Quel master pour le concours de l’ENM ?

Salut à tous/toutes !

On m’écrit presque quotidiennement pour me poser cette question, qui paraît sans doute cruciale lorsqu’on est étudiant.e et qu’on rêve d’intégrer l’ENM mais qui, brisons le suspense d’emblée, est un faux problème.

Des dizaines de pages Facebook, de hashtags ou de bons vieux forums autour du concours de l’ENM regorgent de discussions enflammées, où untel a entendu le cousin d’un ami de son beau-frère dire que le master « Droit, procédure et justice » de l’université d’Orléans est beaucoup mieux que le master « Procédure, justice et droit » de l’université de Mulhouse. Lequel est largement meilleur que le master « Justice, procédure » et droit de l’université de Clermont-Ferrand, cela va sans dire.

Loin de moi l’idée de blesser l’orgueil des Mulhousiens, Orléanais et Clermontois, mais vous aurez compris l’idée derrière cette boutade : toutes les facs de droit proposent des kilos de masters affublés du même nom (généralement avec le tiercé « procédure », « procès » ou « justice » à l’intérieur), et surtout absolument le même contenu – les fondamentaux de la procédure et du droit de fond. Faites le jeu vous-même en tapant « M1 droit et procédure » sur Google…

S’il est bien sûr légitime de s’interroger sur son choix d’orientation en master, il ne faut pas que celui-ci entraîne des mois d’hésitation et de questionnement métaphysique. C’est un réflexe malheureusement assez franco-français, qui surprend toujours les étudiant.e.s d’autres pays européens, que d’imaginer qu’à un métier ou un concours correspond forcément « le parcours parfait ». En somme, s’imaginer que nos chances sont réduites à néant si depuis le CM2 nous n’avons pas suivi la voie royale.

C’est l’occasion de le rappeler plus que jamais : peu importe le master de droit (ou d’autre chose) que vous ayez suivi ou suivrez, tout se jouera durant votre/vos année.s de préparation. Ce n’est pas le fait d’avoir suivi tel ou tel master qui vous fera intégrer ou pas, mais votre investissement régulier, vos capacités d’adaptation et de remise en question, et surtout votre motivation. J’exagère pour me faire comprendre, mais c’est presque comme si quelqu’un soutenait qu’il avait obtenu sa licence avec mention parce qu’il avait choisi le même sujet pour son TPE en première.

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« T’en penses quoi Mireille, on reste sur Droit privé, procédure, justice et procès, ou on suit l’idée de Jean-Marc avec Procès, justice, procédure et droit privé ? »


Le meilleur master pour préparer le concours de l’ENM

Spoiler alert : il n’existe donc pas de master parfait, ou même de master « voie royale » pour réussir le concours de l’ENM. Ne cherchez pas sur Internet de statistiques d’intégration par master : elles n’existent pas et elles seraient bien complexes à produire, car cela supposerait un suivi attentif du devenir des étudiant.e.s et un recoupement avec la préparation qu’ils/elles ont suivi. Il en existe par IEJ, mais là encore, vous savez ce que je pense de ces stats avec double, voire triple comptage comme je l’ai évoqué dans cet article.

Par ailleurs, même si j’aimerais pouvoir vous proposer un classement au banc d’essai des différents masters de droit, il en existe tellement (de surcroît totalement identiques) qu’il est impossible de pouvoir les comparer avec sérieux. Pour le dire plus crûment, je pense que dans la perspective de l’ENM, tous les masters du type auquel je fais référence depuis le début de cet article se valent absolument : ce n’est pas un cours de plus de ceci ou cela qui fera votre réussite.

On entend souvent qu’un master destiné à se « pré-préparer » pour le concours d’entrée à l’ENM doit être généraliste, centré sur les matières du concours, exigeant et/ou sélectif.

Être généraliste ?

C’est un petit avantage, mais ce n’est en aucun cas nécessaire. Certes, suivre un cursus sans aucun rapport avec les matières du concours peut apparaître comme une perte de temps : se lancer dans une licence d’islandais médiéval risque de vous faire prendre un certain retard. Si votre master peut vous servir de « pré-prépa », en abordant les matières du concours, c’est ma foi un peu de temps de gagné. Vous consoliderez vos connaissances en procédure et approfondirez votre savoir juridique dans la perspective de votre année de préparation.

Mais, comme je le répète à coups d’articles depuis désormais trois ans bientôt, tout se jouera durant votre préparation. Vous suivez un master uniquement consacré au droit civil, ou au droit pénal ? C’est parfait ! Le master apporte tellement peu, en comparaison avec les révisions intensives et les doses gourmandes de méthodologie, qu’avoir suivi un master juridique moins généraliste ne sera aucunement un handicap. Les connaissances fondamentales, vous les reverrez en prépa. Je préfère le dire clairement : un master, aussi bien pensé soit-il, n’atteindra jamais en efficacité le tiers du quart de la moitié d’une prépa.

Être très exigeant et/ou sélectif ?

Là encore, peu importe. Si vous avez la possibilité d’intégrer un master renommé dans les plus anciennes facultés parisiennes, tant mieux pour vous, mais votre parcours n’est pas jugé au grand oral sur sa « valeur » ou la réputation de telle ou telle formation. Déjà, la réputation, ça va et ça vient. Surtout, le jury ne s’y connaît pas plus que quiconque dans cette jungle de master identiques : la fac, c’était il y a 40 ans pour lui.

Si votre master est exigeant, c’est une bonne chose dans la mesure où vous pourrez avoir un avant-goût du rythme à adopter en prépa pour progresser rapidement. Mais il faut bien prendre garde à ne pas arriver sur les rotules en octobre et débuter sa préparation, plus longue encore qu’un marathon, avec un gros « point de coté ».

Certain.e.s entreprennent de passer le concours en même temps que leur M2. Personnellement, il me semble très difficile de boucler un M2 avec sérieux et de se préparer convenablement au concours (hormis dans les formations faites pour cela, comme le master CJJ de Sciences Po). Si vous choisissez cette option, vous devrez probablement arbitrer entre l’investissement pour obtenir votre master et la nécessité de vous ménager d’importantes plages de travail personnel pour le concours. Bref, mettre un peu le M2 au second plan

Le plus important : s’y sentir bien et s’épanouir

Mon titre ressemble à un slogan de Weight Watchers pour une pub de l’après-midi sur France 3. C’est pourtant le principal : rien ne serait pire que de se dire « Le droit social / des affaires / de l’environnement / de la propriété intellectuelle etc. m’intéresse énormément, mais bon ce serait mieux de faire ce master en vue du concours de l’ENM ».

Se farcir à tout prix un master « généraliste » pour maximiser ses chances est contre-productif. Outre que vous reprendrez tous les fondamentaux durant votre prépa, énormément d’auditeurs.trices et de jeunes magistrat.e.s ont étudié d’autres spécialités du droit que le sacro-saint DPG – entendez par là « droit privé général ».

Au grand oral, le jury se fiche complètement du master que vous avez suivi, mais alors complètement de chez complètement. Outre qu’il ne se repère que difficilement dans les parcours universitaires actuels, ses membres ayant passé eux-mêmes des DESS et des maîtrises, le jury n’attend plus ce fameux parcours emblématique du juriste classique (le célèbre trio licence / master Droit privé général à Paris I ou Paris II suivi de l’IEJ). Ce temps-là est révolu et le jury l’a bien intégré. Accessoirement, je rappelle qu’il n’y a que trois magistrats judiciaires sur les sept membres présents lors de l‘épreuve…

Un master un peu original, en France ou à l’étranger (c’est encore mieux !), sera un atout de choix lors des épreuves d’admission, et ne vous portera pas préjudice lors de la préparation des écrits. Un léger retard en octobre est facilement avalé en janvier…

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« Un LLM en litigation/arbitration et un DU en droit de l’environnement ? C’était dans le cadre d’un DESS ou d’un DEA ? ».


En résumé, dans la perspective du concours, à peu de choses près, tous les masters se valent. Droit pénal, droit civil, un peu des deux, ou encore droit des affaires, de la propriété intellectuelle, de l’environnement, droit public… On s’en moque totalement, du moment que ce n’est pas un master de grammaire swahili ou de littérature slovène (quoique, pour le grand oral…).

Tant que vous vous y épanouissez et que vous conservez votre objectif dans la ligne de mire, inutile de parcourir la France pour choisir le prétendu master parfait : sélectionnez-en un qui vous intéresse, qui vous fait envie, qui vous convient sur le plan pratique et personnel.

Inutile aussi de se retourner le cerveau et passer huit heures sur des forums ou des pages Facebook pour interroger vingt personnes à propos de la valeur d’une formation. Chercher à tout prix à contacter le petit cousin de la sœur d’une amie qui a fait ce master, cela ne sert à rien et c’est une source de stress bien inutile (à supposer qu’il existe un stress utile !). Se préparer au concours de l’ENM et suivre un master sont deux choses totalement différentes, et qui se recoupent finalement assez peu…

From ENM, with love


7 réflexions sur “Quel master pour le concours de l’ENM ?

  1. Lecteur assidu depuis le début de ma préparation au concours, je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette article :
    – Les jurys déplorent la surreprésentation des profils pénalistes parmi les candidats. je pense qu’une maîtrise du droit civil (et surtout de la procédure civile!) donne un avantage au concours par rapport aux pénalistes.

    – Les masters de préparation au concours d’entrée à l’ENM (M2 justice, procès et droit parcours magistrature et le M2 carrières judiciaires d l’UVSQ) ne sont pas évoqués alors qu’il y a chaque année des admis ou des admissibles qui sortent directement de ces masters !

    En revanche, je vous rejoins sur un point : mieux vaut donner priorité à un master qui nous plait ou un master à l’étranger, qui permet d’avoir un parcours épanouissant ou atypique.
    De même, il est toujours possible de rattraper son retard dans une ou plusieurs matière si on prend une année de préparation, pas de drame si le Master convoité n’est pas obtenu.

    Merci encore pour ce blog.

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    1. Bonjour B! Nous sommes tout à fait d’accord sur le fait que la surreprésentation des pénalistes (90% à vue de nez) pose un problème au jury (et désormais en juridiction…), mais je ne sais pas si pour autant le fait qu’un.e candidat.e ait fait un master uniquement consacré au droit civil lui donne réellement un avantage particulier. C’est plutôt le fait d’avoir réalisé des stages dans un service civil ou d’exprimer sa volonté d’être juge civiliste qui fera marquer des points de ce côté-là. De toute manière, les trois quarts des candidat.e.s ont fait des masters généralistes, mais se considèrent pénalistes quand même, si bien que le jury ne peut réellement savoir quel est le profil juridique du candidat par son seul master.

      – Je n’ai pas évoqué ces masters tout simplement parce que je ne les connais pas, et que je n’évoque aucun master en particulier dans l’article. Dans chaque master (ou presque), des candidat.e.s parviennent à être admissibles et admis, et tant mieux ! Mais cela ne change rien au fait qu’à quelques exceptions près (tenant aux compétences exceptionnelles de certain.e.s candidat.e.s), un master n’est pas fait pour « préparer » le concours en soi, malgré ce que tentent de vendre certaines facs avec des formations « hybrides », mi-master mi-prépa. Je suis curieux.se de voir ce que ça donnera dans quelques années, mais pour l’instant les statistiques ne montrent rien de très probant…

      Merci à toi et bonne préparation!

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  2. Bonjour FEWL,

    Ta conclusion est très logique et s’entend parfaitement, à fortiori à la lumière des articles dans lesquels tu démontres qu’un étudiant non-juriste peut parfaitement réussir le concours et qui m’ont, plus que convaincu, persuadé que c’est la préparation au concours qui importe véritablement dans sa réussite.

    Toutefois je ne peux m’empêcher de remarquer que tu t’es intéressé(e) au fond des masters, et effectivement le contenu des enseignements varie très peu d’un master à l’autre.
    J’ai le sentiment en revanche que la « forme » du master peut aussi avoir son importance (certes dans une moindre mesure).
    Il est en effet des professeurs dont l’enseignement est particulièrement fascinant : suivre les cours du professeur Leveneur en doit de la famille ou du professeur Grimaldi en droit des successions permet en mon sens à l’étudiant d’appréhender la matière d’une façon singulière. Je cite ces deux professeurs car je les connais par le biais de brillants articles de doctrine et de divers colloques. Le hasard fait qu’ils enseignent tous deux dans la même faculté, et j’ai bien conscience que mon discours a une teinte « corporatiste », mais je tiens à préciser que je n’étudie nullement dans cette faculté.

    Ne penses-tu pas que suivre l’enseignement de ces éminents professeurs peut donner un léger plus dans le sens où ils permettent d’aborder ces matières quelquefois arides (such as les successions) de manière limpide et de prendre une hauteur bienvenue pour la préparation du concours?

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    1. Bonjour Matthieu!

      Suivre l’enseignement de grands professeurs est une expérience enrichissante qui laisse des souvenirs toute une vie, et qui permettra sans doute d’avoir des « longueurs d’avance » là où d’autres auront abordé la matière comme de bons petits soldats devant leurs manuels. A l’heure où l’on est saturé d’informations (y compris juridiques), le savoir et le talent de grand.e.s universitaires est précieux pour l’étudiant.e et le/la candidat.e. Toutefois, si c’est un « plus » indéniable, je pense que la présence de tel ou tel professeur ne peut constituer à elle seule un atout de nature à peser de manière déterminante sur les chances de réussite. Il y en a en effet beaucoup trop de matières, de sous-matières et de sous-sous-matières, avec leurs coefficients différents, pour que l’enseignement d’une ou deux figures dans leur domaine, aussi brillantes soient-elles, puisse faire une réelle différence. Mais cela dit, dans la mesure où tous les masters se valent peu ou prou dans la perspective du concours, le fait de vouloir suivre les cours d’un.e grand.e spécialiste est un facteur de choix tout à fait pertinent! On ne saurait toutefois trop en espérer…

      Bonne préparation à toi et merci!

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  3. Bonjour Fromenmwithlove et merci pour cet article encore très intéressant !

    J’ai cependant une petite question personnelle concernant le concours et le parcours des candidats.

    Pour résumer simplement, à cause de problèmes de santé j’ai triplé ma troisième année de droit, ne pouvant pas me présenter aux examens… J’ai cependant eu ma troisième L3 à 13 de moyenne et le M1 à 14,2, donc j’ai réussi à rattraper mon retard (et ma santé va très bien, c’est le plus important !). Mais je me demande si cette tâche sur mon dossier peut me porter préjudice pendant les oraux, voir me coûter le concours d’une manière ou d’une autre.

    Je précise que j’ai une licence de philo qui s’est bien passée et j’ai aussi fais un service civique volontaire d’un an après le bac. J’ai aussi fais un stage en juridiction pendant 2 mois, donc mon dossier n’est pas non plus un désert aride.

    Le problème c’est que je n’ai pas fais de L1 et que je n’ai pas fais de M2 non plus, étant donné que je me rapproche de l’âge limite du concours, et je pense que la préparation est plus importante qu’une nouvelle année sur les bancs de la fac que j’ai déjà bien fréquentés (et je me sens prête pour le grand marathon de la prépa). Mais je n’ai pas beaucoup d’années « valables » à présenter, uniquement la L2 et le M1.

    Donc je sais bien que c’est un concours et que c’est plus le niveau des candidats à l’instant T qui est jugés, mais je ne peux m’empêcher de me demander ce que le jury va potentiellement penser de cette vilaine tâche sur mon dossier.

    C’est peut être une inquiétude bête, mais je pense que ton avis peut être intéressant 🙂

    Merci d’avance, et surtout merci pour ce blog qui est une vraie source d’inspiration et de motivation !

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