’éliminer celui ou celle qui sait faire du feu ou ramener des poissons peut clairement porter préjudice, ici, il n’y a pas de mauvais choix en soi. C’est logique : tout dépend de vos connaissances antérieures et de l’intérêt que vous portez (ou non) aux différentes matières proposées.

Si vous venez de la fac de droit, vous avez probablement eu un petit aperçu des différentes matières au cours de votre formation. Bien évidemment, si vous avez suivi un master spécialisé ou que vous avez des connaissances particulières dans l’une ou l’autre, la question du choix ne se pose même pas.

Pour les intrépides sciencespistes et autres non-juristes, n’hésitez pas à jeter un œil à mes articles présentant les différentes matières des épreuves orales. Consacrés au déroulement des épreuves, aux attentes des examinateurs et aux méthodes de révision, ils demeurent selon moi d’actualité, dans la mesure où les oraux techniques dureront toujours 25 minutes pour un coefficient 4. Petite précision d’emblée : les programmes peuvent sembler avoir changé, mais ils ont en fait uniquement été précisés par le document dont je vous ai indiqué le lien plus haut. Ce sont les mêmes depuis à peu près toujours, sans doute comme les sujets, que l’on retrouve d’année en année pour notre plus grand plaisir.

Seconde question à mille euros : est-ce que les examinateurs vont attendre des candidat.e.s une plus grande spécialisation et technicité, maintenant qu’il n’y a plus que deux programmes ? Pourront-ils tomber sur un sujet du type « Enjeux et perspectives de l’arrêt Simmenthal sur l’agriculture slovène ? » ? Très franchement, non, je n’y crois pas une seule seconde, tout simplement parce que je vois mal comment on peut exiger encore davantage de précision au regard des sujets régulièrement donnés. Les examinateurs, bien que spécialistes, ne savent pas tout sur tout non plus, et, croyez-le ou non, ils sont sans doute moins « affûtés » que vous qui venez de passer trois mois à réviser les pouvoirs du gérant de SARL et les compétences du Conseil européen.

1 – Droit social ou droit des affaires ?

On remarquera tout d’abord que curieusement, alors que l’intitulé du programme était de toute éternité « droit commercial », il s’appelle désormais « droidézaff ». Cela ne change rien à l’épreuve, bien que le droit des affaires stricto sensu soit à mon sens une notion plus restreinte que le « droico ».

Pour résumer la teneur de mes articles consacrés à ces deux matières, le droit social est relativement technique, assez long par rapport au DIP et au droit des affaires, et avec une certaine dimension d’actualité jurisprudentielle (qu’il ne faut pas exagérer non plus). Le droit des affaires, c’est une matière plus courte, très « balisée » en ce sens que les fiches des manuels correspondent souvent aux sujets qui tombent, mais sans doute plus « froide » et moins passionnante à réviser.

Cela étant, pour moi qui n’étais pas juriste avant de me lancer dans la préparation du concours, c’est très certainement le droit commercial que j’aurais sélectionné, pour sa facilité à être assimilé et « recraché » tel quel, en y mettant juste ce qu’il faut de problématisation et d’éléments d’actualité. L’école peut bien dire le contraire, ce n’est pas la suppression de deux programmes qui va ôter à son épreuve son côté « bachotage estival brutal », tant que les épreuves ne comporteront que cinq minutes de préparation

Quel que soit votre choix, faites-le en suivant votre intuition et votre intérêt pour la matière : sur laquelle des deux « préféreriez-vous » (multiples guillemets) vous enfiler des heures de révisions ? Dans tous les cas, n’entrez surtout pas dans des considérations du genre : « Je pense que tout le monde va prendre ceci ou cela, donc ils apprécieront que quelqu’un prenne l’autre ». Il est impossible de prévoir ce que les autres candidat.e.s vont choisir et ce que va penser le jury : ça, c’est juste le cerveau de l’honnête candidat.e qui turbine et produit des pensées parasites !

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« Il est tout frais, ça vient d’arriver du Conseil d’Etat, du bon droit administratif, douze francs cinquante ».

2 – Droit européen, droit international privé ou… droit administratif ?

C’est la deuxième nouveauté de ces épreuves orales remodelées : un petit nouveau fait son entrée ! Le droit administratif et ses sources, ainsi que ses contrats, ses actes unilatéraux, sa responsabilité, ses recours pour excès de pouvoir et de plein contentieux…

Vous l’aurez compris à la lecture de cette dernière phrase : si vous comptiez capitaliser sur les révisions de droit public pour les épreuves écrites, je crains que ce soit impossible. L’épreuve a en fait été conçue de sorte à pouvoir recentrer le droit public des écrits sur le droit constitutionnel et les libertés publiques (sachant par ailleurs que le droit administratif ne tombait jamais), et à permettre à d’éventuels publicistes ou sciencespistes de valoriser leurs connaissances.

Si le droit constitutionnel et les libertés publiques pourront bien sûr servir de connaissances d’appui et étayer votre exposé, les sujets porteront très probablement sur les standards du droit administratif et nécessiteront une maîtrise de l’architecture institutionnelle et des grands arrêts qui ont posé les jalons de la matière (Bac d’Eloka, Jamart, Benjamin, Semoules, Nicolo et autres). Cela supposera donc de véritables révisions « à part », en ce sens où reprendre les cours de public ne suffira clairement pas.

Pour le reste, vous connaissez les bails (locatifs) : le déhipé, c’est court et balisé (merci Mme Meyzeaud-Garaud), mais très technique, et particulièrement à l’oral ; le droit européen, ce sont deux programmes gigantesques, mais d’une complexité moindre, et cela frise parfois même plus la science politique que le droit. Pour les sciencespistes ou autres candidat.e.s qui auraient suivi des formations de type « affaires publiques » ou « politiques publiques », à mon avis, réactiver de vieux souvenirs et se mettre à recracher des arrêts tout droit sorti du GAJA est une excellente solution, qui vous évitera un arrachage massif de cheveux l’été venu.

Là encore, comme disait le chanteur du groupe Tokio Hotel, « Kein Plan über dem Komet ». « L’examinateur publiciste va t-il être plus exigeant, parce que c’est un publiciste qui ne tolérera rien qui dépasse, comme tous les publicistes » ? « Sera t-il au contraire moins méchant parce que justement personne à part moi n’aura pris droit administratif ? ». Très franchement, inutile de perdre vos nerfs à jouer à Madame Irma : faites-vous confiance. Si vous avez une petite préférence, inutile de chercher plus longtemps : lancez-vous ! Enfin, cochez…

Rodin-The-Thinker-Paris

« C’est vrai que j’avais fait 12 heures de droit des marchés publics en L2, maintenant que j’y pense… »



Dernière remarque avant de vous laisser à vos clics : votre inscription a déjà été validée, et des regrets apparaissent ? « Angoisse nocturne, terreur diurne », comme disait l’inénarrable François l’embrouille ? Pas d’inquiétude. Peu importe le choix que vous avez fait, au final : on choisit une matière pour un oral de vingt-cinq minutes, pas une spécialité pour quarante ans de carrière.

Si votre choix ne s’est pas imposé de lui-même, c’est que vos options sont équivalentes et que cela ne changera rien à l’équation ! Dites-vous bien que les cartes sont redistribuées et que tout « retard » se rattrape en deux après-midi de boulot estival…

From ENM, with love


4 réflexions sur “Quelles matières choisir pour les oraux ?

  1. Bonjour,

    Tout d’abord merci pour cet article,
    Ma question concerne le choix facultatif d’une langue vivante (en l’occurrence l’espagnol).
    Connaissez-vous le niveau attendu ?
    L’épreuve fonctionne-t-elle de la même manière que l’épreuve d’anglais ?
    Le texte à commenter concerne-t-il l’Espagne ou l’Amérique Latine ?
    Est-il nécessaire de suivre, de manière assidue, la presse hispanophone ?
    J’ai pratiqué l’espagnol jusqu’à ma Licence 3, j’hésite donc à cocher cette option n’étant pas bilingue.
    Avez-vous des conseils ?

    Merci d’avance,

    Une candidate dans l’attente de finaliser son inscription

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    1. Bonjour Inès! Je vais tenter de synthétiser une réponse à l’avalanche de questions qui s’abat sur moi 🙂 Je n’ai pas passé l’espagnol mais une autre langue vivante. L’épreuve fonctionne exactement comme l’anglais, et j’imagine que le texte peut concerner à la fois l’Espagne et l’Amérique latine, même si je doute qu’on t’interroge sur le système politique du Costa Rica… En tout cas, il est sous-entendu qu’il s’agit de l’espagnol castillan. Pas besoin de suivre assidument la presse de tous ces pays, et surtout, surtout pas dès la préparation des écrits : c’est une pure perte de temps! Tu pourras t’y remettre à l’été, et tu verras que le niveau attendu n’est pas du tout le bilinguisme : l’objectif est de valoriser ceux qui, comme toi, ont des notions dans d’autres langues vivantes et n’ont donc peut-être pas consacré autant d’heures que d’autres à l’apprentissage de l’anglais. Voilà en gros ce que je pense de la question, et dans tous les cas, tu ne perds absolument rien à tenter ta chance! Bonne inscription à toi!

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  2. Bonjour,

    Premièrement, merci d’avoir pris le temps de rédiger un article sur le choix des matières.

    Ma question est assez large mais je tente :
    De manière générale pour l’ensemble des épreuves (d’admissibilité et d’admission), quelles compétences doit on travailler pour se démarquer ?
    En dehors des connaissances et de la méthodologie attendues, je pensais améliorer mes qualités rédactionnelles mais également mon aisance orale. Selon toi, comment améliorer ses derniers points ?

    Merci pour ton retour. Et un grand merci pour ce blog qui est très utile !!

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    1. Bonjour à toi, maman juriste! Je vais tenter de répondre au mieux à ta question, mais tu sembles avoir bien compris l’enjeu de ce concours (et des concours de la fonction publique en général) : les connaissances sont une part infime de la réussite, car quasiment tout le monde les aura (et les codes sont à disposition le jour J)… La méthodologie est l’aspect essentiel du travail, afin de pouvoir restituer au mieux ces connaissances et produire un propos clair, bien construit et donc convaincant. Pour l’aisance orale, c’est certes un plus mais tu n’as pas à t’en inquiéter pour l’instant : attends les oraux pour t’y mettre, et cela viendra tout seul en t’entrainant à faire des sujets, devant la webcam ou avec des collègues. Quant aux qualités rédactionnelles, oui, tu as bien saisi que c’est l’enjeu essentiel : les correcteurs et le jury déplorent chaque année que de nombreux candidat.e.s ont à peu près les connaissances requises, mais les expriment avec un niveau de langage et une expression écrite telle (avec en plus souvent des problèmes majeurs d’orthographe et de grammaire) qu’il est impossible d’apprécier leur travail à sa juste valeur. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », écrivait Boileau.

      Pour améliorer son expression écrite, pas de recette miracle mais plusieurs pistes : lire, lire, lire, encore et toujours, pour améliorer la structuration de ses phrases et son vocabulaire ; s’entraîner à rédiger, et bien reprendre ses devoirs corrigés pour perfectionner son expression (généralement on constate rapidement des progrès après quelques entraînements). Sans pour autant faire une obsession là-dessus : l’idée est de parvenir au style adéquat, celui du candidat honnête et sérieux, pas forcément du croisement entre Marcel Proust et Jean Carbonnier! Bon courage dans la suite de ta préparation!

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