Quelle est la meilleure prépa ENM ?

Salut à toutes et à tous !

C’est l’été ! Assis(e) sur la terrasse d’un bar avec ses ami(e)s, mordillant la paille trempée dans son Spritz, le/la future forçat(e) de la prépa a pris sa résolution… Il/elle veut passer le concours d’entrée à l’ENM. Qu’importent les Jeux olympiques, la Coupe du monde ou le Tour de Saône-et-Loire de cyclisme : en juillet et août prochain, son fessier sera vissé sur la chaise d’une bibliothèque et il/elle avalera sans merci droit social, commercial, européen et international privé, après déjà presque une année de préparation aux épreuves écrites.

Mais si sa résolution de passer le concours est ferme, il/elle ne peut s’empêcher de gamberger à longueur de journée. « Si mon ami Gilbert a raté le concours de l’ENM, est-ce parce qu’il avait choisi le SIPCM ? (Super institut de préparation au concours de la magistrature) ». « Si je choisis celui-là, je ferai deux devoirs corrigés en plus, mais avec celui-ci, j’ai entendu le cousin du beau-frère d’un ami dire que le polycopié de droit public est un peu meilleur ».

C’est bien normal que de s’interroger longuement sur le choix de l’organisme auquel vous allez accorder votre confiance (et quelques euros…) pour bien vous préparer au concours de l’ENM (à supposer que vous souhaitiez suivre une préparation. Si ce n’est pas encore le cas, cliquez donc ici !). On entend généralement tout et son contraire sur ces différents instituts qui ont débarqué brutalement il y a sept-huit ans et forment aujourd’hui plus de 90 % des auditeurs de justice entrés par la voie des trois concours. Damant au passage le pion aux IEJ, confrontés à la nécessité de se remettre profondément en question et réinventer leur offre – ce que certains sont d’ailleurs en train de faire avec succès, comme nous le verrons.

S’il ne faut bien sûr pas contracter (suivant la théorie de l’émission) avec le premier venu, et que s’interroger sur l’identité de la meilleure prépa est légitime, il est néanmoins grand temps de démystifier ce choix sacro-saint. Une bonne prépa, ce doit être principalement deux choses : du matériel de révisions de qualité (les fameux « polycopiés ») ; un encadrement beaucoup plus « strict » et professionnel que dans les IEJ. Dès lors qu’on vous procure un polycopié bien ficelé dans chaque matière, des cours sérieux de méthodologie (des dissertations en cours, et pas des « cours de droit » comme à la fac, par pitié…) et des devoirs corrigés, le contrat est rempli.

Vous commencez à me connaître après ces bientôt trois années d’activité bloguesque : je suis taquin(e). Si vous pensiez que je n’étais pas capable de faire des mois de teasing autour d’un article sur la meilleure prépa ENM, pour finalement botter en touche comme je m’apprête à le faire, et bien détrompez-vous ! J’ai en effet vendu mon article à coups de pub peu subtile, comme le chimpanzé d’Omo vend son paquet de lessive.

Si vous espériez un classement détaillé des meilleures prépas au concours de l’ENM, vous allez donc être décu(e)s par l’article qui suit. Je vais en revanche tenter de vous démontrer pourquoi il faut relativiser très fortement le choix de votre prépa, et surtout se poser les bonnes questions – et ce ne sont pas forcément celles que l’on croit…

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– « Une prépa de qualité française, fabriquée à Nevers en acier stainless inoxydable, assortie de son manche à tête amovible, garantie satisfait ou remboursé… Trois-cent-quatre-vingt-seize francs ! Demandez Maryse au standard ».


« And the winner is… »

J’ai volontairement choisi ce titre aguicheur pour marteler une dernière fois (promis!) mon credo en matière de préparation au concours d’entrée à l’ENM : ce qui compte réellement et qui fera la différence, c’est l’investissement et la motivation que vous mettrez dans votre préparation, pas l’institut de préparation en lui-même. Mais je ne peux quand même pas vous planter là et ne pas vous expliquer plus avant les raisons pour lesquelles je ne conseillerai pas de prépa en particulier !

Je reçois presque un mail par jour me demandant de « trancher » entre deux ou trois instituts de préparation, ainsi que des invitations à passer les prépas au banc d’essai dans un article. Je m’efforce d’y répondre au mieux (et au plus vite !), mais j’apporte systématiquement une réponse sans doute très décevante face à un choix que l’on pense lourd de conséquences : je ne conseille aucune prépa en particulier parmi les cinq principales et renvoie le demandeur à se mieux pourvoir.

Tout d’abord, pour des raisons personnelles. Si j’ai effectivement suivi l’une de ces cinq fameuses prépas (et il est sans doute possible de deviner laquelle au travers de mes articles!), je ne voudrais pas être accusé(e) d’être le/la vilain(e) sbire d’une ou de l’autre. Et accessoirement éviter un procès en diffamation ou d’inutiles fâcheries.

Deuxio, la préparation aux concours de la fonction publique, et notamment celui de l’ENM, est devenue un business aussi juteux qu’une pastèque bien mûre. Même si j’apprécie le travail de Pierre Bellemare, Laurent Cabrol et Marie-Ange Nardi, je ne veux pas jouer au présentateur de télé-achat et je leur laisse le soin de faire leur publicité elles-mêmes ! Outre le fait que certaines pourraient me convenir à moi et pas à d’autres, en raison de la différence de notre parcours antérieur, de nos méthodes de travail et de nos contraintes personnelles.

Enfin et surtout, hormis la prépa que j’ai moi-même suivie, je ne connais les autres que par ouï-dire – voire rumeurs -, au détour d’une conversation bordelaise. Je ne souhaite pas colporter des racontars ou des légendes de couloir de fac, comme on en voit malheureusement traîner trop sur des forums ou les réseaux sociaux.

Quelles questions faut-il se poser pour se déterminer ?

Avant d’évoquer les points qui pourront vous permettre d’arrêter votre choix, passons rapidement en revue nos différents belligérants, pour celles et ceux qui ne seraient pas familiers avec eux :

Elles présentent toutes leurs qualités particulières, avec avantages et inconvénients. Sur quels critères déterminer le choix de sa prépa ?

Le contenu des enseignements

On s’imagine, « vu de l’extérieur », qu’il existe une différence de qualité importante entre les prépas. C’était peut-être le cas au départ, lorsque l’offre a commencé à émerger, mais je crois que les principales proposent aujourd’hui un contenu similaire. Ce qui a fait leur succès, ce sont leurs polycopiés, leurs cours de méthodologie et leurs devoirs corrigés. A partir du moment où on vous procure cela, j’aurais tendance à penser qu’à un moment donné, « du droit c’est du droit » : il n’y a plus qu’à bosser.

La qualité des polycopiés, là encore, s’est homogénéisée au fil des ans, si bien qu’ils sont de qualité comparable entre les cinq principales prépas. La qualité des intervenants, c’est pareil partout : qui n’a jamais lutté contre le sommeil ou l’envie de zoner sur Facebook devant un cours inadapté à ses attentes ? Cela peut arriver – et arrivera sans doute – dans n’importe quelle prépa.

Proposer des devoirs corrigés est essentiel, mais à partir de cinq dans l’année, le contrat est rempli. Certaines n’hésitent pas à surenchérir (huit, dix, et pourquoi pas quinze cas pratiques ? Feu à volonté), mais au-delà d’un certain stade ça n’a plus de réel intérêt.

Sur certains forums, des forçats ou futurs forçats de la prépa se coupent les cheveux en huit pour déterminer quelle est la prépa qui vous conduira tout droit vers le bassin du 10 rue des Frères Bonie. Je le dis peut-être un peu crûment, mais ce ne sont pas quatre heures de procédure civile en plus ou deux heures et quart de droit public en moins qui feront la différence.

Pour se distinguer de la concurrence, certaines prépas croient bon d’assortir leur offre de goodies bien souvent inutiles, mais qui ont le don de mettre dans l’esprit de l’honnête forçat(e) l’idée que c’est un élément nécessaire à la préparation. Premier exemple : les « fiches d’actualité » et les abonnements aux éditeurs juridiques et aux bases de données. Outre que leur consultation est une belle perte de temps pour le candidat(e), le rôle d’une bonne prépa est justement de « pré-mâcher » tout cela dans un polycopié… Certaines vont plus loin dans le show-off et proposent aussi un abonnement à des titres de presse, sans doute censés faciliter les révisions de culture gé. Là encore, c’est de la poudre aux yeux pour faire la différence avec la concurrence que de vous abonner à Astrapi, Picsou Magazine ou Fluide glacial.

Petit jeu : sauras-tu trouver la prépa qui propose tout simplement de passer le concours de l’ENM au sein d’une préparation générale aux concours de la fonction publique (type ENA) ? Idéal pour donner l’impression aux pouvoirs publics que ces concours sont interchangeables et que l’ENM et l’ENA, ben en fait c’est plus ou moins la même chose.

Les statistiques des prépas ENM

« Un mort, c’est une tragédie. Un million de morts, c’est une statistique », disait Staline. Ah, les statistiques… Vous savez comme moi qu’on peut leur faire dire absolument ce qui nous arrange en les malaxant comme des granités à la foire du Trône.

Avant de choisir une prépa, bien évidemment, on aimerait bien savoir si elle fait intégrer 70 candidats par an, ou si le dernier lauréat en date remonte à l’époque où Alain Peyrefitte était ministre de la justice. Les prépas affichent rarement sur leur site leur « taux de réussite » ; tout au mieux, elles l’indiquent parfois verbalement à leurs élèves.

Si toutes les prépas ont généralement pour point commun de garder leurs statistiques bien au chaud, elles ont également pour spécialité de les traficoter à leur avantage lorsqu’elles finissent par les communiquer. C’est souvent la fête aux doubles-comptes : on inclut dans le total de l’année les candidats qui ont passé une seconde fois le concours mais avec une autre prépa ; les candidats qui ont uniquement pris la prépa pour la préparation des oraux… Sans oublier le fait que certain(e)s sont inscrits dans deux prépas, ou dans un IEJ et une prépa.

Bref, en faisant les totaux à la fin, on s’aperçoit généralement qu’on obtient une promotion de 987 auditeurs de justice. Difficile donc de se baser sur ce critère plus qu’incertain. Une chose est certaine en revanche : parmi mes plus proches camarades auditeurs/trices, les seules prépas représentées sont l’ISP, L’Autre prépa, Sciences Po et l’IEP d’Aix. Cette statistique au doigt mouillé vaut bien celles des prépas !

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– « Mais oui, t’inquiète, tu peux rajouter les cousins et les nièces des admissibles, c’est presque comme s’ils étaient à la prépa ».

Sur place (« présentiel ») ou à distance ?

C’est selon moi la seule réelle question qui vaille d’être posée. Dans la mesure où c’est votre travail et votre motivation – et eux seuls ! – qui vous permettront de réussir, la prépa que vous choisirez doit vous offrir l’environnement dans lequel, jour après jour durant cette longue préparation, vous aurez l’envie vous asseoir en bibli et d’avaler vos polycopiés et vos manuels.

On me demande fréquemment s’il vaut mieux opter pour une prépa en « présentiel » ou à distance. A l’évidence, une prépa en présentiel permet de maximiser ses chances de succès en vous permettant de vous inclure dans une dynamique de groupe, nécessaire à la motivation et aux échanges. Toutefois, pour des raisons financières et/ou personnelles, il n’est pas possible pour tout le monde de venir vivre à Paris, Bordeaux ou Aix-en-Provence.

C’est pour cela (et aussi pour augmenter généreusement le nombre de clients, enfin je veux dire d’élèves) que les principales prépas proposent aujourd’hui une formule à distance, avec cours en vidéo et correction de copies par envoi de courrier. Pour quelqu’un qui sait s’autodiscipliner, rester motivé(e) et qui remet sans arrêt sa méthodologie en question, c’est une formule tout à fait intéressante !


C’est sur cet alignement de réponses de normand(e) que j’achève cet article. Vous aurez compris mon opinion là-dessus : les cinq principales prépas proposent chacune un contenu de qualité, et ce ne sont pas les différences entre elles qui feront votre réussite ou non.

Il n’y a pas de meilleure prépa en soi, faute de critères objectifs, mais une meilleure prépa pour vous : celle qui en plus de vous procurer l’essentiel attendu d’une prépa, vous permet d’être dans les meilleures conditions pour rester motivé(e) et tout donner jusqu’au bout. Personne n’a jamais raté le concours pour avoir choisi telle prépa plutôt qu’une autre ! (mais plutôt pour ne pas en avoir suivi une…).

From ENM, with love


6 réflexions sur “Quelle est la meilleure prépa ENM ?

  1. Bonjour FEWL,

    Je ne suis pas issu du droit, mais suis attiré par ce milieu, et notamment celui de la magistrature.
    A 40 ans, après avoir travaillé depuis des années dans le milieu sanitaire, je souhaiterais me reconvertir.
    D’après vous, est-ce possible de tenter le concours de droit sans reprendre 5 années d’études de droit ?
    J’envisage de travailler seul, après le travail, sur les matières à présenter au concours pour découvrir la base , puis l’an prochain (ou dans 2 ans), m’inscrire dans une prépa pour vérifier où j’en suis et me préparer spécifiquement.
    Qu’en pensez-vous ?
    Par ailleurs, serait-il possible de communiquer par mail avec vous pour vous poser quelques questions un peu plus spécifiques ?
    Merci d’avance.

    Cordialement,

    JB

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    1. Bonjour JB!

      Je te renvoie à la lecture de mes deux premiers articles sur ce blog, qui datent maintenant de fin 2016! Ils s’appellent : l’ENM, un concours pour les juristes ? J’y réponds, je pense, aux questions que peuvent se poser les non-juristes avant de se lancer dans la préparation. Petit élément de réponse néanmoins : oui, bien entendu! A plus forte raison le 3ème concours, beaucoup (beaucoup beaucoup beaucoup) moins sélectif que le premier concours. Les prépas privées sont faites pour cela et permettent d’acquérir en moins d’un an tout le bagage nécessaire pour affronter les épreuves du concours. Travailler seul pour défricher déjà les matières sera un bon plus…

      Et il est possible de m’écrire par mail, avec un temps de réponse variable, mais une réponse normalement garantie! Bon courage à toi pour la poursuite de ta reconversion!

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  2. Bonjour From ENM with Love !

    Une petite question concernant le concours.

    J’ai repris des études et donc je suis un peu plus âgé que la moyenne, j’approche peu à peu de la limite d’âge du premier concours.

    En effet, j’ai logiquement mon Master à 29 ans… ce qui me laisse une très petite marge pour le concours.

    Donc, je me demandais si un master 2 était absolument obligatoire (si j’étais plus « jeune, je ne me poserai pas la question bien évidemment). Est-ce que c’est envisageable d’aller directement en prépa après le master 1?

    Je compte aller en pénal, et je ne sais pas si une année supplémentaire de Droit pénal est si importante que ça pour la réussite du concours (bien que 89% des élus ont fait un master 2 …).

    Donc voila mon interrogation du moment, tout conseils est bon à prendre 🙂

    Merci pour ce très beau blog en tout cas, je lirais les prochains articles avec plaisirs !

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    1. Bonjour Adrien et merci à toi! Je suis ravi(e) que mon blog ait peu à peu trouvé un public aussi enthousiaste!

      Je t’offre une réponse sans détours : non, un M2 n’est absolument pas nécessaire, surtout approchant de l’âge limite pour le premier concours. La quasi-totalité des auditeurs et jeunes magistrat(e)s te le diront : ce n’est pas le M2 qui fait que l’on intègre ou pas. En prépa, on reprend tout depuis la base avec un rythme multiplié par quatre par rapport à la fac : ne t’inflige pas cette année supplémentaire si ton objectif est d’avoir le concours. Autre solution : suivre la prépa en même temps que le M2. Cela va te demander un temps précieux, qui peut amputer la préparation du concours, mais certain(e)s arrivent parfois à faire « d’une pierre deux coups ». Bref, tu auras compris le sens de ma réponse : si tu es motivé et que tu trouves une bonne prépa (avec des polycopiés !), le M2 est tout à fait facultatif. Bon courage à toi pour la suite!

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