Oraux techniques ENM – Comment réviser ?

Salut à tous / toutes !

Vous vous demandez peut-être comment il est intellectuellement, et même physiquement possible, de préparer une épreuve orale en cinq minutes. Vous vous demandez peut-être aussi comment tenir dix minutes devant un jury sur un sujet parfois restreint, surtout après un temps de préparation encore plus court qu’une vidéo de Norman.

Je me suis posé(e) la même question. J’ai surtout passé des jours à stresser devant mes polycopiés : pour les écrits, je croyais avoir compris la logique de l’épreuve et les attendus du jury, mais là, j’étais totalement perdu(e). Début août, j’étais convaincu(e) que c’était tout simplement impossible : même si je lisais tous les manuels et polycopiés possibles, et si je ne dormais qu’une heure par nuit pour réviser les compétences du Conseil européen et la location-gérance à la lumière de la bougie, je n’arriverai pas à assimiler les connaissances nécessaires pour pouvoir produire un plan en seulement cinq minutes.

A l’écrit, il me faut au minimum deux heures pour avoir un plan à peu près digne de ce nom. Une demi-heure de réflexion, ou, soyons généreux, vingt minutes, pourquoi pas. Mais cinq ?! Comme on dit en termes juridiques, j’ai pété un câble. Je n’ai trouvé la solution qu’assez tardivement, vers la fin du mois d’août. Et j’avais déjà eu le temps de faire des crises de stress monstres et de frôler l’abandon (on y reviendra).

Le secret, gardé de génération en génération par le jury, je m’apprête à vous le révéler. Il est impossible de produire une pensée et d’établir un plan en cinq minutes, c’est un fait établi. Par conséquent, la seule solution pour se tirer sans encombre de ces oraux est de… (roulement de tambour)… ne pas penser !

Produire une réflexion juridique, au sens de celle demandée lors des écrits, n’est pas possible lors de ces oraux à la durée complètement aberrante. Vous l’aurez compris, il n’est donc pas envisageable, en tirant votre sujet, de vous mettre à penser et élaborer un plan de toute pièce. Il vous faudra agir en machine de guerre et ressortir telle quelle votre fiche de polycopié (si votre prépa vous en fournit) ou un plan tout fait.

Ca peut vous paraître inaccessible si vous lisez ces lignes en juin ou juillet, mais après plusieurs semaines de travail régulier, vous deviendrez peu à peu ce(tte) cyborg invincible capable de trouver un plan (complètement bateau, certes) sur n’importe quel sujet.

Je vous livre les trois clés d’un bon été de révisions selon moi, puis quelques modestes conseils par matière !

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– Roboplan pas réfléchir… Bzzz, bzzz (bruit de robot)
– Tiens Roboplan, ton sujet : « Le gérant de SARL »
– I – Le statut / II – Les pouvoirs… Bzzz…


1 – L’ordre de début des révisions

Naturellement, comme lors de la préparation des écrits, il vaut mieux réviser les matières alternativement et assez régulièrement, pour progresser de manière égale et avoir le temps de bien tout assimiler.

Si une matière vous fait particulièrement envie là dedans, vous êtes une personne étrange (mais probablement sympathique quand même) : lancez-vous ! Si vous hésitez sur la matière par laquelle débuter vos révisions, au vu du temps réduit pour la préparation des épreuves orales, je vous conseille néanmoins l’ordre que voici :

  1. Droit international privé

  2. Droit de l’Union européenne et CEDH

  3. Droit social

  4. Droit commercial

Selon moi, à moins que vous ne soyez familiers avec la matière, il est préférable de commencer par le DIP. Relativement « courte » en volume à apprendre, elle demande plus de temps à assimiler car il s’agit de mécanismes juridiques de fond, parfois complexes (coucou, règlement Rome III).

Le DUE et et le droit EDH sont le programme le plus volumineux, mais pas le plus dur à appréhender. Pour la CEDH, vous avez des connaissances de fond, notamment autour des articles 2, 3 et surtout 6 vus en pénal. Il ne s’agit pas de connaître tous les arrêts de la Cour de Strasbourg, loin de là. Mais les quatorze premiers articles et les protocoles les plus importants doivent être connus de vous. J’entends par là qu’il ne faudra pas hésiter deux minutes si on vous demande le droit protégé par l’article 8.

Le droit social et le droit commercial peuvent être abordés ensuite : ça demande moins de réflexion juridique, et, dans le cas du commercial, c’est même du bon gros bachotage pur et dur.

Quant au temps passé par matière, la répartition de mes révisions a été, en gros : DUE et CEDH (35%), DIP (30%), DS (20%) et DC (15%).

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2 – L’apprentissage par coeur

Le par cœur, ça rappelle de bons souvenirs du CP, où on apprenait des récitations de Maurice Carème et Jacques Prévert, avant de les débiter servilement devant la maitresse et les camarades ébahis.

Le par cœur, vous pensiez sans doute que c’était terminé : les études sont faites pour approfondir des sujets de fond, bon sang de bois ! Et bien non : les oraux de l’ENM vous offrent une piqûre de rappel de l’école primaire !

Comme je l’écrivais en introduction, le manque de temps (la quasi-absence, pour être plus précise) de préparation fait qu’il est impossible d’espérer concevoir un plan ou réfléchir aux connaissances qu’on va évoquer à l’oral.

La solution est simple : apprendre par cœur les polycopiés de votre prépa, pour celles et ceux qui en suivent une, ou des fiches déjà organisées sous forme de plan. Vous vous ferez une joie de les ressortir tel quels aux membres du jury, sans avoir à vous demander quel plan suivre. Vous tirerez un sujet, et immédiatement le plan vous apparaitra, avec les connaissances qui vont bien.

Si vous vous préparez seul(e)s, essayez de vous constituer une banque de plans passe-partout. Quand vous réviserez dans vos manuels ou vos fiches, imaginez-vous toujours devoir le restituer à l’oral, et efforcez-vous d’imaginer de petits plans sommaires dans lesquels glisser ces connaissances.

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Vous vous demandiez peut-être à quoi ressemblait Maurice Carême, l’auteur de toutes les récitations de votre enfance. Ne me remerciez pas.

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3 – Les entrainements en temps réel

Zinedine Zidane aurait-il inscrit deux buts de la tête le 12 juillet 1998 s’il n’avait fait que s’entrainer avec son cousin en faisant des jongles dans son jardin ? Probablement pas. Soyons clair(e)s : vous ne pouvez pas découvrir la forme de l’exercice le jour même et que l’épreuve soit votre premier oral. Pour vous confronter à la durée et aux attendus de l’exercice, faites des oraux blancs avec vos camarades ou une autre paire d’oreilles bienveillantes.

Déjà, vous vous confronterez à la difficulté d’élaborer un plan en une durée si limitée. Ensuite, vous vous verrez progresser à vue d’oeil, de jour en jour. En formulant un argument à l’oral, en manipulant les différents plans-types et en développant des exemples, on les imprime dans notre mémoire et on acquiert des automatismes. Très vite, vous trouverez plus facilement vos mots, vous gagnerez en assurance, vous organiserez mieux votre pensée… et même votre apprentissage deviendra plus efficace.

Surtout, ne soyez pas trop dur(e) avec vous-même. Au début, ce ne sera sans doute pas beau à voir : oral de deux minutes trente, bafouillages à la chaine, approximations… Vous pouvez commencer doucement : laissez-vous dix minutes de préparation, voire un peu plus si vous l’estimez nécessaire. Je vous conseille aussi de vous lancer quand vous aurez un minimum de connaissances : inutile d’enchainer les oraux blancs fin juillet après avoir appris cinq fiches dans chaque matière…

Quoiqu’il arrive, même si vous faites un oral pourri, que vous ne tenez pas le temps ou que vous manquez de connaissances, vous progresserez.


giphy

La découverte du droit international privé.

Petits conseils par matière

Pour chaque matière, essayez de saisir son architecture globale, c’est-à-dire l’emplacement de chaque sujet ou fiche dans la logique de la matière. Pour cela, vous pouvez apprendre le plan d’un bon manuel.

DIP : pour les non-juristes, accrochez-vous. C’est à l’évidence la matière qui demande le plus « d’esprit juridique ». Au début, on s’arrache les cheveux à comprendre des notions pourtant basiques (la loi du for, la loi de police, le renvoi), avec le risque de péter un câble totalement . Ne vous inquiétez pas : ça finira par rentrer, mais c’est pour cela qu’il est important de commencer par ça si vous n’êtes pas un(e) pro.

DUE : une grosse partie consiste en l’apprentissage du rôle de différentes institutions et de leur mode de fonctionnement. Si vous avez eu des cours de droit européen ou que vous vous intéressez à l’actualité de l’Union européenne, vous devriez avoir déjà de bons repères. La CEDH, on la néglige souvent dans nos révisions, et souvent à raison car il y a moins de sujets là-dessus. Si vous vous sentez au point en droits de l’homme et libertés fondamentales, n’insistez pas trop et préférez bosser le « vrai » droit européen.

DC : le droit commercial, c’est un peu comme un diabolo-menthe avec des glaçons après une randonnée de cinq heures sous le cagnard. Au milieu des autres matières, le droit commercial se distingue par son côté « 100% par coeur ». Dans pas mal de cas, on peut ressortir la fiche ou la page de manuel tout cru. Si vous tombez sur un type de société ou sur une profession (le mandataire judiciaire, le commissaire aux comptes…), c’est banco.

DS : un peu plus compliqué, un peu plus jurisprudentiel, le droit social demandera plus de volume de travail que le commercial mais les mécanismes à saisir ne sont pas d’une grande complexité. Précision : on laisse parfois entendre que le jury attend une connaissance pointue de l’actualité du droit social, avec une exégèse fine d’un arrêt d’il y a deux semaines sur la validité de la convention collective des tisserands d’osier du Bas-Languedoc. On s’en moque complètement : si vous avez des billes d’actualité jurisprudentielle, tant mieux, mais l’essentiel est de maitriser le fond de la matière.


A la lecture de cet article, cela peut vous sembler infaisable, ou du moins une tâche sacrément ardue. Oui, l’ampleur des révisions quand on se lance dedans peut impressionner et générer du stress. Mais en travaillant régulièrement, en s’entrainant en temps réel, et en manipulant les différents plans-types que vous utiliserez, il n’y a aucune raison que vos oraux techniques ne se passent pas comme sur des roulettes.

Surtout, l’important est de se débarrasser de l’envie de bien faire et d’aller dans le fond des choses. De toute manière, trois jours après les épreuves, la location-gérance et les recours en manquement devant la CJUE seront noyés dans un océan de mojitos…

Bon courage à vous !

From ENM, with love


10 réflexions sur “Oraux techniques ENM – Comment réviser ?

  1. Bonjour,
    Comme tous vos articles, celui-ci est intéressant et me rassure un beaucoup…
    J’ai tout de même une question, non pas sur le fond des matières, mais sur l’organisation dans le temps du passage de ces oraux techniques : est-ce que l’on est convoqué à les passer le même jour ? ou en passe-t-on un par jour ? Merci d’avance pour votre réponse, bonne journée 🙂

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    1. Bonjour Clotilde et merci! Oui, tous les oraux se déroulent la même journée, souvent à une heure d’intervalle. Ça peut sembler crevant mais ça permet de rester chaud(e) et puis ça évite de stresser trop entre les oraux… Bon courage à toi!

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  2. Quelle tristesse de voir que ce blog est contraint de s’arrêter et que son objectif a été mal compris. Il a été une belle source de motivation cette année et un puit de conseils aussi bien utiles que déculpabilisants durant les « coups de mou ». Un grand merci à toi, auditeur/trice !

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    1. Bonjour Agathe et merci de ton soutien! Je suis ravi(e) de savoir que mon objectif de rendre l’ENM plus accessible et de motiver les champion(ne)s de la prépa a été au moins en partie atteint! J’ajoute une petite précision : à ma connaissance, seule la page Facebook pose « problème » à l’administration, donc le blog continuera de plus belle! J’ai d’ailleurs dans les fourneaux de nouveaux articles pour les différentes épreuves orales… A très bientôt et encore merci!

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      1. Nous sommes donc plusieurs à avoir mal compris, c’est une nouvelle qui va faire des heureux alors ! Vivement les prochains articles, et merci encore !

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  3. Bonjour je suis désolée de poster ici ce commentaire hors sujet mais je me demandais si tu pensais faire un article sur la note de synthèse ?
    Merci pour tous tes conseils durant cette année, me voilà admissible et j’espère pouvoir revivre en décembre la joie que j’ai vécu cette semaine !

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    1. Bonjour Anaïs et bravo à toi pour ton admissibilité!

      Question simple, réponse simple : oui, je compte en écrire un, et même deux! Ils sont dans les tuyaux mais le stage juridictionnel me laisse relativement peu de temps pour m’y consacrer… Cela dit, ce ne seront pas mes articles les plus passionnants ni sans doute les plus utiles : la note de synthèse est une épreuve aussi mystérieuse que les prophéties Maya… Je vais néanmoins essayer de donner quelques pistes pour pondre une copie de qualité!

      Bon courage à toi pour la préparation estivale, en te souhaitant de lire à nouveau ton nom sur le fichier pdf de l’ENM en décembre!

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  4. Bonjour FEWL,

    Encore une fois je te remercie pour cette pépite qui embellit réellement ma préparation au concours ! Te lire est devenue une habitude hebdomadaire (au moins…!), qui me redonne force et courage à chaque baisse de régime ! Je n’irais pas jusqu’à dire que je connais mieux tes articles que mon cours de droit pénal spécial mais presque… 🙄🙈

    Petite question concernant les oraux : je me prépare seule et n’ai donc pas accès à de quelconques polys. Je pensais suivre tes conseils de manuels et faire mon choix en fonction de ceux qui m’inspirent le plus (objectif 200 pages max, plan bien construit, clair et efficace.. J’espère trouver mon bonheur !).
    Si j’ai bien l’intention de les tartiner, je me demandais ce que tu penses (au regard du temps qu’on a pour réviser..) de faire des « fiches plan » pour chaque sujet possible, une fois avoir lu 2 fois chaque manuel. Je ne pense pas être capable de retenir qu’à partir de manuels et je me disais que les fiches plans pourraient être efficaces pour me faire retenir et m’aider à recracher tel quel le jour J. Mais j’ai aussi peur que ce soit très chronophage. Qu’en dis tu ?

    Te remerciant à nouveau chaleureusement,

    Ta dévouée lectrice.

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    1. Bonjour Laura et merci pour cette avalanche de remerciements! Qui sait, peut-être qu’un jour mon blog deviendra une référence admissible dans une copie de culture générale, voire de droit pénal si je suis condamné(e) pour délit de blague de mauvaise qualité!

      Tu as bien compris l’esprit des épreuves orales : tartiner et engloutir un manuel d’environ 200 pages par matière. Quant à faire des « fiches plans », je pense que cela peut être utile et que ça ne prendra pas un temps excessif : tant que tu te limites à imaginer des parties possibles et les coucher sur le papier, c’est productif. En revanche, la fiche « classique » avec décalquage d’un manuel le plus souvent déjà conçu comme une fiche, c’est une perte de temps particulièrement préjudiciable. Plus tu imagineras de plans à partir de tes lectures, plus tu pourras jongler avec et les ressortir tout crus devant les yeux ébahis des examinateurs! Bon courage à toi pour l’été de révisions qui s’annonce!

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