Le stress en prépa ENM (3) – Les grands moyens

Salut à toutes et à tous !

Ça y est, ça n’a pas loupé, Marie-Jacqueline Anxiété et Jean-Michel Stress sont venus vous tacler par derrière dans la surface de réparation : vous êtes dans le dur. Malgré tous vos efforts pour limiter l’apparition du stress et conserver un moral d’acier, la vague est passée par-dessus bord et il faut maintenant écoper le navire. Comme je l’ai écrit dans mon article sur la prévention du stress en prépa, il arrive que les petites méthodes mentales et autres mantras pour faire taire l’anxiété se retrouvent vains, et que l’on finisse par se farcir une bonne crise. Cela ne concerne d’ailleurs pas nécessairement que la prépa ENM, mais aussi l’hypokhâgne/khâgne, les prépas ECS, ECE ou scientifiques, les autres concours administratifs (ENA, IRA, INET, attachés…) ; la médecine : bref, toutes les formations exigeantes avec des échéances au bout.

Pour certain(e)s, ça se limite à la boule au ventre une heure avant le DS. Pour d’autres, dont je fais partie, c’est une montée progressive d’anxiété jusqu’à deux semaines avant, avec parfois en bonus des attaques de panique aussi soudaines et violentes qu’inexplicables. Comme je l’ai raconté dans mon article précédent, je ne suis pas passé(e) très loin d’un billet aller-simple en seconde classe Corail Intercités pour les urgences psychiatriques. Et la perspective de devoir abandonner le concours à un mois des oraux n’a pas fait que me traverser l’esprit : elle m’est alors apparue absolument évidente et même nécessaire pour ma survie mentale.

Pour ne rien vous cacher, c’est cet épisode de ma préparation du concours qui m’a poussé(e) à me lancer dans l’aventure de ce blog. J’avais vécu une période tellement éprouvante durant les écrits et en juillet-août que je me suis dit que si je peux éviter à d’autres de passer par le même chemin, j’aurais fait quelque chose d’utile. Vous connaissez mon ambition à travers ce site : vous faire partager mon expérience de forçat(e) de la prépa et de jeune magistrat(e), sans langue de bois, tabous ou discours convenus comme on en lit tant ailleurs sur Internet.

Cet article sera donc l’occasion d’aborder un point sensible de mon expérience personnelle, et d’encourager à briser ce tabou encore trop présent dans les milieux universitaires (et aussi dans le monde du travail) : le recours à la médecine dans la gestion de l’anxiété. Vous vous en doutez, ce ne sera pas l’article le plus drôle ou enthousiasmant de mon blog. Par ce récit de mon aventure au pays de l’anxiété et du stress, je ne voudrais absolument pas décourager quiconque de se lancer dans la préparation du concours et endosser fièrement les habits du/de la forçat(e). Même si le trac et l’angoisse vous sont familiers, il y a 99,9 % de chances pour que vous échappiez aux tracas que j’ai malheureusement rencontrés !

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Voici mon remède secret contre l’anxiété (je plaisante). Purée, c’est hyper dur d’illustrer un article sur le stress…


Les « grands moyens »

Chaque année, lors de la note de synthèse, le/la responsable des épreuves de concours informe les admissibles du nombre de candidat(e)s qui ne sont pas présentés à l’épreuve malgré leur réussite aux écrits. Le nombre trop important de forçat(e)s qui abandonnent entre les écrits et les oraux, s’il ravit secrètement l’admissible concurrent, est vraiment triste à constater : c’est tellement dommage d’en arriver là après autant d’efforts investis dans la préparation du concours.

Je vous ai déjà raconté ce qui m’est arrivé au début du mois d’août dans mon précédent article. J’aurais probablement été conduit(e) à l’abandon entre les écrits et les oraux si je n’avais pas ravalé mon orgueil et poussé la porte du cabinet d’un psychiatre. Sur le chemin, j’éprouvais une sorte de honte, l’impression d’être un(e) toxico qui part en cure pour n’avoir « pas su gérer », mais je me sentais tellement démuni(e) que je ne voyais pas d’autre option. On m’a prescrit un traitement contre l’anxiété qui m’a permis de reprendre peu à peu mes révisions. Une semaine après, j’étais à nouveau d’attaque alors que quelques jours plus tôt je pouvais à peine me lever de mon lit pour aller boire un verre d’eau.

Sur Internet, j’ai lu des témoignages bouleversants d’étudiants en prépa et de candidat(e)s au concours de l’ENM confrontés à une anxiété devenue impossible à gérer. Si quelques articles de presse sur les classes préparatoires aux grandes écoles littéraires, économiques et scientifiques ont permis de mettre en lumière la souffrance psychologique vécue par certains élèves, le tabou du recours à la médecine demeure vivace. Beaucoup vivent leur anxiété dans leur coin, sans oser en parler, et finissent parfois par craquer.

Tout(e) candidat(e) sera sujet(te) à l’anxiété durant sa préparation, sans exception. C’est normal au fond : on passe un concours difficile qui nous ouvrira la porte du métier que l’on souhaite exercer – c’est le contraire qui serait étrange ! Mais quand les arguments rationnels ne suffisent plus, que le stress nous gagne au quotidien et nous ronge, qu’il entrave nos révisions et nos productions, bref, lorsque le travail se transforme en souffrance, il faut savoir réagir et tirer la sonnette d’alarme. Aux grands maux, les grands remèdes.

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Une étude du FEWL Institute de Los Angeles vient de le démontrer : regarder cette photo de Christophe André trois fois par jour diminue l’anxiété de 27,94%.

On m’a parfois demandé, lorsque j’évoquais la question avec des amis ou d’autres forçat(e)s de la prépa, « mais tu ne trouves pas cela dommage d’en arriver là ? ». Oui, c’est dommage, à l’évidence : je me serais bien passé(e) d’un traitement et accessoirement des belles crises qui ont précédé sa mise en place. Ce n’est clairement pas de gaieté de cœur que j’ai pris rendez-vous avec un psychiatre, aussi agréable sa compagnie soit-elle. Mais ce qui est encore bien plus dommage, c’est de laisser tomber une, deux ou trois années de prépa intensive à cause du stress. Et outre l’abandon du concours, c’est la santé mentale qui est aussi en jeu : il faut savoir se préserver et éviter de garder trop de traces psychiques de ce concours.

J’espère ne pas avoir été mal compris(e) et passer pour un apothicaire charlatan sorti d’un film de Tim Burton, qui veut à tout prix vous entraîner dans une gestion médicale de l’anxiété : bien entendu, c’est tant mieux si vous parvenez à maintenir votre stress dans des proportions gérables. Mais si vous êtes sur la pente descendante et que vous lâchez prise, ne le laissez pas gâcher votre préparation. Sachez dire stop, ravalez votre orgueil et acceptez de vous faire aider. Il n’y a aucune honte à cela : c’est arrivé à énormément de monde – et notamment des auditeurs et des magistrats – et ça arrivera encore. Vous aurez tout le restant de votre vie pour entamer un réel travail de fond pour gérer l’anxiété, mais là, il faut que vous puissiez rapidement retrouver les armes pour vous battre.

Si vous vous êtes retrouvé(e) dans mes descriptions et que vous êtes plus ou moins passé(e) par les mêmes épisodes paniques que moi, je vous invite à vous rendre chez un médecin. Je me refuse bien sûr à communiquer tout nom de médicament ou de molécule, et j’implore tout(e) forçat(e) qui serait tenté(e) de jouer à l’apprenti chimiste de ne pas utiliser l’auto-médication : si vous êtes concerné(e), il vous faut un traitement adapté à votre physiologie et qui puisse vous permettre de poursuivre vos révisions. On laisse donc les Lexomil de tatie Josiane dans l’armoire de la salle de bains !

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Enfin une rehab’ à laquelle on peut dire un grand oui.


Vous avez peut-être lu mes lignes en m’imaginant à travers les traits d’Amy Winehouse en train d’écrire sur son clavier, et en vous disant que ce que j’évoque, « pour en arriver là, faut quand même être barge ». Si mon récit peut vous servir de « repoussoir » pour gérer votre propre anxiété, tant mieux ! Et si vous ne vous sentez absolument pas concerné(e) par les moments de panique et les phases de détresse psychologique, continuez tranquillement votre préparation.

Mais je suis persuadé(e) que certain(e)s se retrouvent – malheureusement – dans les descriptions de mes trois articles consacrés au stress. Je reprends les mots de Christophe André (le psychiatre, pas le prof, hein), qui écrit qu’il faut au stress « laisser une place, mais pas toute la place ». N’espérez pas le chasser totalement : l’angoisse sera là dans les moments les plus importants, et on a souvent tendance, étrangement, à ajouter le sentiment de culpabilité à l’angoisse en se disant « Bordel, j’ai tout fait pour gérer l’anxiété, mais malgré tout je suis toujours stressé(e) ».

Le stress, même si vous n’arrivez pas à le vaincre totalement, ne vous empêchera pas d’avancer et d’atteindre votre objectif. Si la vague est passée par-dessus bord, et que vous me lisez avec l’estomac noué, je pense fort à vous et vous envoie un salut fraternel. Vous n’êtes pas un cas unique et désespéré au milieu de nombreux/ses candidat(e)s surpréparé(e)s et sûr(e)s d’eux/elles : juste quelqu’un de normal qui a choisi de s’engager dans une des voies universitaires les plus sélectives et donc les plus exigeantes. Avoir connu ou connaître les affres de l’anxiété ne vous rendra pas indigne de réussir le concours et devenir magistrat(e).

Je ne sais pas si mettre des mots sur des sensations vécues permet d’identifier en soi les risques de l’anxiété et de la prévenir – en gros, si cet article a et aura une quelconque utilité. Je tenais toutefois à partager cette expérience personnelle avec vous, lecteurs et lectrices, dans l’espoir qu’elle puisse servir à d’autres et contribuer à briser le tabou encore prégnant de la souffrance psychologique dans la préparation des concours.

Et j’espère par-dessus tout n’avoir découragé personne de se lancer malgré tout : aussi pénibles le stress et l’anxiété soient-ils, vous aurez toujours en vous les armes pour les vaincre !

From ENM, with love


Une réflexion sur “Le stress en prépa ENM (3) – Les grands moyens

  1. Bonjour,

    Avant tout, je tenais encore à te remercier pour ce blog et pour le soutien que tu nous apportes à travers tes articles.

    Je suis dans ma deuxième année de préparation au concours, je suis une fidèle de ton blog depuis l’année dernière déjà, et je dois dire que cet article tombe à pic, je n’ai qu’une hâte, c’est que ça se termine.
    Mais puisque tu es passé(e) par là avant nous (je pourrais dire « nous » en visant les 1001 voix qui me répètent que je suis incapable d’avoir ce concours, mais je préfère y inclure les nombreux visiteurs de ton blog qui, je pense, viennent chercher un peu de réconfort à la lecture de tes articles, comme moi), je suppose que les articles sur le stress à cette période ne sont pas anodins. En effet, c’est THE période, celle des montagnes russes du moral, des chutes du Niagara de la motivation ! Je traverse la phase du « vu mes notes, quoi que non catastrophiques mais loin d’être excellentes, je n’ai vraiment pas le niveau pour avoir ce concours malgré touuuuut ce travail » et ton article me réchauffe un peu le coeur. C’est rassurant de voir que d’autres candidats avant nous sont passés par là et ont réussi. Alors vraiment, merci, merci pour tous ces mots et pour tes articles sans langue de bois surtout !

    Maintenant que j’ai retrouvé un peu de motivation, je retourne à mes révisions (Ha, je me découvre un certain talent pour les rimes, j’aurai dû me lancer dans la chanson ou la poésie. Ça sera donc mon plan W en cas de nouvel échec) . En tout cas je ne manquerai pas de revenir sur ton blog pour m’évader encore pendant les longues journées à venir !

    A très bientôt, et bon courage surtout pour les derniers mois qui t’attendent avant ta prise de poste 🙂

    Marine

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