Droit public ENM – Quels manuels utiliser ?

Salut à tous / toutes !

Le droit public, quitte à s’en payer une tranche, autant le faire en bonne compagnie. Comme la plupart d’entre nous, forçat(e)s de la prépa, avons envie de ne pas nous éterniser sur la question et de retourner au plus vite solidifier nos connaissances en droit privé, les manuels avec lesquels fricoter doivent faire le boulot vite et bien.

Le premier danger, vous le voyez arriver : l’énorme manuel à la couverture bien moche, qui fait 900 pages écrites en police 8, avec des kilos d’arrêts et la moitié du contenu hors programme. Les manuels de la taille d’un annuaire sont particulièrement frustrants, car on est bien forcé(e) d’arrêter la lecture au bout de deux chapitres, pour une question de temps mais aussi de santé mentale.

Le second, c’est l’inverse : les espèces de compilations de fiches avec une avalanche de tirets, de petites flèches, de parties, de sous-parties et de sous-sous-parties. Le tout à 16 euros pour 70 pages, et avec une couverture toujours aussi moche.

Vous l’aurez compris, en droit public, le marché des manuels est assez important, et s’y trouvent tant quelques pépites qu’une masse d’ouvrages fades, trop complexes ou au contraire incomplets. J’ai moi-même longtemps cherché mon partenaire de révision rêvé, et j’ai fini par en trouver plusieurs après de longs moments d’égarement (oui, bon, j’avoue : je révisais autre chose).

Voici ma sélection de manuels de droit public juste pour vous, chèr(e)s forçats de la prépa ! Je vous livre mes préférences en vous indiquant les manuels que j’ai utilisés ou qui m’ont semblé utiles en les parcourant, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas quelques « trésors » (on parle d’un manuel de droit public…) bien cachés. Comme toujours, c’est purement indicatif : regardez-les dans votre bibli préférée et faites votre marché avant de stabiloter sévère!

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C’te classe. Y a pas à dire, nous les privatistes, on pèse pas lourd face aux ténors du droit public. Sur le plan du staïle seulement, hein.


Très utile

Trois manuels se complètent très utilement pour vous faire de vous le/la digne disciple de Jean-Marc Sauvé.

– Le droit public, d’André Legrand et Céline Wiener (éd. La Documentation française, 272 p.).

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Je l’ai découvert sur le tard, vers avril, et c’est bien dommage car j’aurais voulu l’exploiter davantage. Il est très utile car il est conçu dans un format proche de la fiche, mais néanmoins suffisamment rédigé et approfondi pour permettre un véritable apprentissage de fond. Il mêle droit administratif et droit constitutionnel et est très régulièrement réédité (chaque année me semble-t il).

Ses deux principales qualités sont sa clarté et son « ergonomie » (j’ai l’impression de parler de la nouvelle Opel Corsa). L’introduction permet de remettre les fondamentaux bien en place, notamment si vous n’avez pas une formation de juriste. Le plan est excellent, très bien segmenté, et vous permettra de vous repérer dans la matière avant d’aller vous plonger dans une des parties.

Très pédagogique, même si le droit public n’est pas votre ami, c’est le genre de manuels qui peut débloquer des situations, ou au minimum vous affûter sur des points précis (les types de fautes, le CSM, le Conseil constitutionnel…). Il est par ailleurs d’une lecture très agréable avec sa présentation « aérée » et ses petits encadrés. Ce seront quelques euros bien investis !

– Bernard Stirn et Yann Aguila, Droit public français et européen (éd. Sciences Po).

27246100437060lLe duo Stirn et Aguila officie depuis des années dans le master Politiques publiques de Sciences Po, et a formé des centaines d’énarques et de conseillers de TA. Et même des avocats publicistes, paraît-il. Il est au droit public ce que les Rolling Stones ou Led Zeppelin sont au rock : des légendes vivantes.

J’abuse sans doute un peu pour vanter l’ouvrage des Lennon & McCartney du recours pour excès de pouvoir, mais s’il ne remplit pas les stades, il peut vous permettre de bien approfondir vos connaissances en droit public. Si vous avez déjà un bon niveau et que le Wiener & Legrand vous semble un peu léger, ou que vous disposez d’un peu de temps de révisions, vous pouvez vous lancer dans ce bouquin qui se lit – presque – comme un roman.

Plutôt conçu pour l’ENA, c’est le meilleur compromis entre clarté et exhaustivité. Les développements sont renforcés par de nombreux exemples actuels, les arrêts importants sont listés en note de bas de page et font l’objet d’explications spécifiques… Le droit public, souvent enseigné comme une langue morte (un peu comme le latin en quatrième), va prendre forme devant vos yeux ébahis.

Il y a des trucs à zapper (finances publiques, carrières des fonctionnaires, droit public européen…), et il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver en raison de sa taille conséquente (mais raisonnable). C’est toutefois un compagnon fidèle et généreux avec qui passer de belles après-midi de bibli.

– Bernard Stirn, Les Libertés en question – Tomes 1 et 2 (éd. LGDJ).

000101491Toujours en compagnie du taulier, président de la section du contentieux du Conseil d’État, Les Libertés en question est un ouvrage très précieux pour le/la forçat(e) de la prépa. Déjà, on a tendance à laisser de côté les révisions de libertés publiques alors qu’elles sont au programme (et elles tombent en QRC) autant que le droit administratif pur jus (qui ne tombe plus).

Ensuite, elle permet d’enrichir sa culture juridique et sa connaissance des débats de société, dans leur dimension juridique, ce qui vous servira en droit public, mais aussi en culture gé, voire en droit civil. En vue des oraux, il sera utile d’aller y jeter à nouveau un petit coup d’œil.

Les deux tomes sont excellents et se complètent. Les notions-clés sont résumées en sept-huit pages, de manière synthétique. On ne va pas à fond dans le détail mais c’est largement suffisant : indépendance de la justice, droits de l’homme, libertés dans la société (bioéthique, liberté de la presse, religions et laïcité…), mais aussi le renseignement, la question de la fin de vie, le droit des étrangers… De quoi vitaminer vos deuxièmes parties de culture gé et vos QRC !


Pourquoi pas / Si vous avez le temps

– La Constitution, de Guy Carcassonne (éd. Le seuil, coll. Points)

103882_couverture_hres_0C’est un classique des classiques, et en passant une tête dans une bibliothèque étudiante, on voit généralement des préparationnaires ou wannabe-préparationnaires qui le dévorent avec appétit. C’est un très bel ouvrage, qui permet d’acquérir une grande connaissance du texte constitutionnel, socle de l’apprentissage en droit public (et accessoirement une QRC sur trois).

Toutefois, il ne s’adresse pas aux néophytes : il vaut mieux avoir quelques bases avant de s’y lancer pour saisir les analyses de Carcassonne et être sensible à son humour de publiciste. Dans une visée pratique, là aussi cela risque de ne pas vous satisfaire pleinement : on trouve rarement ce qu’on cherche, car ce n’est pas un ouvrage de révision à proprement parler. Mais vous pouvez lire des chapitres précis, sur certains articles importants, afin d’apporter l’éclairage d’un professeur et sortir ainsi du pur bachotage. Son analyse s’étend à tout le bloc de constitutionnalité, jusqu’à la Charte de l’environnement.

– Droit et passion du droit sous la Vème République, de Jean Carbonnier (éd. Flammarion)

51crl0jrsylUn petit ouvrage très intéressant, où Jean Carbonnier brosse un tour d’horizon des modes de production du droit, des pratiques juridiques et judiciaires, et des grands enjeux du droit pénal et civil (en consacrant une partie spécifique à sa spécialité, le droit de la famille). C’est un ouvrage transversal, qui vous resservira dans toutes les matières des écrits et même aux oraux, mais c’est seulement un « plus ». J’entends par là qu’il ne s’agit pas de l’ouvrage qui vous transformera en apprenti(e) conseiller(e) d’État, mais qu’il pourra « donner du liant » à vos connaissances apprises sur le mode de l’entonnoir et du balai-brosse. A lire donc en fin de révisions.


A éviter

Dans cet impressionnant marché du livre de droit public, aussi dynamique que celui des liquides à cigarette électronique, il y a bien entendu quelques accidents industriels. Je ne m’étendrai pas dessus en détail, et me contenterai d’indiquer que vous pouvez les laisser poliment posés dans le rayon de la FNAC, en attendant qu’un(e) autre candidat(e) vienne l’acheter (hé hé…).

– Les manuels trop spécifiques : droit des collectivités territoriales, police administrative, responsabilité administrative… Pas la peine de perdre son temps en lisant un manuel par sous-partie du programme. A la rigueur, un manuel de droit constitutionnel pour bien asseoir les fondations, si vous y tenez vraiment, mais c’est tout.

– Les manuels de petit filou : suivez mon regard. « Le droit public en quinze fiches », « Douze QRC de droit public »… Ce n’est évidemment pas comme cela que l’on progresse en droit public. Vous pouvez éventuellement les consulter sur la fin, en guise de quiz. Mais à la bibliothèque hein, ne financez pas la véranda de la résidence secondaire de l’éditeur et des auteurs !

– Les ouvrages de politique publique, du genre de ceux de la Documentation française : ils peuvent présenter un intérêt pour vous, pour la culture générale en II B), mais guère en droit public. A feuilleter rapidement si vous en ressentez le besoin.

– Le GAJA : bible des publicistes, c’est un ouvrage remarquable mais totalement inadapté pour le/la forçat de la prépa. Analyse en profondeur d’un arrêt, arguments du rapporteur public, réponse de la doctrine : vous vous serez généralement endormi(e) avant d’en arriver là. Ne vous lancez pas là-dedans : c’est un gouffre sans fond dans lequel beaucoup se sont aventuré(e)s et dont peu sont revenu(e)s…

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Voilà un genre de GAJA que je préfère !


Comme à la salle de musculation, l’objectif c’est « ni trop maigre, ni trop gros » (je fatigue…). Votre manuel, ou plutôt vos manuels de droit public, n’ont plus qu’à être dévorés, stabilotés, cornés, froissées, gribouillés, raturés, annotés et digérés, avant bien sûr d’être recrachés tout secs dans vos copies le jour du concours.

Bien entendu, ce ne sont que d’humbles suggestions : libre à vous d’explorer d’autres voies ou de réutiliser des cours de fac ou de l’IEP. Dans tous les cas, vous êtes désormais armé(e) pour tout casser en droit public : l’option « Payer un(e) énarque pour aller composer à ma place le jour du concours » doit définitivement être écartée.

From ENM, with love


5 réflexions sur “Droit public ENM – Quels manuels utiliser ?

  1. Bonjour,

    Serait-il possible de me conseiller un manuel en droit pénal, car pour cette matière j’ai du mal avec la façon dont est rédigé mon poly, trop descriptif, enfin je crois…

    Merci d’avance et un grand merci pour ce blog, une mine d’or…!

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    1. Bonjour à toi BA!

      Si tu estimes que ton polycopié est un peu trop descriptif (trop de jurisprudences, de CEDH et pas assez de droit « de fond » ?), tu peux te référer aux deux manuels de Jacques Leroy chez LGDJ, sobrement intitulés Droit pénal et Procédure pénale. Comme je le dis toujours, ils ont une excellente table des matières qui te permettra de te repérer facilement dans la matière, même si c’est moins ardu qu’en droit civil…

      Merci à toi et bon courage pour tes révisions!

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    1. Bonjour Étienne et merci à toi de suivre le blog!

      A vrai dire, le souci avec les libertés publiques est que la plupart des auteurs ont conçu des ouvrages qui les mêlent avec les droits fondamentaux ou les droits de l’homme, ce qui sort du programme. L’ouvrage de Bernard Stirn, outre sa qualité et son caractère transversal, est le seul à être pleinement dans le sujet. Si tu cherches un autre compagnon de révisions clair et concis, tu peux éventuellement jeter un œil au carré rouge Hachette de J-M Pontier, Droits fondamentaux et libertés publiques, qui va à l’essentiel et est suffisant pour le concours.

      Bonnes révisions à toi!

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