Oraux techniques ENM – Le déroulement

Salut à tous / toutes !

Cette fois-ci, ça y est : bienvenue dans la cour des grand(e)s. Avec la menace des ongles frottés sur un tableau d’école et Destination Finale 7, les oraux techniques sont généralement les épreuves qui traumatisent inquiètent le plus les candidat(e)s, égalées peut-être en angoisse par le grand oral.

Loin de moi l’idée de vous suggérer de prendre les oraux techniques, déterminants pour l’issue du concours, par-dessus la jambe. Je ne vais pas vous mentir : admissibles, vous n’allez pas passer le plus bel été du monde. Le travail à mener est de longue haleine et parfois décourageant. Lorsqu’il y a un grand événement sportif du genre Coupe du monde de foot ou Jeux olympiques, ça relève tout simplement de la torture psychologique.

Pourtant, si le travail à fournir est certes important, les attendus du jury sont clairs et la méthode à adopter n’est pas complexe en soi. Pour le dire autrement : le plus compliqué sera de garder la motivation et d’abattre le travail nécessaire, pas de comprendre l’exercice. Celui-ci peut en effet se résumer en deux mots : « Bourrine, cousin(e) ».

L’instant où l’épreuve des oraux techniques fut inventé, à l’arrière d’un resto bordelais :

– « Hé Gilbert, ça te dirait de voir 400 étudiant(e)s galérer comme des brêles après quinze minutes de préparation ? »
– « Ah ouais, carrément Michel ! Mais allons-y pour cinq minutes, on va bien se poiler ! »
– « Ah, quel boute-en-train ce Gilbert ! ».

Je me permets de lancer une remarque comme une bouteille à la mer, dans le cas où une personne avec une quelconque influence sur la détermination du concours entendrait mon S.O.S d’un terrien en détresse. Ce type d’oral est complètement stérile et entraine un bachotage absolument idiot – mais nécessaire aux candidat(e)s pour espérer obtenir une bonne note, quoiqu’en dise le jury dans son rapport de 2016.

Je perçois bien l’impératif de gestion, et le coût important de la mobilisation des correcteurs. A coût égal, c’est-à-dire à durée égale, il serait peut-être possible d’inverser les durées : cinq minutes d’oral après dix minutes de préparation. Encore mieux, parce qu’il est compliqué de s’exprimer en cinq minutes, réduire le temps de questions de cinq minutes et faire dix minutes-dix minutes. Quoiqu’il en soit, cinq minutes de préparation sont une vaste blague.

Cela étant dit, je m’apprête à vous décrire comment se passent les oraux techniques de l’intérieur, dans les plus petits détails possibles, pour que vous arriviez le jour J comme dans vos petits chaussons et puissiez vous concentrer sur votre épreuve !



Comment ça se passe ?

Le déroulement des deux oraux techniques est exactement le même. Après avoir emprunté les escaliers pour monter à l’étage, et signé la feuille de présence sur la table à l’entrée du couloir, vous attendez dans le fameux « couloir de la mort ». Un corridor aux décorations murales baroques, avec des bancs de bois où tremblotent les fessiers callipyges des admissibles. Le mur du côté gauche est percé par des portes, qui, vous l’aurez compris, sont celles des salles d’examen.

philomathique

Manque plus que le lierre sur les murs, et vous voici à Poudlard.

Les oraux (techniques et l’anglais) se déroulent la même journée, à l’exception de la langue facultative qui peut se dérouler la veille ou le lendemain. Il peut y avoir du temps entre des épreuves programmées le matin, et d’autres plus tard l’après-midi. Je vous déconseille de zoner trop longtemps dans le corridor of the death : l’ambiance est le plus souvent cordiale, mais n’espérez pas devenir meilleur(e) ami(e) avec quelqu’un dix minutes avant son épreuve de DIP.

Profitez plutôt de ce temps « libre » (lol, mdr) pour aller revivifier votre cerveau grâce aux machines à café du hall d’entrée, qui produisent un nectar aussi délicieux que le gasoil d’une mobylette. Vous pouvez aussi aller rôder dans les environs : le quartier de la rue Judaïque regorge de petits restaurants, épiceries en tous genres et cafés où vous pourrez allègrement vous restaurer.

Revenu(e) à la Philomathique un peu avant votre heure d’épreuve, vous patientez en attendant qu’un des deux membres du jury vienne vous chercher. Comme en anglais, vous saluez vos futurs interlocuteurs, qui vont vous inviter à vous asseoir et tirer un sujet. Vous préparez devant le jury. Je rappelle mon petit conseil : ils enclenchent le chrono dès que vous avez lu le sujet à haute voix, donc ne perdez pas trop de temps à « mettre la machine en route ».

Vous parlerez – que dis-je, vous éclabousserez de votre talent – un spécialiste de chaque matière. Traditionnellement, celui qui est le spécialiste de la matière tirée pose les questions, et l’autre posera des questions relatives à sa matière en toute fin d’épreuve. Un peu à la PPDA dans les Guignols de l’info : « Sans transition… ».



Mes oraux à moi

J’ai passé l’oral d’anglais de bon matin, histoire de me mettre en jambe en douceur avec la langue de Phil Collins. Une heure après, une conversation psycho-analytico-inquisitionnelle avec deux charmantes personnes qui vous demandaient, pêle-mêle, si vous pleurez parfois au cinéma, si votre choix d’études ne révélait pas une certaine immaturité, ou ce que pensent vos parents de votre envie de devenir magistrat(e).

Mes deux oraux techniques étaient fixés à 16h30 (DIP-DUE) et 17h30 (social et commercial). Libéré à onze heures, j’avais donc pas mal de temps à tuer. A l’heure dite, la porte de la salle s’ouvre. Je tire un sujet de DUE relativement merdique, qui me déçoit beaucoup. Et je vous l’aurais bien communiqué si cela ne risquait pas de m’attirer quelques ennuis (supplémentaires)…

En trente secondes, je bricole un plan à partir de ceux qui dorment au chaud dans ma banque mentale. Deux grandes parties, avec une articulation qui va bien. Je couche tout ce qui m’apparait utilisable sur le papier pour remplir mes parties avec de l’exemple : pas de phrases, juste des tirets. On couche le maximum pour ne rien oublier, en essayant d’équilibrer les parties et sous-parties.

Je prends trois feuilles, une pour l’introduction et la conclusion, et une pour chaque partie. J’écris comme un(e) dingue, on dirait un poète surréaliste qui pratique l’écriture automatique. Au bout des cinq minutes, mes feuilles ressemblaient à un tableau de Jackson Pollock, à ceci près que leur valeur sur le marché de l’art n’est pas tout à fait la même.

J’ai tenu sept minutes trente, comme en anglais. Ce n’est pas idéal, mais je ne crois pas que ça se soit ressenti dans mes notes. C’est juste que ça leur laisse davantage de temps pour poser des questions !

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Une danse également connue sous le nom de la « danse du sujet rêvé ».

Assez déçu(e), je vagabonde dans la Philomathique comme un lion affamé au zoo de Vincennes. Je suis déterminé(e) à tout déboiter lors de l’oral suivant. Preuve qu’il y a une justice pour les forçats de la prépa, mon sujet de droit social et commercial est celui que j’ai traité avec une amie pour m’entrainer quelques jours auparavant. J’ai envie de me dévêtir et danser sur le pupitre, mais je sens que le jury ne serait pas réceptif à cette forme d’expression juridique.

Petite remarque en passant : quand on tire le sujet de ses rêves, il faut veiller à bien resté concentré(e) et ne pas estimer avoir la partie gagnée. C’est humain : on se dit « Je vais les fumer ! », on se prend pour Jean Carbonnier et on vise la brillance au lieu d’assurer. Le mieux est l’ennemi du bien ! C’est difficile à faire, mais il faut maitriser sa joie de tirer le bon sujet et faire comme si c’était un sujet qui ne nous plait pas plus que cela.

Les questions

Venons-en aux fameuses questions. On stresse en y pensant avant l’oral, mais je vous assure qu’une fois qu’on a fini son exposé de dix minutes, on est tellement chaud(e) qu’on en redemanderait presque. Le plus délicat est de prendre de la hauteur de vue après un oral « la tête dans le guidon », coincé dans les limites de son sujet. Mais une connaissance de l’architecture de la matière, par l’apprentissage des plans de manuels, vous permettra d’avoir le recul nécessaire.

Vous le découvrirez vous-même : les questions sont en effet souvent étranges, voire complètement ubuesques. Parfois, le jury vous pose des questions à laquelle ils sait pertinemment que vous ne saurez pas répondre. Petit exemple : l’examinateur de DUE m’a demandé, dans un sujet qui n’avait rien à voir avec ça, quels étaient les faits de l’arrêt Van Gend en Loos. Impossible de le savoir, et surtout bien inutile. Il ne faut pas s’inquiéter de cela : ça a l’air d’être une tradition médiévale entretenue depuis des siècles, de jury en jury, et ça ne préjuge en rien de votre note future.

Hormis ces quelques questions de type Questions pour un champion (on pense à toi Julien), du genre « Qui est le président de tel organe de l’UE ? », il n’y aura pas de bonne ou de mauvaise réponse à 100%. Les examinateurs veulent vous voir échafauder une petite réflexion et formuler la réponse la plus convaincante possible. Même si vous ne savez pas, suivez votre intuition et tentez quelque chose : le pire est de ne rien répondre.

L’examinateur de l’autre matière pose quelques questions relatives à sa manière en fin d’oral. Très générales, elles vous permettent de vous refaire si l’oral s’est moyennement passé, en mode « T’as vu, le DIP j’assure moyen, mais en DUE je te prends quand tu veux ».

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– « Qui est le président du Conseil européen ?
– Donald Tusk.
– Aaaah oui oui oui je dis oui ! »


Si on devait effectuer une comparaison éloquente, je représenterais les oraux techniques comme une sorte de machine à laver géante, une lessiveuse qui va vous essorer un peu, mais qui n’a pas de quoi vous impressionner non plus : c’est juste une caisse de ferraille, après tout.

Vous l’aurez compris, plus qu’une véritable épreuve de connaissance, les oraux techniques sont davantage une épreuve de résistance comme seuls les concours de la fonction publique française ont su les inventer. Tant que vous restez dans les clous, que vous produisez un petit exposé avec un plan-bateau et trois-quarts des connaissances attendues, vous êtes dans le mille.

Je vous rappelle enfin que pour une possibilité infime de tomber sur un sujet de la mort, il y a énormément de chances pour que vous tombiez sur un sujet faisable, voire facile, voire – encore mieux – sur un que vous avez déjà réalisé en vous entrainant.

Pour terminer, je vous informe que d’après mes informateurs secrets, un conseil d’administration récent aurait fait état d’un projet de réforme de ces oraux dans un horizon proche : wait and see


From ENM, with love


9 réflexions sur “Oraux techniques ENM – Le déroulement

  1. Salut,

    Je suis en Droit et je viens de valider ma L2. Je laisse juste ce petit commentaire au passage pour te féliciter, ton blog est absolument génial. Je m’intéresse de plus en plus à l’ENM et tes petites chroniques me font comprendre (avec humour, toujours) ce qui m’attend vraiment si je me lance là dedans.

    Alors voilà, merci et continue comme ça 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci à toi Lili! Ton commentaire me motive à poursuivre l’aventure! Du moins jusqu’en 2020, comme tu entres en L3… Je ne peux que t’encourager à te lancer dans l’aventure quand l’heure sera venue!

      Bon courage à toi pour les quelques années qui te séparent du concours et merci encore!

      J'aime

  2. Merci pour cet article, très intéressant comme toujours ! J’ai une question sur l’organisation des oraux : je vois sur le site de l’ENM qu’ils ont lieu de septembre à décembre, mais quand je regarde le planning des oraux 2018 j’ai l’impression qu’ils sont tous concentrés en septembre : est-ce toujours le cas ? Ou alors j’ai seulement eu accès au planning de septembre ?

    Aimé par 1 personne

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