Les meilleurs documentaires pour préparer le concours de l’ENM

Salut à toutes et à tous !

J’inaugure une série d’articles destinés à vous permettre de joindre l’utile à l’agréable dans votre préparation. Je vous propose de commencer par une série de documentaires qui vous permettront d’approfondir votre connaissance du monde judiciaire. A l’évidence, ce n’est pas le fait d’avoir maté douze Faites entrer l’accusé dans votre lit qui vous fera avoir 15 en dissert’ de droit pénal, mais ce genre de vidéos présente néanmoins de nombreux intérêts pour vous.

Déjà, les documentaires sur la justice sont souvent très intéressants et instructifs. Ils donnent un aperçu concret du travail des magistrats et des autres professions du monde de la justice : les audiences ; le quotidien du juge ou du procureur, à base de traitement en temps réel, de construction de dossiers et de déferrements ; mais aussi l’enquête policière et le monde pénitentiaire. Cela vous permettra d’avoir un aperçu de la réalité du métier et ainsi de vous projeter dans la peau d’un.e magistrat.e, afin de déterminer si cette profession est faite pour vous (j’en suis sûre !). Quand on est déjà mordu(e) et convaincu(e), ce genre de vidéos fonctionne un peu comme la carotte devant le nez de l’âne récalcitrant : ça permet de renforcer sa motivation dans les moments difficiles en se rappelant pourquoi on fournit de tels efforts de révision.

Les documentaires sur la police et la justice sont légion : les chaînes de la TNT nous abreuvent de magazines sensationnalistes du genre « Enquêtes d’action », « 90 minutes », « En quête de grosse baston », avec des arrestations musclées de go-fast sur l’autoroute. Dans ce genre de reportage, bien souvent, on a le droit à une bonne dose de populisme, de sentiment anti-magistrats voire de racisme à peine dissimulé. Une fois sur deux, à la fin de l’épisode, le procureur met fin à la garde à vue d’un loubard que les enquêteurs ont mis tout l’épisode à arrêter et essayer de faire parler. Idéaux pour faire enrager Madame Michu devant son téléviseur, ces « documentaires » sont peu représentatifs du travail des enquêteurs et encore moins de celui des magistrats.

C’est pourquoi je vous facilite la tâche en triant le bon grain de l’ivraie : je vous propose ma sélection personnelle des meilleurs documentaires sur la justice. Nul besoin d’enrichir davantage Amazon ou de filer à la médiathèque du coin : je n’ai sélectionné que des vidéos disponibles sur Youtube ! J’ajoute les liens et je vous invite à me signaler les éventuels liens morts pour que je puisse les remplacer au plus vite.

christophe-hondelatte-bientot-sur-france-3-avec-un-nouveau-magazine-judiciaire

– « Je t’avais pourtant interdit de regarder l’épisode sur Luka Rocco Magnotta au lieu de faire de la procédure civile. C’est l’heure de la punition… »


Inside the prétoire : cour d’assises, tribunal correctionnel…

Les films de Raymond Depardon sur la justice : Faits divers (1983), Délits flagrants (1994) et 10ème chambre : Instants d’audience (2004). J’en parlerai plus longuement dans un article dédié, mais je ne pouvais pas ne pas débuter par cette recommandation. Faits divers filme le quotidien de brigades de police du 5ème arrondissement de Paris. Sur le plan procédural, il a clairement vieilli mais reste un document assez unique.

Ce sont surtout Délits flagrants et 10ème chambre qui vous seront les plus utiles. Dans le premier, Depardon filme essentiellement des déferrements dans une petite salle du dépôt du TGI. On est en 1994, donc pas de TTR, de CRPC et encore moins d’avocat : juste la lecture de la prévention (les « faits reprochés ») et l’annonce de la volonté du ministère public de renvoyer la personne assise en face de soi en comparution immédiate. Face aux primo-délinquants ou aux habitués des gardes à vue, le quotidien du procureur nous est révélé dans sa diversité : absolument passionnant.

10ème chambre est plus récent et montre une série d’audiences correctionnelles au TGI de Paris. Présidée par une juge opiniâtre, qui à mon sens donne une assez mauvaise image de la justice (sarcasme permanent, leçons de morale, remarques hautaines et pleines de condescendance – entre autres), la chambre voit défiler divers prévenus pour des affaires d’une gravité variable.

J’en parlerai plus longuement dans un article dédié, mais je ne résiste pas à l’envie de vous mettre deux petits extraits de 10ème chambre pour vous aguicher :

Le jour où j’ai été juré d’assises : document rare sur la phase du délibéré, ce film suit le parcours d’un juré d’assises tout au long du procès. Dans le cadre d’une affaire criminelle assez atroce (une femme défigurée par son agresseur), on entre au cœur du procès d’assises : on voit de (petits) moments de délibération et des interventions du président pour manipuler orienter guider avec sagacité la décision des jurés.

Enquête au TGI de Paris : il date un peu (2001) mais reste très complet et passionnant à regarder. Auditions dans le cabinet du juge, déferrements, petites balades sympathiques dans les couloirs du dépôt (cellules au sous-sol) : vous connaîtrez le TGI de Paris comme votre poche après avoir vu le film. La parole est surtout donnée aux avocats, dont un certain Eric Dupond-Moretti, alors jeune loup du barreau qui n’avait pas encore accédé à la célébrité nationale (Outreau c’était en 2004). L’occasion aussi de découvrir qu’avant d’arborer sa barbe fournie, il portait un bouc très très vilain.

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– En bonus, et puisque leur système judiciaire n’est pas très éloigné du nôtre, j’ajoute à ma liste la série documentaire belge sobrement intitulée Face au juge. Un florilège du « tout-venant » correctionnel, avec des juges aux méthodes baroques (le déjà culte « Vous étiez amorti au moment des faits ? ») et des prévenus à l’accent truculent une fois, nom d’une fricadelle.


 

Immersion dans le quotidien des magistrats

Permis de juger : un documentaire passionnant sur le déroulement de la scolarité à l’ENM, dont le visionnage est fortement recommandé pour les candidat.e.s et même totalement obligatoire pour les auditeurs/trices, parce qu’il n’y a rien de pire que de replacer une de ses phrases-cultes à la cantine de l’école et de ne faire rire personne. Ce film suit la scolarité de quatre auditeurs de justice (deux issus de la promotion 2009 et deux de la promotion 2010), de la prestation de serment au classement de sortie, en insistant sur leur stage juridictionnel et les simulations à l’école.

C’est là encore un film façon France 3, un peu « plan-plan » et avec quelques imprécisions malheureusement courantes. A la toute fin du film, la voix-off indique par exemple à propos de l’auditrice devenue substitute du procureur, « elle est désormais pleinement responsable de ses décisions… Elle est juge ». Mis à part cela, et le fait que l’organigramme a un petit peu changé, c’est un descriptif fidèle de la scolarité bordelaise dans lequel les magistrat.e.s en poste et les auditeurs retrouveront forcément les joies et les doutes qui sont ou étaient les leurs.

Ah si, ce qui a changé par contre, c’est que les promotions récentes ont arrêté de dire d’un air jovial « mandat de dépôt » au lieu de l’habituel « cerise » ou « cheese » lors de la photo (voir à 1’30’10)…

Aux marches du palais : un documentaire « en immersion » au tribunal de grande instance de Rouen, sobre dans sa forme (pas de voix-off inutile) mais qui constitue un témoignage assez unique, sous forme de recueil brut d’audiences correctionnelles ou de cabinet (tutelles, instruction, assistance éducative…). Le réalisateur a suivi la vie du TGI pendant une longue période (plus de six mois) et filme essentiellement les magistrat.e.s à l’œuvre, plutôt que les affaires « en tant que tel ».

Protégés d’eux-mêmes : le quotidien du juge des tutelles, chargé de prononcer des mesures de protection des majeurs vulnérables (sauvegarde, curatelle et tutelle principalement) filmé dans les tribunaux d’instance d’Angers, Grenoble et Bobigny. Des audiences très émouvantes, dans le cabinet du juge ou « hors les murs » (à l’hôpital ou en maison de retraite), qui font toucher du doigt le sens de l’office de ce magistrat désormais chargé des « contentieux de la protection ».

Dans le bureau du juge des enfants : un court reportage (30 minutes) sur le quotidien d’un juge des enfants au TGI de Mulhouse. Plus récent que les autres que je vous ai listés (2016), et aussi plus moderne dans sa forme (la télé nouvelle génération avec Laurent Delahousse et sa mèche), le film montre la complexité de cette fonction totalement à part dans la magistrature. Outre les instants d’audiences toujours intéressants, c’est l’interview du juge Michel Gueller que je trouve particulièrement utile : devenu magistrat après une reconversion professionnelle, il expose sa conception personnelle de l’office du juge des enfants, avec l’humilité et la remise en question permanente qui doivent habiter chaque magistrat.

Parquet de Bobigny, au cœur des enquêtes criminelles : changement de salle, changement d’ambiance. Après les jeunes délinquants du vignoble alsacien, on passe aux choses sérieuses : des braquages, des stupéfiants, des arrestations musclées, des avocats au visage flouté et à la voix modifiée, et des substituts débordés qui remontent les bretelles aux enquêteurs. Si le documentaire n’insiste pas spécifiquement sur le travail des magistrats, mais plutôt sur celui des policiers et douaniers, il montre les phases d’enquête dans un tribunal submergé par une action pénale débordante et confronté à un manque de moyens chronique. Et il rappellera sans doute quelques souvenirs aux très nombreux forçats de la prépa venus faire un petit stage de deux mois dans le bunker bleu aux façades de plexiglas.

Le juge d’instruction mène l’enquête : il y a peu de documentaires centrés sur le juge d’instruction et je souhaitais vous en indiquer un, donc j’ai déniché ce reportage de Zone Interdite sur M6. Il date de 2000 – autant dire la préhistoire dans un justice réformée de fond en comble tous les six mois -, avant les innombrables évolutions procédurales issues de la jurisprudence de la CEDH et aussi… la création du juge des libertés et de la détention. C’est ainsi que l’on assiste à un placement en détention provisoire « à l’ancienne », par la seule volonté du magistrat instructeur, avec une bonne dose de franc-parler qui rappelle également que la justice a grandement évolué en seulement deux décennies. Bref, un témoignage assez truculent, et parfois drôle, mais à considérer avec une perspective historique.

Marie, première année au tribunal : le titre parle de lui-même. Le film suit l’entrée en fonction d’une juge des enfants, qui tient également des audiences correctionnelles à juge unique. Là encore, pas de voix-off, des instants d’audience bruts avec des djeun’s bien mal élevés, et des réflexions face caméra sur ses débuts. Un des rares à faire une place au travail de la Protection judiciaire de la jeunesse.

En bonus, si vous arrivez à mettre la main dessus, les très bons documentaires Un procureur dans la ville, qui filment le quotidien de six substituts et vice-procureurs dans six parquets de France. Véritablement centrés sur le travail du magistrat du parquet, et notamment la permanence téléphonique et le traitement du courrier (95 % du temps de travail, mais les audiences sont plus télégéniques…).


Affaires judiciaires

Faites entrer l’accusé : c’est presque un affront que de recommander FELA à des curieux du monde de la justice, et a fortiori à des forçats de la prépa, des auditeurs ou des collègues. Inutile de le présenter cette série documentaire lancée en l’an 2000 sur France 2 avec l’immortel Christophe Hondelatte (crooner de jazz à ses heures perdues), reprise par l’experte Frédérique Lantieri et depuis peu transférée sur RMC Story (vous connaissiez cette chaîne ?).

Consacrés aux affaires criminelles (sinon ça s’appellerait Faites entrer le prévenu, et ce serait moins palpitant), ces documentaires sont plutôt centrés sur l’instruction que sur le procès, mais parfois on a droit à vingt minutes de compte-rendu d’audience à la fin. On suit avec minutie les investigations, ponctuées d’excellentes interventions de figures du monde judiciaire, dans la bibliothèque de la cour d’appel ou dans le vieux local où Cricri d’amour semble passer ses soirées avec son perfecto noir.

Des magistrats font part de leur expérience et de leur culture judiciaire, dont des légendes comme Eric de Montgolfier ou Renaud Van Ruymbeke. Eric Dupond-Moretti et Gilbert Collard ont carrément leur fauteuil à eux à force de venir d’épisode en épisode. Le mythique Dominique Rizet – désormais présentateur – nous éclaire de ses analyses balistiques et de médecine légale. Et le propos, parfois engagé, n’hésite pas à pointer les failles de l’institution (avec un brin de mauvaise foi parfois).

Oui, certes, il y a une bonne dose de sensationnalisme et des musiques flippantes destinées à faire frissonner l’étudiant.e en droit sous son plaid, ainsi qu’un goût pour le détail sordide. Oui, visionner « Nadir Sedrati : le dépeceur du canal » ne bouleversera sans doute pas votre compréhension de la justice et ne peut pas vous assurer un 16 en droit pénal au concours. Mais faire un visionnage « actif » et critique du documentaire, en s’intéressant particulièrement aux aspects procéduraux, peut être productif.

Je vais consacrer prochainement un article spécifique en classant les meilleurs Faites entrer l’accusé, en tout cas mes préférés. Je vous propose déjà une petite sélection des FELA consacrés aux plus grandes affaires judiciaires de l’histoire, en remerciant France 2 d’avoir mis gratuitement à disposition les films sur Youtube !

Outreau, l’autre vérité : un documentaire passionnant, qui, comme son titre l’indique, va à l’encontre des conclusions jusqu’alors tirées de cette affaire qui fut un séisme dans la justice française. Le film donne abondamment la parole aux frères Badaoui et à Fabrice Burgaud, et défend principalement la thèse selon laquelle ce dernier a été le fusible idéal à faire sauter pour « limiter les dégâts » dans l’institution. Le cinéaste Denis Garde sous-entend même clairement que les acquittés d’Outreau, qui se sont épanchés dans la presse et les journaux TV, ne sont pas innocents.

Il revient également sur l’audition du juge Burgaud devant l’Assemblée nationale, où les droits de la défense semblent totalement inexistants ; les méthodes des avocats de la défense Dupond-Moretti et Berton, qualifiant de menteurs les parties civiles âgées d’une dizaine d’années, assises sur le banc des prévenus en raison du manque de place dans la salle ; et donne plus généralement la parole à ceux qui composent ce que l’on peut appeler, avec 25 guillemets, les « pro-Burgaud ». Un contrepoint nécessaire au dézinguage aveugle et pêle-mêle des jeunes magistrats, et de la fonction même de juge d’instruction.

Manipulations, une histoire française : un superbe documentaire en six épisodes, qui débute par l’affaire Clearstream mais montre ensuite les liens et connexions avec d’autres affaires politico-financières (frégates de Taïwan, affaire Karachi, le scandale des « mallettes »). Relativement complexe à suivre (prendre un petit café expresso avant, voire deux) mais absolument passionnant, il retrace le travail opiniâtre des juges d’instruction financiers Renaud Van Ruymbeke et Eva Joly (entre autres), dans un contexte de pressions politiques permanentes et coups fourrés d’avocats anglo-saxons bien malins. On est loin des audiences du juge des tutelles à Alençon du documentaire cité plus haut…


Prison

Les documentaires consacrés au monde carcéral sont généralement assez caricaturaux, comme en témoignent leurs titres du genre « Dans l’enfer de Fleury-Mérogis, entre coups de couteau et bagarres à l’huile bouillante ». Je vous propose néanmoins les deux moins pires, en attendant de trouver des reportages sincères et sans musique épique à la Hans Zimmer toutes les deux minutes.

– un Complément d’enquête de février 2018, en pleine grève des personnels pénitentiaires, qui donne véritablement la parole aux surveillants pénitentiaires et montre les conditions de vie en détention avec objectivité. Des infographies apportent des précisions utiles sur les aspects procéduraux (les arcanes secrètes de l’application des peines : bracelets, libérations conditionnelles…).

Au cœur de la prison en France : reportage intéressant, qui montre notamment le travail des médecins et infirmiers intervenant en milieu carcéral, dans leur lutte contre les addictions et la prévention du suicide.

Justice restaurative

Mineurs et victimes face à face : outre le titre douteux (je ne vois pas en quoi le mot « mineurs » s’oppose à celui de « victime »), c’est un reportage sur le sujet peu traité des modes alternatifs de règlement des litiges, et de la médiation pénale tout particulièrement. Cela se passe en Suisse, dans le canton de Fribourg, mais ce type d’initiative obéit à un cadre procédural encore très faible, et donc riche d’enseignements même pour nous autres d’outre-Jura.

Bon visionnage (après la journée de boulot hein) !

From ENM, with love


4 réflexions sur “Les meilleurs documentaires pour préparer le concours de l’ENM

  1. Merci beaucoup pour cette liste très complète! J’ai hâte de visionner les quelques références que je ne connais pas encore !
    Je me permet d’ajouter ici deux références :

    – Le documentaire Envoyé spécial : Quand la justice se trompe sur les erreurs judiciaires
    Et
    – Le métier de procureur dans lequel on retrouve là substitut du procureur Charlotte Millon qui apparaissait déjà dans Permis de juger.
    Il est disponible à ce lien :
    https://www.lpdm.tv/project/le-metier-de-procureur

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    1. Bonjour Hécate-Ombre et merci de me l’avoir signalé, je modifie cela au plus vite. Par contre, le dernier lien (« Dans le bureau du juge des enfants ») fonctionne très bien, ce doit être un problème de navigateur. Bons visionnages à vous!

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