Droit public ENM – Comment réviser ?

Salut à tous / toutes !

Chaque année, trop souvent, des candidat(e)s pourtant valeureux/ses et sémillant(e)s laissent s’envoler de petits points en droit public, en regardant leur polycopié à 18h20 et en s’exclamant : « Rooo et puis zut de flûte (version censurée), j’en ferai demain du droit public ».

Dernière matière des écrits, composée par des forçat(e)s au bord de la crise de nerfs, le droit public fait souvent l’objet de révisions pour le moins parcellaires et irrégulières. C’est assez dommage – quoique parfaitement compréhensible : ça ne fait pas envie, j’avoue -, mais c’est offrir des points faciles en pâture, dans la mesure où la moyenne est basse.

Vos révisions pourront varier selon votre niveau et votre degré d’amour pour la science de Renaud Denoix de Saint-Marc et de Yann Aguila. Si vous prenez votre pied avec les emprises et la responsabilité du fait des lois, entretenez vos connaissances et affûtez-vous : inutile de vous lancer dans des méga-révisions, vous en savez probablement déjà assez !

Si le droit public vous donne de l’urticaire, comme à 90 % des candidat(e)s, cela va vous demander de vous faire violence, mais le jeu en vaut la chandelle. Vous ne deviendrez peut-être pas un(e) as en quelques semaines ou mois, mais vous pouvez aller arracher la moyenne, voire bien plus, par un travail régulier et pas forcément acharné.

Vous connaissez les bails (d’habitation) : je vous prodigue mes quatre commandements pour réviser efficacement vos Semoules et vos Dame Lamotte, puis des conseils concrets qui ont fait leur preuve depuis des décennies. (Bon, ok, juste avec moi, mais c’est déjà ça).

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1968, ce n’est pas seulement les grèves du mois de mai, le rock’n’roll, la libération sexuelle et Gainsbourg & Birkin : c’est aussi les semoules.


Les quatre conseils généraux pour optimiser ses révisions en droit civil

1 – Construisez un solide socle de droit constitutionnel : guycarcassonnez-vous

Les juristes ou sciencepistes que vous êtes pour la plupart ont de vieux souvenirs de droit constitutionnel, de cours mystérieux donnés par des profs en costume trois pièces à qui il manque juste un monocle pour jouer le majordome dans Batman. Il faut réactiver ces fondamentaux de constit’, car c’est ce sur quoi les correcteurs pourraient être les plus tatillons : c’est « la base de la base ».

Ce qui est pratique avec le droit constitutionnel, c’est qu’il pourra vous resservir dans plusieurs occasions. Déjà, il y a généralement une QRC dédiée, du genre « La révision constitutionnelle » : ça fera des points dans le baluchon. En plus, dans la plupart des autres types de sujets, une bonne connaissance de la Constitution pourra vous permettre de vous en tirer sur à peu près tout. Et même à l’oral ou en culture générale, vous pourrez faire feu de tout bois et réutiliser vos connaissances patiemment consolidées.

Dès le début de votre préparation, prenez l’habitude de vous familiariser avec la Constitution, et apprenez par cœur les articles les plus importants (le contenu vite fait, hein, pas le texte). Une fois que c’est fait, c’est fait, comme on dit, et ça vous servira toute votre vie de juriste et de citoyen. La Constitution existe en petit format à deux ou trois euros chez Dalloz, et c’est très pratique car on peut l’avoir sur soi comme un couteau suisse – à ceci près qu’il est dur de déboucher une bouteille de rosé avec le Préambule de 1946. Les plus courageux/ses pourront même mettre le nez dans La Constitution de Guy Carcassonne.

2 – Une dose mesurée d’arrêts

Le droit public, pour les juristes et les sciencespistes, c’est surtout des souvenirs de longues soirées à apprendre par cœur des dizaines de jurisprudences du Conseil d’État, à se les faire réciter entre ami(e)s et à vouloir se jeter d’une falaise quand on confond Sacilor et Arcelor.

L’année où j’ai préparé le concours (2015-2016), je me suis tout bonnement farci des kilos d’arrêts à n’en plus pouvoir, au point de finir par agresser sauvagement un jeune étudiant italien qui portait le nom de Nicolo. J’ai bien été déçu(e) en découvrant les QRC du concours : il était possible de faire un devoir excellent sans mobiliser une seule jurisprudence.

Je l’ai déjà écrit dans mon article sur les sujets du concours, la tendance est à la réduction des sujets de droit administratif bien velu, qui nécessitent de mobiliser les classiques de la jurisprudence du Conseil d’État. De plus en plus, on s’oriente vers des sujets assez transversaux, qui nécessitent de piocher ça et là dans la matière. Fini les trucs du genre « La faute lourde », ou « Le recours de plein contentieux ». Bien entendu, on ne sait jamais, donc assurez vos arrières en apprenant la cinquantaine d’arrêts que tout honnête publiciste doit connaître. Mais vous pouvez libérer quelques uns de vos neurones en évacuant de votre mémoire le parc d’activités de Blotzheim et la commune de Porta.

3 – Élargir un (tout petit) peu les révisions

C’est le corollaire de ce qui précède : le droit administratif « old school », avec des arrêts bien ghetto, semble avoir disparu des QRC mais a été remplacé par des sujets de « crypto-sciences politiques ». Oui, on s’échappe un peu du droit public pur pour flirter avec la science politique dans des sujets tels que « les primaires présidentielles ». L’objectif semble donc de vérifier aussi que vous êtes un/une citoyenne ouverte et curieux/se, plutôt que de s’assurer que vous avez bien passé des après-midis entières à vous enfiler des arrêts. C’est plutôt bien, en soi.

Par conséquent, sans dériver complètement, essayez de vous tenir au courant du fonctionnement de la démocratie au sens large ; en somme, les « marges » du droit public. Celles qui concernent la magistrature doivent faire l’objet d’une attention particulière, et ce ne sera pas perdu puisque vous vous en resservirez pour les oraux. En revanche, soyez ferme avec les pages de votre manuel qui vous crieront « Moi ! Moi ! » : le droit de la fonction publique, les finances et marchés publics, le droit constitutionnel comparé, adios.

4 – Éviter de laisser refroidir la matière

Le droit public, c’est un peu comme la guimauve : il faut la malaxer en permanence pour éviter qu’elle ne sèche et ne durcisse. Je sais que la perspective d’avoir à faire du droit public régulièrement n’est pas la plus réjouissante, mais c’est nécessaire pour éviter de laisser trop refroidir les connaissances, et accessoirement pour éviter de faire un blocage et ne plus arriver à s’y remettre.

Durant mes journées de travail, je bossais au minimum deux matières différentes, et plus généralement trois. Déjà, parce qu’au bout de trois heures de révisions sur un sujet, j’en ai ma dose. Et surtout parce que cela permet d’éviter d’avoir à tout reprendre à chaque fois, comme une vieille guimauve. Oui, on a tendance à mettre un peu le droit public de côté, mais si possible, évitez de le laisser tout seul plus d’une semaine, sinon, vos connaissances retourneront dans leur tanière.

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Une belle cravate de publiciste, et accessoirement huit ans à la tête du Conseil d’État (1987-1995). Saint Marceau Long, donne aujourd’hui la force aux candidat(e)s d’avaler des fiches sur le Tribunal des conflits.


Concrètement, comment réviser ?

Le meilleur conseil que je puisse vous donner est de vous abonner à ces revues : « Les amoureux de la voie de fait, de 1887 à nos jours », « L’arrêt Benjamin, aujourd’hui et demain » et « Les annales illustrées du Tribunal des conflits ». Les vrais conseils, les voici :

– du gros « par cœur » qui tâche : oui, la formule effraie parfois, et on aimerait croire qu’à bac +5 nous ne soyons pas obligés d’apprendre comme en CE1. Mais en droit public, il ne s’agit pas de saisir l’esprit du texte, de « comprendre la logique » ou de faire dans la finesse. On enquille les connaissances et puis c’est tout ! C’est du bachotage pur et dur, et parfois ça repose même un peu le cerveau de se mettre en mode semi-automatique.

Personnellement, je relisais plusieurs fois les parties de mes manuels, en essayant de reproduire le raisonnement dans ma tête. Quant au bout de la sixième fois, vous pourrez réciter presque intégralement la page de tête rien qu’en l’apercevant, c’est ce que vous y êtes. Le plan du ou des manuels que vous utiliserez sera également à ingurgiter pour bien pouvoir se repérer dans la jungle du droit public.

– les listes d’arrêts : comme la caïpirinha, avec modération. Il vous faudra connaître les principaux, en connaissant leur apport à la matière en deux phrases : pas plus. Vous pouvez vous lancer vous-même dans une liste (raisonnable) d’arrêts « maison » : le fait d’avoir à rédiger soi-même la signification de l’arrêt vous la fera retenir. Pour les plus fainéant(e)s, allez donc jeter un œil à cette page Wikipedia qui compile de grandes jurisprudences du Conseil d’État, classées par thème. Elle est pas mal, hein ?

Lorsque vous passerez en mode « machine de guerre » et que vous voudrez apprendre de l’arrêt par quintal, vous pourrez utiliser le logiciel Anki. C’est simplissime d’utilisation : vous entrez les arrêts et leur signification, et il vous concoctera des quiz aux petits oignons, parfaits pour jouer en famille le soir du Réveillon de Noël. Plus sérieusement, c’est assez utile quand on veut retenir rapidement des connaissances brutes en vue – au hasard – d’un DS de droit.

Un groupe de jeunes juristes, les Barons du droit, a réalisé une bande dessinée pour illustrer les cas d’espèce des plus grands arrêts du droit constitutionnel et administratif. C’est rigolo à lire et ça permet d’en découvrir de bonnes ! Une vignette sur le lancer de nain vaut son pesant d’or…

– réviser en pensant en termes de plans : vos révisions doivent orientées vers la restitution attendue. Lorsque vous apprenez votre manuel, demandez-vous en gros : « Si ça tombait en question, comment je le retranscrirais ? ». Cela peut vous paraître abscons ou complexe à mettre en œuvre, mais ça devient automatique une fois qu’on a pris le pli. Très souvent, les divisions utilisées dans les chapitres du manuel correspondent aux articulations qui pourraient structurer votre « mini-plan » de QRC. Plus clairement : neuf fois sur dix, on peut décalquer un plan de manuel dans sa copie.

Enfin, sur la méthode à employer, faites-vous plaisir. Élaborez un petit plan très rapide pour la question la plus importante, et pour les deux autres, essayez de structurer le propos tant que possible. Les corrigés proposés par les prépas privées sont une façon de faire, mais en aucun cas un modèle à suivre absolument.

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« Mais je t’ai déjà expliqué quatre fois la différence entre Heyriès et Compagnie générale d’éclairage de Bordeaux ! Concentre-toi à la fin ! »


Avec le droit public, c’est très simple : le travail sera récompensé. « Tabassez, tabassez », comme on dit dans les émissions de cuisine lorsqu’il faut finir un espuma saumon-yuzu une minute avant le dressage. Je rappelle que c’est une épreuve en deux heures, et le jury en est bien conscient.

Oui, ici il ne faut pas faire dans la finesse : on vous demande une acquisition brute de connaissances, sous forme basique, sans méthode particulière. Cela ne veut pas non plus dire qu’il faut se lancer dans une course effrénée vers l’exhaustivité! Mais simplement atteindre le niveau de l’honnête publiciste. Cela dit, vous en connaissez, vous, des publicistes honnêtes ?

From ENM, with love


10 réflexions sur “Droit public ENM – Comment réviser ?

  1. Merci pour cet article. Je suis en plein dedans avec notre Bernard Stirn «les libertés en questions». C’est vraiment colossal tout ce qu il y a à voir en droit public..! La régularité c’est vrai que c’est une solution, mais j’ai bien souvent envie de le travailler d’un bloc pour me dire «aller ça c’est fait on n’en parle plus». Et puis j’oublie. Alors oui la régularité semble une meilleure solution.
    En fait pour ce concours il faut vraiment une motivation d’acier! Il faut puiser profondément en soi pour tenir (3e année de prépa. ça ne passe jamais loin pourtant..)
    Merci encore!

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  2. Merci pour cet article! Je continue de suivre ce blog avec un immense intérêt. Mais qu’est-ce que vous avez contre les publicistes? Je précise que je commence: je fais une L3 de droit après avoir fait un autre parcours. Avant de lire cet article, je suis tombé sur ça: https://survivreaudroit.com/2018/05/30/faut-il-exterminer-les-publicistes/
    Pourquoi tant de haine?
    A préciser: je suis fonctionnaire, je trouve le droit public passionnant ^^

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    1. (Re)bonjour Fetu!

      C’est l’heure des aveux. Je ne peux plus me cacher, il faut que ça sorte : je suis publiciste à l’origine (pfiou, ça fait du bien…) ! Mes remarques sur les publicistes sont donc à prendre au 14ème degré : je cherche à entretenir pour le plaisir cette tradition ancestrale de « trash-talking » entre les privatistes et les nouveaux venus publicistes, mais il n’y a absolument rien de sérieux là-dessous. Certains publicistes ont tendance à dénigrer la justice judiciaire, tout comme certains privatistes prennent un malin plaisir à vanner les tenants du droit administratif pour un grand nombre de raisons, notamment vestimentaires.

      En somme, les publicistes sont des hommes et des femmes comme les autres et ils ont le droit au respect (enfin, pas autant que s’ils étaient privatistes…).

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  3. Mais oui… Bien sûr qu’en ce qui vous concerne, c’est pour la forme! Je n’en attendais pas moins de vous. Un de mes professeurs s’est adonné à ce petit jeu aussi l’autre jour, concluant que bon, quand même, vraiment, les JA ne sont pas de vrais juges 🙂 . Je me ferai une idée plus tard sur cette question!

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  4. Salut, ton blog est une pépite et un vrai boosteur.

    J’ai un gros soucis, concernant le droit constitutionnel. Il faut savoir je suis à la prépa science po et que mon poly droit public fait bien 400 pages avec au moins 10 arrêts /loi/article par pages donc c’est peu digeste.

    Je m’inquiète moins pour le droit administratif parce que j’étais plus bonne à la fac,, mais ça fait plus d’un mois que je bloque totalement sur le droit constitutionnel, il me faut 3 heures pour mémoriser une fiche et je suis démotivée après.. j’ai l’impression que j’arriverais jamais à mémoriser toutes ces lois et articles.

    Je n’ai pas toujours pas touché au droit administratif et je commence à paniquer sérieusement.

    Est ce que tu aurais des conseils pour le droit constitutionnel ? Est ce que je mets ça de côté et je le reprend vers janvier ? je ne sais pas comment surmonter ça et en terme de calendrier j’ai peu d’être à la bourre…

    Merci beaucoup pour ta réponse

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    1. Bonjour Sarah et désolé(e) de ce retard de quinze jours ! Bon, j’ai déjà fait pire, cela dit…

      C’est vos commentaires et votre gentillesse à mon égard qui est un boosteur! J’espère pouvoir t’aider à surmonter l’obstacle que tu rencontres et t’aider à remettre tes révisions sur les bons rails. Première chose à savoir : j’ai l’impression que le programme va se recentrer un peu sur le droit constitutionnel et les libertés publiques, conformément à la pratique récente, qui veut qu’il n’ait plus de sujets de « pur » droit administratif, avec des kilos d’arrêts. Une surprise est toujours possible, bien sûr, mais le jury l’a dit explicitement dans le projet de réforme 2020. Pas d’inquiétude donc si tu n’as pas touché au droit administratif : tu auras tout le temps de t’y mettre à partir de janvier et essayer de bien intégrer les fondamentaux, sans te prendre la tête avec des kilos d’arrêts.

      Quant au droit constitutionnel, il a certains charmes mais doit être bien enseigné, sous peine d’être aussi digeste qu’une bûche marrons/caramel à la fin du repas de Noël. Si tu trouves tes polycopiés incompréhensibles, sache tout d’abord (pour être familier avec ce document) qu’il contient bien plus d’informations que tu n’en as besoin et que les retenir par coeur est tout simplement irréaliste. En droit constitutionnel, il existe quantité de manuels, souvent volumineux et touffus. Le fameux manuel Droit public de la Documentation française (que je conseille dans mon article) comporte une partie de DC et te permettra d’y voir beaucoup plus clair. Prends aussi le temps, tout simplement, de te familiariser avec le texte de la Constitution et d’apprendre le contenu des articles majeurs. Last but not least, les sites Servicepublic.fr et Vie-publique.fr comportent énormément de fiches très bien faites et claires, à destinations du grand public, qui t’aideront à assembler les pièces du puzzle et repartir d’un bon pied. Ça te sera plus utile que de tenter de batailler avec une fiche sur la procédure législative ordinaire!

      Dans tous les cas, sache qu’on a déjà tous et toutes déjà calé sur une matière, voire deux, durant nos révisions : on assimile les connaissances par palier, et il ne faut pas hésiter à mettre temporairement de côté quelque chose qui ne « rentre » pas plutôt que de s’acharner. Bon courage à toi!

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      1. Coucou,
        Concernant le manuel de Droit public de la Documentation française avant même de lire ton article, j’avais commencé à bosser avec mais je le trouve peu détaillé et incomplet. J’ai l’impression que c’est un manuel pour connaitre les bases mais pas du tout suffisant pour ce concours.

        Un grand merci pour ta réponse qui m’a tout de même rassuré et motivé à reprendre les révisions en DC (sans trop angoissée)

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