Motivation speech – Oraux ENM

Salut à tous / toutes ! 

Les écrits de l’ENM, ce n’était déjà pas une partie de plaisir. Les occasions de perdre la motivation voire d’arrêter la préparation sont souvent bien nombreuses. Avec les oraux, on passe la vitesse supérieure : on a l’impression que le temps s’est accéléré et qu’on y arrivera pas. On se remet en question en permanence, on se dit qu’on aura pas le temps de tout apprendre…

Pour couronner le tout, on se dit qu’on a pas refait d’anglais, qu’on a toujours pas compris la méthodologie (si elle existe) de la note de synthèse, on n’est pas satisfait(e) de sa fiche individuelle… Bref, le sentiment d’être face à un mur.

Si vous prenez un plaisir incroyable, sans le moindre stress, à préparer vos oraux : bravo à vous ! Vous pouvez retourner à votre fiche sur le CHSCT. Si vous êtes quelqu’un de normal, un peu/beaucoup/totalement en bad et surmené(e), sachez tout d’abord que vous n’êtes pas la/le seul(e). Sachez ensuite qu’il y a des raisons objectives et rationnelles de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.

Comme dans le premier motivation speech, consacré aux écrits, je vous donne dix bonnes raisons de croire en vous et en vos chances d’exceller lors des épreuves !

LES PLUS HAUTS MAGISTRATS DÉPLORENT UNE "ATMOSPHÈRE SURVOLTÉE"

Ma technique personnelle pour relativiser de temps en temps : imaginer les oraux de Jean-Claude Marin et Bertrand Louvel. Ils devaient être stressés tout pareil.



1 –
Surmonter le « mur de la mort ». Je connais cette sensation pour l’avoir vécue début août 2016. On voit son nom sur la liste des admissibles, et par la même occasion tous nos efforts récompensés. On sent fort(e), quasi invincible : oui, c’est bien la preuve qu’on était sur la bonne voie, qu’on a fait ce qu’il fallait pour les écrits. On a fait la moitié du chemin, on a mis « le pied dans la porte » de l’ENM (faites attention, c’est une porte coulissante, ça peut pincer). Le nuage…

Et quelques jours plus tard, un phénomène déjà décrit par Pythagore et Pline l’Ancien vous assaille : le « mur de la mort ». Placé(e) au pied d’un immense mur de connaissances à acquérir, en vue d’une restitution un mois et demi plus tard, on subit un énorme contre-coup. Une impression qu’il est matériellement impossible, même en révisant 24 heures sur 24, d’assimiler les connaissances nécessaires pour les oraux techniques. Le stress monte alors d’un cran, et certain(e)s, dont j’ai fait partie, se retrouvent parfois à la limite du burn-out.

Oui, le mur semble impossible à franchir quand on découvre cinq programmes d’un coup, avec en plus de l’anglais et une note de synthèse à se farcir. Mais soyez sûr(e) d’une chose : travaillez à votre rythme, avec persévérance, et vous aurez les connaissances nécessaires pour produire un bon exposé le jour J. Quand vous aurez vu une première fois le programme, la solidification des connaissances se fera beaucoup plus rapidement.

2 – « Je suis admissible mais je sais que j’ai complètement planté mes écrits : ça ne sert à rien de se battre ». Non, vous n’en savez rien. Beaucoup se sont déjà dit la même chose et se sont retrouvés admis(es) fin décembre. Potentiellement, vous pouvez être premier admissible tout comme dernier admissible. Et je rappelle les coefficients : 15 pour les écrits, 23 pour l’oral. C’est un nouveau concours qui débute avec les oraux : toutes les cartes sont rebattues. « Les derniers seront les premiers », comme le chantait Céline.

C’est aussi valable pendant les oraux. Vous pensez avoir foiré la note de synthèse ? C’est une épreuve où il est difficile de prévoir sa note. Vous pensez avoir foiré un oral technique, ou l’anglais ? C’est possible, mais n’oubliez pas que vous êtes jugé(e) par rapport aux autres : une prestation que vous estimez minable pour vous vaut peut-être la moyenne, voire plus. Largement suffisant pour intégrer, ou en tout cas continuer à se battre jusqu’au bout.

3 « Je ne suis pas bon(ne) à l’oral ». Vous avez peut-être eu de mauvaises expériences par le passé : un exposé foiré à la fac, ou une récitation de Maurice Carême ratée en CM2. Tirez un trait là-dessus : tout le monde est quasiment sur un pied d’égalité. Oui, certain(e)s ont ça dans le sang, ils assurent, ils ont le bagou, et tant mieux pour eux. Mais il ne s’agit pas de se transformer en Dupond-Moretti du jour au lendemain, ni de devenir l’orateur du siècle : c’est quand même un oral de restitution de connaissances. Avec l’entraînement en petits oraux blancs, vous améliorerez votre expression orale très rapidement.

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Maurice Carême (à gauche) casually chillin‘ avec son crew de gangstas de la poésie. Oui, ça commence à faire beaucoup de photos de Maurice Carême.

4 – « J’ai l’impression de ne rien avoir retenu de mes révisions ». Souvent, notre esprit chatouillé par le stress joue à nous faire peur. On se teste soi-même, en se disant : « Tiens, tu te souviens du plan de la fiche sur le commissaire aux comptes, celle que tu as révisée hier après-midi ? ». Bien évidemment qu’on ne s’en souvient pas. On ne peut pas tout retenir et avoir tout présent à l’esprit immédiatement, comme la mémoire vive d’un ordinateur. Dans le feu de l’action, 90% des connaissances dont vous aurez besoin vous reviendront en tête.

5 – « Je suis d’un naturel stressé : je vais défaillir devant le jury ». Non. Personne ne s’effondre devant le jury comme les personnages féminins dans les pièces de Molière. Moi-même, j’ai une fâcheuse tendance à stresser un peu comme un(e) malade. En révisant, voire pendant mon sommeil, je m’imaginais perdant tous mes moyens et m’évanouissant devant un jury consterné. C’est tout à fait naturel, dans une situation comme celle-là, de penser à ce qui peut arriver de pire. Mais quand on y est, on y est. Je vous assure que pendant l’épreuve, avec l’adrénaline, on rassemble toutes ses forces et on ne lâche rien.

« Et si j’ai un trou noir, en plein milieu de mon oral ? ». Ca aussi, je le craignais comme la peste. Mais ça n’arrive quasiment jamais : c’est encore le stress qui joue au petit coquin. Bien sûr, on peut s’emmêler un peu les pinceaux durant son exposé, avoir un petit blanc, ou même se tromper un peu dans son plan, mais le jury sait que nous sommes des êtres humains stressés, pas des machines à recracher du droit commercial. Cela peut arriver à tout le monde : il ne vous en sera pas tenu rigueur.

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Mon entrée dans la salle d’oral telle que je me l’imaginais en révisant.

6 – « Et si je tombe sur un sujet ignoble ? Du genre : l’usucapion dans la jurisprudence de la CJUE ? ». Oui, on connait toujours un(e) vénérable admissible des années passées, voire un(e) noble auditeur/trice de justice, voire un(e) sérénissime magistrat(e), qui vous racontera qu’il a eu « l’action à fins de subsides dans le cadre d’une procédure collective », ou « la réserve héréditaire en droit international privé » (je viens de les inventer, hein). Oui, il y a dans le lot quelques sujets difficiles. Mais c’est une infime minorité. Pour ces dix sujets un peu hardos, il y en aura 840 (420 admissibles multipliés par deux matières) beaucoup plus simples, voire faciles, où vous pourrez dérouler vos fiches. Je vous laisse calculer la probabilité de tomber dessus !

7 – « Je ne tiendrai jamais dix minutes pour mon exposé ». Là encore, tout est une question d’entraînement. Au début, on bâcle un vieux truc sans sous-parties en deux minutes trente. Puis, les exposés s’allongent, et on en vient à mieux maîtriser son temps. Un beau jour, on regarde sa montre et on s’aperçoit qu’on a tenu le temps imparti. Je rappelle que ça ne joue pas tant que ça, d’ailleurs : j’ai fait sept minutes trente pour un exposé au sujet difficile, et j’ai eu au-dessus de la moyenne. La théorie selon laquelle « en dessous de neuf minutes, c’est moins de huit » a du plomb dans l’aile.

8 – « Je passe au début, au secours ! Je passe à la fin, est-ce mieux ? Comment je m’habille le jour des oraux ? Comment saluer le jury ? Faut-il emmener sa convocation ? Je suis gémeaux ascendant verseau et la Lune me sera défavorable, comment faire ? ». Le stress nous fait nous poser tout un tas de questions accessoires qui ne sont là que pour nous embarrasser l’esprit. La seule chose utile à faire est de se concentrer sur sa préparation. Et si vraiment vous souhaitez la réponse à ces questions, elle se trouve ici (sauf pour la question astrologique).

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Mon entrée dans la salle d’oral telle qu’elle s’est passée.

9 – « Je n’ai pas assez de culture générale : je vais me faire fumer au grand oral ». Certain(e)s ont une bonne culture générale, forgée année après année par des études littéraires, à Sciences Po ou dans leur milieu familial. Tant mieux pour eux. Ils restent une très petite minorité. Si vous estimez que vous avez peu de culture gé, rappelez-vous que c’est pareil pour la majorité des autres candidat(e)s, et que c’est un concours : vous devez juste être meilleur(e) que les autres, pas devenir Bernard Pivot.

En plus, sans vouloir dénigrer les élèves de Sciences Po et des IEP que j’ai côtoyés et dont j’ai moi-même fait partie, il ne faut pas non plus surestimer les enseignements reçus dans ces établissements. Le niveau en culture gé dépend bien plus de l’investissement personnel de l’élève que des cours, parfois très superficiels et technocratiques. En plus, beaucoup de sujets concernent la justice, les pratiques judiciaires ou des questions de droit et libertés : les juristes auront leur part du gâteau !

10 – « Mon parcours est bizarre » / « Je ne suis pas juriste » / « Je n’ai pas fait de stage en rapport avec la magistrature ». Non-juriste ? Parcours bizarre ? Peut-être, mais votre prénom et votre nom étaient inscrits sur un fichier pdf sur le site de l’ENM vers la fin juillet. Et ça vaut tous les masters de droit du monde. Tout parcours peut se justifier, notamment grâce à une bonne fiche individuelle.

Vous avez donc toute votre légitimité. Je rappelle que sont admis chaque année près de cent personnes au titre de leur expérience professionnelle (les « 18-1 », du nom de l’article de l’ordonnance qui instaure ce mode de recrutement). Certains n’avaient pas non plus de réelle expérience juridique et travaillaient dans la grande distribution, la banque, les assurances… Quant aux stages en juridiction, bien qu’ils soient devenus la norme, le jury ne s’arrêtera pas à ça. Parfois, en passant vite sur votre parcours, il n’est même pas sûr qu’il le remarque.


Le stress, malheureusement, fait partie de la préparation de ces oraux caractéristiques des concours de la fonction publique comme seule la France sait les inventer. Il ne doit pas vous empêcher d’avancer et d’aller à la rencontre de votre objectif : enfiler votre robe d’audience délicatement parfumée par le costumier judiciaire, et lever votre main droite avant de prononcer la phrase magique, à l’appel de votre nom.

Pour cela, foncez tête baissée, comme si vous étiez sûr(e) de tout défoncer. Demandez conseil à des auditeurs et auditrices, ou des magistrats : ils vous rassureront probablement et vous remotiveront. Ceux qui ont eu une mauvaise expérience peuvent également vous la raconter, mais souvenez-vous qu’il y a infiniment plus de chances que ça se passe bien plutôt que ça se passe mal.

Chassez tout défaitisme de votre esprit et dites-vous bien que tous les auditeurs et magistrats sont un jour passés par là. Et surtout, qu’on retrouve une vie normale après ces foutus oraux et qu’on est fier(e), quoiqu’il advienne, d’avoir accompli un tel travail.

Je termine par une petite stat’, mentionnée par Jean-Paul Costa dans le rapport du jury : la sélectivité à l’oral est l’une des plus faibles de tous les concours français, près des deux-tiers des admissibles sont admis(es) au premier concours, soit 65 % ! Voilà de quoi, si ce n’est faire disparaître totalement l’anxiété à l’approche des épreuves, au moins garder espoir et confiance en soi…

Bon courage à vous, forçat(e)s-admissibles !

From ENM, with love


10 réflexions sur “Motivation speech – Oraux ENM

  1. Merci beaucoup pour cet article qui redonne le moral ! Par contre, effectivement, la malchance de tomber sur un sujet immonde aux oraux techniques est infime, mais que faire quand le malheureux élu, c’est nous (à part lutter contre les larmes) ?

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    1. Bonjour Louise et merci! Pas question de lutter contre de quelconques larmes, elles ne viendront en aucun cas! Peu importe le sujet tiré, à ce moment-là, on est tellement concentré(e) qu’on ne se laisse pas atteindre. J’ai tiré en droit européen un des fameux dix sujets immondes, j’ai dû hausser un peu les sourcils et me dire « Et ben merde alors… », puis me lancer à corps perdu dans la préparation. Dans tous les cas, quelque soit le sujet, la bonne attitude, c’est toujours de donner son maximum et de rassembler tout ce qu’on peut rassembler! Si vraiment on est paumé(e), qu’on ne voit pas de connaissances se rapportant pleinement au sujet (ça me semble improbable mais bon…), il faut élargir, quitte à s’éloigner un peu du sujet.

      D’après le rapport du jury, les examinateurs sont conscients de l’existence de sujets plus ou moins durs : ils verront que le/la candidat(e) a donné le maximum. Et puis en cas de détresse, on peut viser les huit, voire sept minutes. Bref, c’est possible d’avoir la moyenne, voire plus, et en tout cas d’éviter la tôle, même avec un sujet immonde! Bon courage à toi, et n’aie crainte, j’ai fait un sacrifice aux dieux de l’oral en ton honneur, tu auras un sujet facile 🙂

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  2. Bonjour, et merci pour cet article qui remonte le moral en cette période difficile de révisions… Je suis quelqu’un de TRÈS stressé et j’ai énormément bafouillé, cherché mes mots lors de mes oraux blancs (alors que ce n’était que des oraux blancs…). J’espère que ça ira mieux le jour J. C’est vrai que l’ampleur du programme a de quoi déstabiliser !

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    1. Bonjour Julie et merci! Ce n’est pas grave de bafouiller lors des oraux blancs : tu vas encore te perfectionner avec de dernières révisions… Surtout, le jour J, on ne pense tellement plus à rien d’autre que son sujet qu’on abandonne le stress durant l’oral. Le stress, il disparaît comme par magie dès qu’on ouvre le sujet et qu’on se met à bosser! Et puis une ou deux bafouilles ne sont pas bien graves, ce n’est pas du tout sur ça qu’on est jugés… Bon courage à toi, tout se passera à merveille, j’en sûr(e)!

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  3. Bonjour, je suis admissible cette année.
    Je vous remercie dans un premier temps pour ce blog et cet article. Je suis tellement stressée, que je ne révise quasiment pas !
    J’avais une question pratique, quand se déroule les oraux juridiques. Il y a écrit sur le site de l’en à partir du 10 septembre. Est-ce sur tous les mois de septembre ? Seulement sur une semaine , deux semaines ?
    Cordialement,

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    1. Bonjour Céline et merci beaucoup! Selon mon souvenir, les oraux se déroulent durant trois semaines, et les 2ème et 3ème concours ont l’honneur de commencer! Bon courage à toi et pas d’inquiétude, bosse du mieux que tu peux et tout devrait bien se passer!

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  4. Hello,

    le concours s’est terminé le 7 juin et je viens de rentrer de vacances avec mon chéri.

    Je n’arrive pas à m’y remettre…

    Je me dis : max le 1er juillet j’ai repris.

    Bref je procrastine quoi…

    Selon toi, quelle est la deadline pour s’y remettre ?

    En sachant que je n’ai jamais fait de DIP ni de droit des sociétés, que j’ai un lointain souvenir du droit social (L3 bâclée) et des connaissances correctes en droit européen lato sensu.

    Merci…

    Gabi

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    1. Bonjour Gabi! C’est en effet très difficile de parvenir à se remettre en selle après les difficiles écrits, qui plus est en cette période de canicule… Le fait de ne pas savoir si l’on est admissible invite par ailleurs à la paresse… Très rares sont les forçat(e)s qui parviennent à se chauffer pour du droit international privé au mois de juin! Pour être tout à fait honnête, je n’ai réussi à travailler qu’à partir de l’admissibilité, mais je l’ai un peu regretté par la suite (je découvrais toutes les matières). Le 1er juillet me semble la date parfaite pour une reprise enthousiaste de tes révisions : profite pleinement des six derniers jours de vacances, sans aucune culpabilité, et lance-toi à fond la semaine prochaine! Bon courage à toi pour les révisions estivales!

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  5. Bonjour from enm !

    Est-ce que tu sais si c’est le jury qui élabore les sujets des petits oraux ou bien les examinateurs ?

    Merci pour ton blog si riche en conseils !

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