La féminisation de la magistrature

Salut à tous / toutes !

C’est le grand débat qui agite les magistrats et les directions du Ministère de la Justice depuis maintenant cinq ou six ans.

Le constat est sans appel : pour la promotion 2017, les femmes représentaient 77% des inscrits au premier concours, 80% des admissibles, et 73% des admis (soit 253 femmes et 90 hommes). La proportion est grosso modo la même au deuxième concours (70-30%), mais pas au troisième concours où règne une parité exacte entre les admis. En « stock » (imaginez un grand entrepôt Ikea avec des palettes pleines de magistrat(e)s), cela représente en 2014, 5 192 femmes et 3 000 hommes en poste, soit un pourcentage respectif de 63,4 % de femmes et de 36,6 % d’hommes.

Le constat est connu depuis les années 1970-80, où la dynamique s’est amorcée, mais la tendance semble s’accroitre. Si on considère uniquement les magistrat(e)s et auditeurs de moins de 35 ans, plus de 86 % des magistrats recrutés sont des femmes.

Elles sont sur-représentées dans certaines fonctions, comme juge des enfants ou JAF ; dans les actes d’avocat, il n’est pas rare de lire « Madame la Juge aux affaires familiales », alors que ça pourrait très bien être un homme. A l’inverse, le parquet, qui demande une plus grande disponibilité, est davantage masculin (mais encore en majorité féminin).

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Laurence Vichnievsky et Eva Joly, au moment de l’affaire Elf.

Dans les plus hautes sphères de la magistrature, les femmes se raréfient soudainement. Elles sont encore en minorité dans toutes les chambres de la Cour de cassation, et seule l’illustre Simone Rozès a eu l’honneur d’en être la première présidente, de 1984 à 1988 (ça commence à remonter). Certes, la situation tend à s’améliorer, et nul doute que d’ici cinq, dix ou vingt ans, elle aura bien évolué.

Mais force est de constater que, en termes de notoriété médiatique, à l’exception d’Eva Joly, Adeline Hazan ou Eliane Houlette, peu de magistrates atteignent une notoriété égale à celle de leurs collègues Van Ruymbeke, Molins ou Trévidic. Laurence Vichnievsky, Nicole Maestracci, Isabelle Prévost-Desprez ? Cékissa ? Simone Veil ? Quasiment tout le monde ignore qu’elle était magistrate. Rachida Dati ? Bon, là je vous pardonne, elle-même ignore qu’elle est magistrate…

Passé ce constat, la féminisation de la magistrature est souvent présentée comme un « problème », ce qui justifie que l’on convoque du grand monde en haut lieu pour lutter contre ce terrible fléau qui gangrène notre société. Rapport après rapport, étude après étude : les ministres de la justice s’alarment tous mais n’ont jusqu’alors rien entrepris.

Cette fois-ci c’est la bonne ! En avril 2017, la Direction des services judiciaires (principale direction du ministère) convoque les deux principaux syndicats de la profession (à savoir l’Union syndicale des magistrats et le Syndicat de la magistrature) pour avoir un avis éclairé. Un mois avant les élections présidentielles et donc son renouvellement : voilà qui promet d’être utile.

Dans cet article, je vous synthétise les débats récents en y glissant mon avis de temps à autre, notamment en vue du grand oral où la question est récurrente, particulièrement pour les candidats de sexe masculin. Ce sera l’occasion de se faire un avis sur la question, si tant est qu’il faille s’en faire un : je n’ai encore jamais vu personne s’étonner de la masculinisation d’une profession…

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Simone Rozès, née en 1920 (97 ans !), seule et unique première présidente de la Cour de cassation, de 1984 à 1988.


Pourquoi la magistrature s’est-elle féminisée ?

Les meilleures raisons du monde ont été avancées. Economiques, politiques, sociologiques, historiques, rien ne manque à l’appel, hormis les raisons biologiques que personne n’a encore eu l’audace de mettre sur la table.

  • Pas assez de flouze : les mecs, les vrais, les tatoués, seraient tous partis en droit des affaires (ou « droidézaff » dans le milieu). Jeunes ambitieux au costard Paul Smith cintré, ils ont pris option international business en master pour réaliser leur rêve de dollars ruisselant sur leur corps d’athlète. On ne va pas se mentir : un avocat d’affaires dans un cabinet anglo-saxon après dix ans d’expérience gagne en un mois ce que gagne un magistrat sorti d’école en un an.

  • L’amour du droit : d’autres bonhommes, courageux et amoureux du savoir juridique, se sont quant à eux lancés dans l’aventure de la thèse. Ils étudieront l’utilisation de la notion de porte-fort en droit international privé pendant cinq ans, tout en enseignant l’histoire du droit à des L1 pour 1300 euros par mois. Respect.

  • Une assistante sociale qui peut te mettre en prison : il ressort de diverses enquêtes (CEVIPOF notamment) que la magistrature n’apparait plus comme une fonction de pouvoir, donc valorisée socialement. Elle est désormais identifiée comme un métier du « care », sans doute en raison des nombreux films et reportages mettant en scène la justice des enfants et les tutelles. Dans notre société patriarcale, les métiers du « social » sont encore considérés comme des « métiers de femmes ». Une dichotomie apparait ainsi entre les « magistrats de pouvoir » (juge d’instruction et parquet) et les « magistrats du social » (instance, JAF, enfants).

L’USM et le SM s’accordent à dire que le métier de magistrat est très méconnu des citoyens, et même des étudiants en droit : il faudrait davantage communiquer sur la réalité et la diversité des fonctions du magistrat – et c’est l’un des principaux objectifs de ce blog…

  • La féminisation des études de droit : depuis la massification de l’enseignement supérieur après 1968, la proportion de femmes n’a cessé de progresser. A l’exception des études techniques, de l’informatique et des écoles d’ingénieurs, tous les spécialités sont aujourd’hui peuplées en majorité d’étudiantes. En droit, les professions d’avocat, d’huissier et de notaire connaissent le même mouvement de féminisation.

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– « L’égalité des sexes ? On en reparlera quand il faudra porter un truc lourd. »


Quels problèmes cela pose ?

Certains ont estimé que la féminisation de la magistrature posait deux principaux problèmes.

Tout d’abord, un problème de représentativité du corps social. En tant qu’institution et service public, la justice se devrait de refléter peu ou prou la diversité de genre et de sexe de la société française. Mais j’ai du mal à voir en quoi le fait que le/la juge soit une femme ou un homme change fondamentalement quelque chose à la décision rendue.

Certes, certains mecs s’imaginent que si la JAF leur a retiré la garde de leur enfant, c’est parce que c’est une femme et qu’elle va donc favoriser ses camarades de genre, et pas parce qu’ils se foutent royalement de leur gosse/sont bourrés à neuf heures du matin/jouent les allocations familiales au tiercé (rayer la mention inutile). Hormis ces grands esprits, qui peut franchement croire que la féminisation de la magistrature pose un « problème » de représentativité ? Quand les hommes représentaient 70% des effectifs, voire quand la profession n’était tout simplement pas ouverte aux femmes, combien s’alarmaient ?

La féminisation pose un second problème plus concret. Dans la mesure où les congés parentaux sont pris à 98% par les femmes, la féminisation pose un important problème de gestion des ressources humaines. Dans certaines juridictions de petite taille, qui accueillent surtout des « sorties d’école », des congés parentaux successifs peuvent entraver le fonctionnement du tribunal. Si trois, quatre ou cinq magistrates sont en congé parental en même temps dans une juridiction qui compte quinze magistrats, c’est jusqu’à un tiers de l’effectif qui peut manquer à l’appel…

Il appartient à leurs conjoints de demander eux aussi un congé parental. Pensez-y les mecs : un an à préparer des biberons et changer des couches contre la fierté d’avoir rendu service à la justice française. Ca les vaut, non ?



Comment régler le « problème » ?

Les solutions ne manquent pas. La première et la meilleure serait de lancer des campagnes de pub ciblées sur le public masculin. L’ENM pourrait par exemple sponsoriser une écurie de grands prix de moto, afficher son logo sur des maillots de foot et sur des bières, ou encore financer un spot diffusé à la mi-temps du Superbowl. Blague à part, la campagne ciblée est une recommandation qui a été émise à plusieurs reprises par le jury dans son rapport annuel.

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Cristiano Ronaldo et le Real Madrid ont choisi l’École nationale de la magistrature comme sponsor pour les trois prochaines saisons. Zinédine Zidane, entraineur du club, a déclaré : « Je suis heureux de travailler avec Olivier Leurent, un véritable amoureux du ballon rond ».

Solution plus efficace, notamment si on juge l’argument financier pertinent : augmenter le salaire des magistrats pour lui faire atteindre le montant moyen de celui des pays de l’OCDE. Ca peut paraître osé dans un contexte économique difficile, mais les magistrats français sont moins bien payés que leurs collègues estoniens ou slovènes (rapporté au niveau de vie). Rappelons-le, les hommes aiment la célébrité, l’autonomie et la richesse : « les avocats continuent, dans les représentations qui sont couramment véhiculées à apparaître comme célèbres, autonomes et riches tandis que l’image des magistrats se serait rapprochée de celle de fonctionnaires, moins valorisée » (SM).

Les deux syndicats rejettent en bloc la solution des quotas, sur le modèle de la discrimination positive. En arriver là, ne serait-ce que symboliquement, serait quand même assez triste. En plus de fausser la logique méritocratique du concours en réservant 50% des places aux hommes, ce serait entériner officiellement le fait que la magistrature est une profession « à sauver » des griffes du sexe féminin.


Le jury de grand oral, par son âge ancestral expérience impressionnante du métier et surtout de la vie, risque de vous poser la question, notamment aux messieurs. Que leur répondre ?

Le jury se fiche un peu du fond de votre réponse mais veut vous voir adopter un point de vue assumé et argumenté. Plutôt que de louvoyer et tourner autour du pot, je vous conseille de rester droit(e) dans vos bottes : présentez les problèmes pratiques que la féminisation peut poser, mais démontez avec fermeté et précision l’idée du soi-disant problème de représentativité.

A mon sens, qu’un magistrat soit un homme ou une femme n’influe pas sur sa décision, et si certain(e)s estiment que le fait de voir davantage de femmes dans la fonction pose un problème, on aimerait les voir s’indigner de la faible représentation des femmes dans le commandement militaire, la diplomatie, à la Banque de France… En plus, la tendance s’inversera peut-être dans le futur, ou pas, et dans tous les cas tant pis.

Ce qui n’empêche pas de revaloriser la place du magistrat dans la société, et surtout sa rémunération !

From ENM, with love


14 réflexions sur “La féminisation de la magistrature

    1. Vous écrivez dans cet article n’avoir « jamais encore vu personne s’étonner de la masculinisation d’une profession ».

      Peut-être, car la question n’est pas de « sétonner » – comme vous le reformulez habillement – de l’absence massive de parité dans une profession, mais de s’en alarmer ou de la réprouver, voire de s’en indigner chez certains exaltés.

      Or, vous ne pouvez pas sérieusement dire que vous ne n’avez « jamais entendu personne s’alarmer ni s’offusquer de la masculinisation massive (80%-20%) d’une profession » n’exigeant nullement par sa nature un tel déséqiuilibre. Ou alors, vous vivez à l’écart du monde et des médias, qui ressassent à longueur d’année les alarmes contre le manque de représenation des femmes là où leur absence est notable sinon criante. Vous ne connaissez pas, en particulier, les déclarations de Delphone E. Présidnete de France Télévision, revendiquant ouvertement la mise en œuvre de son projet de discrimination professionnelle à l’encontre des hommes en faveur des femmes (in Télérama, Le Monde, Stratégies), et joignant le geste à la parole comme chacun le constate.

      Donc, nous tiendrons pour un sophisme assumé l’emploi du verbe « s’étonner » au lieu de « protester », « refuser », « réagir contre », « s’indigner » etc. Sans cette substitution sémantique, votre article perd beaucoup de sa portée.

      Car s’alarmer de l’absence de parité dans un métier valorisant, quand les femmes y sont minoritaires c’est chose courante et reçue avec respect. Non ? S’alarmer de la réciproque est chose que l’on doit donc, par parité, recevoir avec le même respect et sans une once de sarcasme ni de faux étonnement.

      Tout juge ou futur juge qui n’aurait pas cette clairvoyance ni cette instnctive équité femmes/hommes dans le raisonnement ne nous « étonnerait » pas, mais nous inquièterait. Miss L.F.

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      1. Bonjour Scamdanse (un message commence généralement par ce genre de formule, quand on a un minimum de politesse).

        Je n’ai pas beaucoup de temps à perdre à répondre à ce genre de messages, d’autant plus que j’ai déjà répondu la même chose à un certain Jules, qui, comme vous, ne maîtrise visiblement pas les bases de la grammaire française : le suffixe -ation indique qu’il s’agit d’un processus en cours, et non d’un état de fait (que l’on désignerait plutôt par l’expression barbare de « taux de masculinité » d’une profession, ou de sur-représentation). La notion de masculinisation (processus) est donc totalement différente de celle de sur-représentation (état). Je vous renvoie donc à la lecture d’un Bescherelle de 6ème, pour bien distinguer un changement en train de s’opérer et un état de fait actuel.

        Je maintiens donc plus que jamais mon propos, à moins que l’on me prouve le contraire, chiffres à l’appui : personne ne s’est jamais étonné de la masculinisation d’une profession… En revanche, bien évidemment, personne ne peut nier que beaucoup en haut lieu dénoncent dénoncent la « masculinité » de certaines professions et s’emploient à lutter contre, notamment par de la « discrimination positive », à la manière de Delphine Ernotte. Mon blog concerne la justice et la profession de magistrat, et c’est pourquoi je ne m’exprimerai pas sur cette question.

        Quant à vos saillies de fin de message, elles ont manifestement pour but de se payer la tête d’un(e) magistrat(e), sans doute pour se défouler ou régler des comptes. J’ignore également quel parti, association, syndicat ou quelle fraction de la société vous prétendez représenter en écrivant « nous » sans arrêt. Je commence à être habitué(e) à ce genre de choses : j’espère simplement que vous ne pensiez pas réellement m’atteindre avec des propos de ce type (bien mal fondés, de surcroît). Bonne journée à vous!

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  1. Hum…
    Et que penser de la logique inverse ? À savoir les concours qui vont sur-valoriser les femmes par la voie externe, quitte à se fermer en pratique littéralement aux hommes.
    Aujourd’hui un homme qui veut devenir commissaire ou lieutenant pénitentiaire (un seul homme dans la dernière promo) par exemple, est obligé de passer par l’interne, avec ce que ça implique comme conséquences pour une carrière.

    J’ai l’impression que dans l’esprit de beaucoup, la parité doit toujours dans un seul sens…

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    1. Bonjour Denis!

      J’ai du mal à comprendre ce que vous entendez par « logique inverse », et j’ai l’impression que vous sous-entendez que des obstacles visibles ou invisibles ont été mis en place pour barrer la voie d’accès à la magistrature aux hommes.

      Le concours de l’ENM, ni aucun autre concours de la fonction publique, ne survalorise les femmes par la voie externe. Les copies à l’écrit sont anonymes, et rien ne permet par conséquent de déterminer si le candidat est un homme ou une femme. La proportion entre hommes et femmes présents aux écrits, admissibles et admis est quasiment la même au pourcentage près.

      Bref, c’est simple et mathématique : à moins que le jury se soit passé le mot et que des consignes secrètes aient été données pour survaloriser les candidatures féminines, si moins d’hommes réussissent le concours de l’ENM, c’est parce que moins d’hommes le passent. Il ne « se ferme en pratique » à quiconque : rien n’empêche aux hommes de le passer et de le réussir! Et cela vaut également pour celui de commissaire ou de lieutenant : s’il y a de plus en plus de femmes, voire que des femmes, c’est parce qu’il y a bien plus de candidates que de candidats et que les hommes se sont détournés de ces concours.

      Et en passant, de nombreux métiers ont été ou sont toujours fermés aux femmes sans que cela ne pose de problème à personne… Regardons plutôt l’évidence : le concours de l’ENM est indifférent au sexe du/dela candidat(e), et c’est tant mieux.

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      1. Merci pour votre réponse

        Par contre vous n’avez visiblement pas conscience de cette réalité.

        Bien entendu que les taux de réussite H/F sont équivalents pour les épreuves d’admission, anonymat des copies oblige.

        Mais c’est aux oraux que la discrimination se fait. Pour commissaire de police et lieutenant pénitentiaire par exemple, l’objectif est de favoriser les femmes pour contrebalancer le fait que la voie interne est majoritairement masculine.
        C’est d’ailleurs particulièrement visible lorsque l’on compare les ratios H/F dans la réussite aux épreuves d’admissibilité et d’admission.

        L’enm fait l’inverse, et favorise les hommes aux oraux. De mémoire, au premier concours en 2017, environ 6 hommes sur 7 admissibles ont été admis, alors que côté femmes, on était sur du 6,5 sur 10. Ce qui fait une différence significative !
        Comment vous expliquez cette différence alors que le taux de réussite aux épreuves d’admissibilité sont équivalents entre les deux sexes ?
        Comme vous l’avez dit, c’est « simple et mathématique ».

        Au fond c’est juste un secret de polichinelle, et je m’étonne que vous le découvriez.

        Pendant mon M2, certains intervenants (dont des commissaires) l’ont d’ailleurs clairement exprimé: « si vous êtes un homme, ne passez pas commissaire, c’est une perte de temps, il faut passer par le recrutement officier de police externe pour passer ensuite commissaire en interne ».

        Et là aussi quand on compare la réussite des hommes et des femmes entre l’admissibilité et l’admission, c’est criant. L’an dernier par exemple il n’y a eu qu’un seul homme admis au concours de lieutenant pénitentiaire pour plus de 20 femmes, ce qui n’est pas cohérent avec les taux de réussite aux épreuves écrites (on était très loin d’un ratio H/F à 1/23).
        Alors quoi ? Les hommes sont bons à l’oral pour l’enm mais mauvais pour LP ? Hum hum…

        Je ne vois pas ce que ça a à voir avec le sujet par contre… Et puis quels métiers sont encore fermés aux femmes ?

        C’est même plutôt la logique inverse qui est pratiquée aujourd’hui.
        Par exemple: j’ai dans mon entourage une personne qui était jury au concours d’inspecteur des finances publiques. Lorsque que je lui ai parlé des logiques de discrimination h/f aux concours, il n’était pas étonné, et m’a dit que quand il faisait passer les oraux de ce concours, ils avaient comme ligne de notamment valoriser (moins sévères sur les questions, plus généreux sur la note) les personnes issues de minorités ethniques et les femmes.

        Si on peut comprendre la volonté d’apporter de la diversité dans certaines professions, on ne peut que regretter que ça fausse le jeu de la méritocratie. Et puis…créer des injustices individuelles au nom d’une égalité arithmétique globale -plus politique qu’autre chose donc-, c’est une logique qui me désole un peu. On est dans l’essentialisme pur, donc dans ce qu’on cherchait à dépasser à travers les luttes féministes /anti racistes /… .

        C’est dans ce débat plus global que s’inscrivait mon commentaire (trop bref il est vrai).
        Disons que, le concours de l’ENM est le seul qui cherche à avantager un peu les hommes (qui sont déjà plutôt désavantagés dans beaucoup de concours juridique/sécurité), et quand je vois que des gens trouvent à redire là dessus, alors qu’il s’agissait juste de tirer les conséquences de l’objectif de parité dans la fonction publique, j’ai envie de leur demander pourquoi ils ne s’élèvent pas contre les concours qui font l’inverse et avantagent d’autres catégories.

        C’est une question de cohérence. Soit on ne le fait pas, soit on le fait partout et pour tous.

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  2. Cher Denis,

    si vous prétendez que « c’est aux oraux que la discrimination se fait » et que « L’enm fait l’inverse, et favorise les hommes aux oraux », je m’interroge:

    – d’un point de vue qualitatif: avez-vous vu sur les dernières années que la proportion entre les hommes présents aux oraux et la proportion des hommes admis ne varie pas ou de quelques %?

    – d’un point de vue statistique:

    1) sur le nombre de personnes: l’échantillon des hommes présents aux oraux et sélectionnés anonymement (40 à 70) est déjà très petit au regard de l’effectif total des admis au 1er concours (270 à 350) => votre hypothèse peut-elle donc être vérifiée statistiquement?

    2) sur le nombre d’années d’étude: lorsque la proportion des hommes augmente de quelques % entre les présents aux oraux et les admis lors des 2 dernières années => est-ce une vraie tendance temporelle d’un point de vue statistique?
    En statistique, il est difficile de conclure avec un jeu de données si petit…

    Si un homme est bon, il n’y a aucune raison pour qu’un jury ne le recrute pas (sauf si il s’autocensure et ne tente pas le concours!). Un jury de concours ne peut combattre les biais sociaux que les sociologues mettent en évidence et qui montrent qu’on prend toujours + au sérieux un homme qu’une femme dans les postes à responsabilité (magistrat, commissaires, etc). Et ça, ce n’est pas ma conclusion mais c’est une conclusion tirée de nombreuses études sociologiques réalisées à partir de grands échantillons, dans des métiers différents et sur une échelle de temps longue…

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  3. « je n’ai encore jamais vu personne s’étonner de la masculinisation d’une profession… « ; pardonnez moi, mais c’est une réflexion de Tartuffe. Il ne se passe pas une semaine où on ne dénonce dans la presse la sur-représentation masculine dans un domaine d’étude, un métier ou une formation, et où on y voit la survivance d’un machisme anachronique.
    « Si un homme est bon, il n’y a aucune raison pour qu’un jury ne le recrute pas (sauf si il s’autocensure et ne tente pas le concours!).  » ; c’est pourtant le procès qu’on fait aux jury de concours dés lors ou la proportion d’homme est sensiblement supérieure `celle des femmes ( école de commerce) -remplacer hommes par femmes. Idem pour l’ENA.

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    1. Bonjour Jules!

      Sur le deuxième point, c’est un éternel débat agité de manière récurrente et je ne vais pas m’attarder là-dessus. Il faut s’en tenir aux chiffres, qui montrent le taux d’hommes admis est quasiment le même que celui des hommes admissibles. Accessoirement, le grand oral n’est qu’une petite partie de l’ensemble des notes additionnées.

      Quant au premier point, je ne peux que te renvoyer à la lecture d’un bon manuel de français : le suffixe -ation indique qu’il s’agit d’un processus en cours, et non d’un état de fait (que l’on désignerait plutôt par l’expression barbare de « taux de masculinité » d’une profession, ou de sur-représentation). La notion de masculinisation (processus) est donc totalement différente de celle de sur-représentation (état). Bref, je maintiens plus que jamais, ce sont des faits bruts : personne ne s’est jamais étonné de la masculinisation d’une profession…

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  4. « Dans notre société patriarcale, les métiers du « social » sont encore considérés comme des « métiers de femmes ». » Phrase très caractéristique de l’idéologie féministe : si les femmes se tournent vers des métiers on l’on fait plus « social », ce serait donc le résultat d’un complot masculin pour parquer les femmes dans un coin où elles ne font pas trop de bruit ? Sauf que c’est totalement faux, et que ce n’est pas « la société » (entité abstraite qui est semble–t-il la cause de tous les maux pour quelques magistrats gauchistes) qui conduit les femmes à se sentir à leur aise dans des métiers où l’on valorise la relation humaine, mais le cerveau féminin qui est conditionné de cette façon, ainsi que plusieurs études sérieuses, que relate la philosophe Peggy Sastre dans son livre sur la « La domination masculine », nous l’apprennent. On pourrait également évoquer ici les enquêtes du journaliste norvégien Harald Eia, disponibles gratuitement sur Youtube et sous-titrées en français. Certes il ne s’agit pas là d’un déterminisme absolu, mais la biologie entre en ligne de compte dans le choix des professions, dès lors qu’on laisse la liberté aux individus de faire leur choix de métier : c’est d’ailleurs ce qu’on nomme « le paradoxe norvégien », en vertu duquel plus on favorise la liberté dans le choix de la profession, plus ce choix manifeste des déterminations sexuelles marquées. Désolé les féministes et partisans de la funeste « théorie du genre », toute votre propagande est sans fondement scientifique !
    Quant à l’influence du sexe du juge dans le verdict rendu par les juges des familles en cas de divorce, elle est incontestable : dans plus de 80% des cas, le verdict rendu en cas de litige entre divorcés est favorable à la femme concernant la garde de l’enfant ! Vous avez dit « égalité des sexes » ? Qu’on commence par traiter correctement les hommes dans la justice française, et on en reparlera !
    Et je ne vois parle même pas de la proportion d’hommes parmi tous ceux qui croupissent dans les prisons françaises : plus de 90% ! Est-ce parce que les hommes sont davantage coupables et violents, ou bien plutôt parce qu’on considère qu’ils méritent, plus que les hommes, d’être enfermés ? Sexisme, quand tu nous tiens…

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    1. Cher Dyonisac,

      agrégée de biologie, je rigole de votre mail concernant le déterminisme biologique qui existerait. L’humain et son besoin incessant de trouver un fondement biologique à tout. N’est-ce pas rassurant? En tout point scientiste, mais sans l’argumentation scientifique. Citer un philosophe et un journaliste pour votre argumentation sur l’impact de la biologie est tout à fait adéquat…

      J’en rigole avec mes collègues biologistes de l’université.
      Merci à vous pour ce moment de rigolade.

      Chère blogueuse/cher blogueur, que serait un bon article sur internet sans sa horde de haters?

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    2. Bonjour Dionysiac!

      « Magistrats gauchistes », « théorie du genre », dénonciation des décisions des JAF supposément guidées par le sexe, et pour finir reversement du concept de sexisme en faisant passer les hommes pour des victimes d’une magistrature « aux ordres » des féministes… Tous les mots-clés habituels du troll sont là, à ceci près qu’il manque peut-être une critique contre Christiane Taubira pour que le portrait soit complet. Pas de temps supplémentaire à répondre à ce genre de choses!

      P.S. : par ailleurs, rien ne vous permet de présupposer que c’est une femme qui écrit ces lignes.

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  5. « Certes, certains mecs s’imaginent que si la JAF leur a retiré la garde de leur enfant, c’est parce que c’est une femme et qu’elle va donc favoriser ses camarades de genre, et pas parce qu’ils se foutent royalement de leur gosse/sont bourrés à neuf heures du matin/jouent les allocations familiales au tiercé (rayer la mention inutile) »

    Eh bé… Ce n’est pas un préjugé indigne du métier de juge, ça ? Les femmes sont de bonnes mères aimantes et les pères « se foutent royalement de leurs gosses » et sont « des mecs bourrés » flambeurs « au tiercé » ?

    ça fait frid dans le dos d elire ça sous le lable ENM.

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    1. Aouch, touché en plein cœur! A bien me relire, c’est vrai que c’est totalement indigne : je me demande si je ne devrais pas changer de profession. C’est exactement ce que je voulais dire par là en plus, vous avez très bien interprété mes propos : les mères sont par nature d’excellents parents et les pères non. Et quand on pense que l’ENM m’a en plus donné un « label » pour écrire cela…

      Allons Scamdanse, ne laissez pas votre aigreur et votre envie de vous payer la tête de la justice française prendre le dessus. Vous le savez très bien, au fond de vous – du moins je l’espère -, que vous écrivez n’importe quoi. Je me permets une petite remarque : quand on lit un texte avec une idéologie en tête et la volonté d’y trouver ce qu’on aimerait y trouver, généralement ça marche.

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