Que faire dix jours avant le concours de l’ENM ?

Salut à tous / toutes !

Le jour J se rapproche… On sent la tension monter peu à peu, on s’imagine composant sur les tables du centre d’examen, on se dit qu’on n’est pas prêt(e) parce qu’on a pas révisé le mode de calcul de la prestation compensatoire en cas d’enfant adultérin usufruitier…

A la bibliothèque, les révisions deviennent difficiles. L’esprit vagabonde like a hobo on a broken home, et la concentration se montre capricieuse. Devant le manuel de droit civil, un petit singe joue des maracas dans notre tête alors qu’on essaie pour la douzième fois d’enregistrer les causes d’exonération selon la faute de la victime en matière d’accidents de la circulation.

C’est parfaitement normal.

C’est une période de l’année qui n’est généralement pas extrêmement sympathique, mais c’est malheureusement le jeu des concours à la française et tout le monde est passé par là.

Dans cet article, à la différence de la plupart des autres articles de mon blog, je ne vous propose pas de conseils de travail ou de révisions : dix jours avant le concours, l’heure n’est plus à cela et il ne faudrait surtout pas stresser devant tout ce qu’on a pas fait. L’heure est bien plutôt à la mobilisation et à la valorisation du travail fourni durant l’année, et à un « échauffement » mental et physique, prélude indispensable à de grandes réussites lors du jour J !

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Le triste sort promis aux polycopiés et manuels après les écrits.


1 – Ne pas se lancer dans de nouvelles révisions

A dix jours du concours, découvrir de nouvelles choses ne changera plus rien. Si vous avez travaillé avec régularité et/ou suivi une prépa, vous avez forcément fait le tour de tout ce qui sera essentiel à votre réussite lors du concours. De toute manière, à supposer que vous découvriez une connaissance nouvelle dix jours avant, vous ne l’assimileriez pas suffisamment pour pouvoir la restituer convenablement.

Et je rappelle que les écrits de l’ENM ne supposent pas des connaissances hyper techniques, mais des connaissances de « tête de chapitre » : les éléments techniques sont dans les codes ! Bref, pas de panique si vous ne souvenez pas des différents types de servitudes : on s’en fiche complètement. Il s’agit désormais de solidifier le savoir : je rappelle, le concours d’entrée à l’ENM n’est pas le concours du meilleur juriste, mais de celui qui sait le mieux produire une copie claire à partir du socle de connaissances générales attendues d’un magistrat.

Concrètement, à l’approche des écrits, vous pouvez relire vos copies corrigées, ainsi que les corrigés distribués dans votre prépa, si vous en suivez une. Cela permet de perfectionner encore et toujours sa méthode tout en maintenant vos connaissances présentes à l’esprit et immédiatement utilisables.

On peut également :

  • relire des citations et des exemples de culture générale ;

  • revoir des listes d’arrêts en droit public (sans paniquer parce qu’on oublié la date de Dame Lamotte ou qu’on a – toujours – pas compris Arcelor) ;

  • passer du temps dans les codes pour bien se remettre leur architecture en tête, afin de bien les « posséder » et pouvoir chercher rapidement dedans ;

  • relire gentiment vos polycopiés de prépa ou le plan de quelques manuels avec lesquels vous avez bossé, mais sans chercher à apprendre comme un(e) dingue.

Les nouveaux manuels « qu’on-m’a-dit-que-c’était-trop-utile » et tout ce qui s’apparente à de l’acquisition de nouvelles connaissances, ça dégage. Merci.


2 – Se « reposer » ?

La question du « repos » avant les concours fait toujours l’objet d’un grand débat. Quand vous êtes stressé(e) à l’approche des concours et que vous appelez vos parents ou votre tante Christiane, vous avez généralement le droit au célèbre :

« Faut se reposer ! La dernière semaine, interdit de toucher à tes cours ou tes manuels ! Tu vas marcher dans un parc pour respirer l’air pur et l’odeur des bourgeons de cerisier ».

Quiconque a déjà entendu ce type de phrases prononcées à son encontre connait ce qu’est l’envie de faire avaler une revue de droit notarial à un être humain.

Personnellement, je suis plutôt contre l’idée de s’octroyer un repos total à l’approche des concours. En se relâchant brutalement, on risque de perdre en concentration, de ne plus être « chaud(e) », et surtout de stresser à donf (expression interdite depuis 1999).

Attention, je ne dis bien sûr pas qu’il faut se faire des journées bibli « ouverture-fermeture » ou sentir la sueur perler sur ses joues après douze heures de droit des successions. C’est d’ailleurs impossible d’être productif/ve à l’approche du concours.

Je recommande de trouver un entre-deux pour « rester en jambes » sans s’épuiser et limiter le stress. En gros, je bossais comme je pouvais l’après-midi, du genre 14h-18h, sauf le dernier vendredi où c’est clairement impossible. L’adrénaline commence à monter et rend tout travail plus qu’improductif. Dans ces cas-là, il ne faut surtout pas paniquer et ne pas hésiter à aller discuter avec des camarades de prépa.

Pour ceux/celles qui ont l’habitude de bosser tard le soir ou dans la nuit, il faut vraiment arrêter. Ce n’est vraiment pas le moment de s’épuiser et vous chérirez peut-être ces heures de sommeil gagnées durant la semaine du concours.


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3 – Gérer le stress (comme on peut)

Rien de pire que quelqu’un qui n’est pas en prépa, qui ne sait pas ce que c’est que de ne pas pouvoir se projeter dans quoique ce soit d’autre et d’avoir toute son existence orientée autour d’un concours, qui vous dit :

« Faut pas stresser ! Dors bien, détends-toi, fais-toi une infusion de valériane et respire des huiles essentielles ! »

A ce moment-là, vous avez envie de le jeter la tête la première dans le rayon tisanes de Nature et découvertes et de lui cramer le derrière avec un chargeur de portable solaire (très pratique pour les randonnées cela dit).

Oui, le concours de l’ENM, ce ne sera pas le meilleur moment de votre vie (je vous le souhaite…). Oui, le stress risque d’en faire partie.. Peut-être me lisez-vous d’ailleurs avec l’estomac un peu/beaucoup/à la folie noué, à l’approche des écrits.

Je ne prétends bien sûr pas avoir de recette miracle pour combattre le stress, contrairement aux moines bouddhistes en herbe qui nous servent de famille et d’amis. Je vous propose juste un humble conseil de quelqu’un passé par là et que le stress a bien failli détourner de l’esplanade de la rue des Frères Bonie.

Cela va peut-être vous paraître bizarre et/ou naïf, mais le meilleur moyen de gérer le stress est de l’accueillir et de l’accepter. Il faut savoir lui laisser une place, mais pas toute la place. Ne cherchez pas à le vaincre totalement ou à arriver le jour du concours en fredonnant Don’t worry be happy : vous serez sans doute stressé(e), mais cela est parfaitement normal.

Personnellement, pour me déstresser, je me disais que François Molins, Renaud van Ruymbeke et d’autres avaient dû être bien stressés aussi en leur temps, et qu’ils sont aujourd’hui devenus de grands magistrats. En somme, tous les auditeurs sont passés par là et nous n’en sommes pas morts.

Vous aussi survivrez à ces écrits de l’ENM. Le stress ne diminuera pas vos capacités lors des épreuves, même si un sommeil profond et réparateur n’a pas été au rendez-vous. Au contraire, l’adrénaline les décuplera et vous tiendra en éveil permanent. Stressé(e), mais prêt(e) à cartonner !


4 – Surtout, ne pas culpabiliser

Le travail qu’on produit à dix jours des révisions, c’est à 99% de la belle mouise (restons poli). Si vous voulez mon avis, ce n’est pas une semaine avant les écrits de l’ENM que Jean Carbonnier a pondu son Traité de droit civil.

Vous n’arrivez à rien retenir de vos relectures et petites révisounettes d’avant-concours ? Ne soyez pas dur(e) avec vous-même. Je sais ce que c’est pour être passé par là : on entre dans la spirale maléfique, on se dit « Bordel, rien ne rentre », on se dit qu’on est nul(le) et qu’on ferait mieux de rentrer chez soi ou d’arrêter de bosser si on y est déjà. Bonus : partir de la bibli au bord des larmes et faire paniquer le jeunot qui découvre la distinction entre droit public et droit privé dans son cours de L2.

Ce n’est pas grave si vous travaillez mal à dix jours des concours : c’est même normal. Prenez-le avec philosophie et voyez ça comme une sorte de maintien en forme. Je reprends mon analogie avec les sportifs de haut niveau : avant les Jeux olympiques, les athlètes vont à la salle de muscu, font un petit jogging, répètent leur technique et leurs mouvements, mais ne s’acharnent pas à vouloir progresser comme des dingues.


En trois mots : ne culpabilisez pas ! Vous avez déjà fourni le travail nécessaire à votre réussite. Si vous arrivez à réviser tranquillement, tant mieux. Si vous avez la bougeotte sur votre chaise et que votre esprit joue au petit colibri excité, tant pis !

Dans les deux cas, vous êtes prêt(e).

Courage à toutes et tous !

From ENM, with love


2 réflexions sur “Que faire dix jours avant le concours de l’ENM ?

  1. Bonjour,
    Tout d’abord, je tiens à vous dire que votre blog est parfait pour avoir pleinement conscience de l’ampleur du concours mais aussi de sa faisabilité.
    Je rentre en L3 à la rentrée prochaine et depuis la L1, je souhaite préparer l’ENM. Mon parcours est un peu atypique puisque j’ai fait une première L1 en 2009, à la suite de mon bac, puis j’ai arrêté pour travailler en tant que serveuse. C’est en décembre 2014, alors que je traverse une période difficile, que je me rends compte que j’ai toujours voulu faire du droit. Je décide donc de reprendre mes études, assiste aux portes ouvertes de la faculté et rencontre un substitut. Ce dernier m’a encouragée dans ma reprise d’études et m’a poussée à préparer le concours qu’il m’a décrit comme difficile mais réalisable.
    J’ai commencé la fac et tout se passe plutôt bien (mention Bien sur les 2 premières années).
    En janvier 2017, j’ai commencé un service civique dans un TGI, en parallèle de mes études. Cette expérience a été révélatrice. J’espère un jour être magistrate, je le désire plus que tout !
    Cela étant, je souhaite m’y prendre dès à présent dans la préparation, afin de consolider mes acquis (ou simplement d’en avoir…). En effet, je n’ai jamais vraiment lu de bouquins, ni la presse, ni même regarder beaucoup de films. Au final, je pourrai me définir comme manquant cruellement de culture générale (ou de connaissances du monde contemporain).
    Que puis-je faire pour rattraper mon retard ? Quels ouvrages lire ? Quels films ?
    Y a t-il des ouvrages de droit que vous pourriez me recommander pour commencer à potasser le programme du concours ?
    Concernant le planning de révisions, comment vous êtes-vous organisé ?
    Dans tous les cas, je continuerai à suivre votre blog jusqu’au moment des épreuves écrites (dans 3 ans…).
    Bonne journée et bon courage pour votre formation !!!

    J'aime

    1. Bonjour Lucile et un grand merci, accompagné de mille excuses pour le retard honteux avec lequel cette réponse te parvient.

      Ton message m’a beaucoup touché(e) car je m’y suis totalement reconnu(e). Sans avoir vécu de moments difficiles comme toi, j’étais perdu(e) parce je n’arrivais à me projeter dans aucune profession, et que rien ne m’emballait spécialement. Le creux de la vague, avant que des rencontres me fassent découvrir le métier de magistrat, et surtout m’assurent qu’il est bien encore possible de se lancer dans le concours. Bref, nous ne sommes pas les seul(e)s à passer par cinquante-huit chemins avant d’atterrir dans la magistrature, et c’est même une force!

      Le substitut que tu as rencontré a bien résumé la situation : c’est un concours difficile, qui demande un travail de longue haleine, mais que 240 personnes obtiennent chaque année. Selon moi, tu as presque fait le plus dur : « tout plaquer » pour réaliser ton objectif. Si tu conserves la motivation que tu sembles avoir (et que n’avaient pas forcément bon nombre d’auditeurs actuels, dont moi), peu de choses se mettront en travers de ta route!

      Pour la préparation, tu as le temps de voir venir, comme on dit. Sur le plan des connaissances juridiques, rien ne presse, mais tu peux approfondir tes connaissances obtenues à la fac, notamment en civil. Familiarise-toi bien avec le code, passe du temps avec lui pour bien le maîtriser durant l’année de prépa : ce sera une chose utile de faite. Si tu as le temps, entretiens voire développe ton niveau en droit public : c’est le point faible de 90% des candidat(e)s et là encore, ça te fera gagner du temps.

      Pour la culture générale et judiciaire, tu peux par exemple regarder les trois films de Raymond Depardon sur la justice (Faits divers, Délits flagrants et surtout 10ème chambre – Instants d’audience) ou l’incontournable série Engrenages. J’écrirai prochainement des articles pour recenser les livres et les films intéressants dans l’optique du concours. De manière plus générale, essaie de suivre l’actualité nationale et internationale, et surtout de voir la culture générale comme le plaisir de satisfaire une curiosité intellectuelle, plutôt que comme des révisions au sens strict. Quand tu seras en prépa, tu pourras utiliser des manuels spécifiques, mais ça semble un peu et inutile pour l’instant…

      Enfin, pour le planning de révisions et les manuels les plus utiles, là aussi, j’ai des articles dans les tuyaux, et je réserve l’info pour dans quelques semaines! Merci encore à toi, désolé de cette longue attente et bon courage pour la suite de ta (pré)préparation!

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