Droit social ENM – Quels manuels utiliser ?

Salut à tous / toutes !

Ma petite sélection de manuels estivale se poursuit avec le droit social, une matière qui tend à diviser les juristes : certain(e)s en sont mordu(e)s, d’autres préfèrent se jeter à poil dans les ronces plutôt que lire un arrêt de la Chambre sociale. Que vous ayez un poster de Gérard et Antoine Lyon-Caen au-dessus de votre lit, ou que vous frissonniez en entendant les sigles « CDD » ou « CHSCT », si vous êtes admissible, vous allez devoir vous farcir une belle tranche de droit social cet été.

Le droit international privé est une matière très homogène et bien circonscrite : on voit clairement de quoi on parle. Le droit social part un peu dans tous les sens. Il comprend essentiellement le droit du travail, c’est-à-dire le droit régissant les relations individuelles (la question du contrat de travail et de sa rupture) et collectives (conventions collectives, grèves…) de travail. Il comprend également le droit de la sécurité sociale, branche autonome des sciences juridiques, qui s’intéresse aux prestations familiales, de recouvrement, de retraite et de maladie. Il inclut enfin une partie de droit public, qui intéresse le/la citoyen(ne) en nous mais pas l’admissible : l’action sociale de l’État et les politiques sociales (RSA, lutte contre l’exclusion…)

Je réponds d’emblée à une question épineuse : faut-il bosser le droit de la sécurité sociale comme un(e) malade, en utilisant un manuel spécifique ? Selon moi, non, car il donne lieu à bien trop peu de sujets pour justifier un travail de fond spécifique. Si vous disposez de polycopiés avec votre prépa, ils devraient largement faire l’affaire. Si vous n’en avez pas, centrez-vous sur le traitement juridictionnel du contentieux de la sécurité sociale (TASS, TCI, CNITAAT). Ça vaut quelques heures de bachotage révisions, pas plus. Et vous pouvez souvent vous contenter de la partie « sécu » d’un bon manuel de droit social général.

Pour le dire plus simplement : en gros, vos révisions seront composées à 95% de droit du travail. En respectant les règles habituelles que vous connaissez désormais comme un mantra (un bon plan, pas plus de 200 pages et synthétique), voici une sélection de manuels utiles pour devenir le futur ou la future Alain Lacabarats !

N.B. : le droit social a donné lieu à pas mal d’expérimentations de graphistes sous LSD, qui ont l’air de préférer les concerts de Sinsemilia aux clauses de non-concurrence. Pour commencer en douceur, je vous propose une petite sélection des couvertures les plus ignobles que les éditeurs de droit social nous ont concoctées. Fonds bleus Klein avec superposition de lettres violettes, camaïeux orange-violet, utilisation du WordArt jusqu’à l’épuisement nerveux, ombres derrière les lettres… Rien ne vous sera épargné.

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Les recherches pour identifier les graphistes responsables se poursuivent encore, selon le parquet. Sauf pour la première : 2009, c’est prescrit.



Très utile

A la différence du DIP, il n’y a pas en droit social de « manuel des manuels », merveilleux entre tous, qui justifierait une course à la Usain Bolt jusqu’à la librairie. J’ai repéré les manuels que je juge appropriés pour acquérir rapidement les connaissances nécessaires en droit social, que l’on ait déjà pratiqué la matière ou non.

J’ai dénombré à vue d’oeil plus d’une quinzaine de manuels de 150-200 pages, avec bien sûr leur fameuse couverture immonde, qui pourraient vous être utiles. Petit écueil cependant : beaucoup de ces manuels sont faits à destination de non-juristes qui ont à se confronter au droit du travail dans le cadre de leur activité (RH, personnel administratif, artisans, représentants syndicaux…). Ils sont parfois légèrement en dessous du niveau d’exigence des épreuves orales de l’ENM : vous jugerez rapidement du degré de précision en jetant un petit coup d’oeil à l’intérieur. Dans tous les cas, si vous en avez un qui traîne chez vous ou dans votre bibli préférée, il peut toujours être utile, ne serait-ce que pour rabâcher en fin de révisions.

Parmi ceux dans lesquels vous pouvez investir, je conseille particulièrement deux collections qui valent généralement le coup : les petits ouvrages Hachette Supérieur, comme celui présenté ci-dessous ; les « carrés » Gualino, un peu plus factuels et moins « rédigés ».

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J’ai personnellement utilisé, c’est-à-dire tartiné défoncé massacré, l’ouvrage de Martine Le Bihan Guénolé sobrement intitulé Droit du travail (éd. Hachette Supérieur). Il est mis à jour chaque année. Précis et bien organisé, il peut paraître un peu indigeste (c’est de la connaissance brute présentée en petits paragraphes et tirets), mais vous permettra de travailler directement dedans. En surlignant, soulignant, puis en relisant régulièrement les parties que vous maitrisez le moins, vous éviterez le grand danger de la préparation des oraux techniques : la fiche.

Frédéric-Jérôme Pansier, Droit du travail, éd. LexisNexis, coll. Objectif droit, 366 pages. Là encore, le titre bat un record d’originalité. 366 pages, c’est un peu long pour servir de manuel dans lequel aller se replonger pour réviser. Mais si vous avez trouvé le courage de vous y mettre peu après les écrits (ce qui fait de vous un être surhumain), vous pouvez le tester. La structure générale n’est pas génialissime avec sa métaphore biologique (fondements du droit du travail, puis naissance, vie et fin de la relation de travail). Cependant, à la différence des petits manuels parfaits pour bachoter, il vous permettra de bien asseoir vos fondamentaux et de maîtriser en profondeur l’architecture de la matière.

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Pourquoi pas ?

Jean-Emmanuel Ray, Droit du travail, droit vivant, 25e édition, éd. Liaisons. C’est l’auteur-star de la matière : vous l’avez peut-être croisé dans votre fac ou votre prépa : il donne fréquemment des conférences devant des amphis remplis. « Fin juriste », son ouvrage est une véritable référence (25 rééditions !) lue depuis deux décennies par les praticiens et les étudiants. Très concret, riche d’exemples pertinents, il raconte le droit du travail comme un roman, en suivant le parcours d’un salarié, de la formation à la rupture du contrat. Si on était en M2 droit du travail, c’est le livre qu’on mettrait sous son oreiller et qu’on chérirait en lui faisant plein de câlins.

Vous me voyez venir. Pour l’ENM, les 640 pages de Monsieur Ray vont vous demander des efforts trop importants. En outre, il n’est pas organisé de matière assez « graphique » et claire pour pouvoir réviser dedans. Si vous avez envie de le lire pour préparer le terrain une ou deux semaines après les écrits, avant de vous y mettre vraiment, il vous sera fort utile ; mais il ne pourra être votre seul moyen de révisions pour être pleinement efficace.

Martine Le Bihan-Guénolé, Droit du travail – Mémento de la jurisprudence, éd. Hachette, 160 pages. Dans la série des carrés Hachette, MLBG a récidivé avec un court ouvrage qui pourra vous être utile, mais plutôt dans un second temps. A l’évidence, il ne sert à rien d’apprendre plein d’arrêts sans avoir les bases de la matière. Lorsque vous aurez bien solidifié vos fondamentaux, s’il vous reste du temps à tuer (douce plaisanterie), vous pourrez vous pencher sur les principaux arrêts de cette matière assez jurisprudentielle. Ça fait réviser les notions en même temps, ça permet de gagner en précision et de donner du corps à votre prestation, en développant un petit point « jurisprudence » d’une vingtaine de secondes. Et vous aurez du matos pour parer toute question.

Deux autres manuels peuvent valoir le coup d’oeil. Vous connaissez mon amour passionnel pour la collection de manuels LGDJ (je les appelle les « tout verts »), dont le plan superbement détaillé peut s’apprendre par cœur et vous servir de boussole dans vos révisions. Bien sûr, le livre de Françoise Favennec-Héry et Pierre-Yves Verkindt fait ses 722 pages tout mouillé. Mais si vous le chopez en bibliothèque, vous pouvez photocopier ou scanner le plan et vous pencher un peu dessus : les titres des sous-parties et des paragraphes sont les trois-quarts du temps des sujets potentiels des épreuves orales. Le Gaudu (éd. Dalloz, 472 pages), du nom du professeur à Paris 1 qui en est l’auteur, est conçu pour les L3, mais je trouve paradoxalement le plan un peu bizarre et la présentation pas très intuitive.

Enfin, pour finir en beauté, vous pouvez vous pencher sur le manuel dirigé par Jean-Pierre Chauchard, Droit de la sécurité sociale (éd. LGDJ). Le titre fait encore plus rêver qu’un séjour à Disneyland Paris. Aux grands maux les grands remèdes : pour la partie sécu, si vous estimiez nécessaire d’aller plus loin que ce que vous fournit votre manuel de droit social, il vous tend les bras. A ne pas lire in extenso, bien sûr : il y a plein de choses dont vous vous fichez éperdument. Lisez les passages sur les questions juridictionnelles (TASS, TCI, CNITAAT).

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Jean-Emmanuel Ray, alias le Victor Hugo du droit social. Le genre d’auteur qui peut te mettre un suspense à la Breaking Bad avec des conventions collectives ou un référé prud’homal.



A éviter

Vous connaissez le refrain : il faut réfréner ses ardeurs de bon(ne) étudiant(e), qui veut naturellement se confronter aux textes les plus complets et aux manuels les plus imposants, animé(e) par la volonté de bien faire. Ca fait mal au cœur, mais une règle se vérifie particulièrement en droit social : moins le manuel a de la gueule et paraît sérieux, plus il y a de chances qu’il soit approprié pour bachoter.

Au revoir les ouvrages consacrés à des points spécifiques du programme, comme le pouvoir disciplinaire de l’employeur, ou encore la grève, qui a donné lieu à un beau livre paru récemment aux Presses de Sciences Po. La probabilité de tomber sur un sujet précis est trop faible pour se farcir des ouvrages si spécifiques. Au revoir également le manuel de Bernard Teyssié chez LexisNexis. 1900 pages. Mille-neuf cents. Pour toute commande, une remorque vous sera cordialement prêtée afin de venir retirer le livre à l’entrepôt.


J’achève mon tour d’horizon des manuels de droit social par deux brèves remarques. La matière est certes « touffue » et comprend une large part de jurisprudence. Toutefois, les arrêts que l’on pourrait vous reprocher de ne pas connaître sont des jurisprudences établies de chez établies et souvent vieilles comme le marbre. Il n’en y a pas des milliers, mais une petite vingtaine. Vous n’avez par conséquent nul besoin de connaître l’actualité de la chambre sociale sur le bout des doigts.

Quant à l’actualité législative, là encore, pas de panique. J’en ai vu certain(e)s l’an dernier se mettre à apprendre furieusement le contenu de textes législatifs, voire de projets de loi. Si vous devez évidemment avoir entendu parler des lois récentes (Macron, El Khomri) et des projets de réforme actuels et en connaître les grandes orientations, il n’est pas question d’apprendre chaque mesurette dans le détail.

Enfin, n’oubliez pas vos lunettes de soleil quand vous passerez dans le rayon « droit social » de votre librairie : le Comic sans MS avec dégradé orange-violet, ça éblouit.


From ENM, with love


2 réflexions sur “Droit social ENM – Quels manuels utiliser ?

  1. Chère FEWL,

    D’abord un grand merci pour tes précieux conseils !!
    J’ai une question cela dit, tu nous recommandes en « très utiles » le manuel de Pansier mais sa dernière édition date de 2011… Ne penses-tu pas que cela puisse être préjudiciable ? Notamment avec les évolutions récentes (ordonnances travail de 2017 par ex).

    Merci,

    Bien à toi

    J'aime

    1. Bonjour Laura! En effet, quand j’ai écrit l’article en 2017, ça allait encore, et j’imaginais que l’auteur allait en proposer une nouvelle édition. 2011 c’est désormais assez ancien, mais l’actualité de la matière n’est clairement pas ce qui compte lors des oraux techniques, donc pour l’acquisition des fondamentaux, ça peut le faire. Bref, ce n’est peut-être plus celui qu’il faut privilégier… Bonne préparation à toi!

      J'aime

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