Les Dix commandements des épreuves écrites de l’ENM

Salut à tous/toutes !

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Moïse, qui a échoué de peu au concours de l’École nationale de la magistrature de Bethléem, a décidé de vous livrer les Dix commandements qui vous permettront d’entrer au royaume des cieux (la cafétéria de l’ENM).


1 – Des fiches, jamais je ne ferai

Ce sont les fausses bonnes amies de l’étudiant(e) par excellence. Pour reprendre les propos d’une prof de droit pénal réputée (qui œuvre dans deux prépas de renom, suivez mon regard) : quand on fiche, on a l’impression d’avoir travaillé parce qu’on a produit quelque chose de tangible, de solide, de visible ; c’est une sorte de « preuve qu’on a travaillé ».

La fiche peut être un instrument relativement intéressant pour réviser. Le problème, c’est que quand on fiche, le cerveau se met en mode off : c’est une tâche mécanique, sans grand intérêt, bref, du recopiage, certes avec une œuvre de sélection et de synthèse, mais du recopiage quand même. Et le temps que ça prend… Une après-midi, parfois plus, pour ficher un demi-chapitre…

Ce n’est pas le meilleur moyen d’assimiler les connaissances et c’est une immense perte de temps. Je le dis de manière franche :  c’est juste un moyen de se rassurer et de se donner l’impression que l’on travaille. Or, l’essentiel du travail d’apprentissage se passe dans la tête, dans un face-à-face entre l’étudiant(e) et le cours : il faut se jeter dans le vide et se forcer à refaire le raisonnement intellectuel du cours dans sa tête, ruminer les différents éléments, s’en pénétrer, essayer de comprendre, et y revenir fréquemment. Quitte à avoir l’impression de ne rien retenir parfois.

J’ajoute que les fiches sont d’autant plus inutiles si vous disposez de polycopiés (Sciences Po, L’Autre prépa, ISP…). Attention, je ne considère pas comme des fiches les éventuelles listes de citations, de références ou d’arrêts qui peuvent être utiles dans certains cas.

2 – L’utilité maximale toujours tu viseras

Toute révision doit être pensée dans un but d’utilité maximale. Nous ne sommes pas là pour obtenir un doctorat en common law à Harvard, ni écrire un article sur le renouveau du cautionnement dans une revue Dalloz. Quand on révise et qu’on assimile une connaissance, il faut immédiatement penser à la manière de la recaser dans une copie. Spoiler alert : ça sera d’autant plus vrai pour la préparation des oraux, où vous devrez faire mouche encore plus efficacement qu’à l’écrit.

Pour réviser utilement, il faut déjà bien identifier l’utile et l’inutile. Ce que je vais dire va vous sembler évident, mais il est inutile de bosser des trucs hors programme : suretés, baux, libéralités, ça dégage. Apprenez aussi vous recadrer vous-même quand vous commencez à vous écarter du sujet, et n’hésitez pas à faire la remarque à un(e) camarade que vous verriez en train de s’égarer un peu…

3 – Ma méthode de travail sans arrêt je ferai évoluer

Vous travaillez de la même manière en début et en fin d’année ? Voire de la même manière depuis le CP ? C’est qu’il y a un problème quelque part. Je cite mon expérience personnelle : je modifie souvent ma méthode de travail lorsque je m’aperçois que j’assimile mieux d’une manière différente. Si au bout d’un mois surligner de telle couleur ou souligner de telle manière ne me convient plus, je change à nouveau.

Votre méthode de travail doit être « plastique » et adaptable, notamment en fonction des différentes matières. « En apprenant, on apprend aussi à apprendre » (#prixnobeldelittérature).

4 – Le volume de connaissances à acquérir je ne surestimerai pas

Le concours de l’ENM, c’est 80% de méthode et 20% de connaissances. Que vous ne soyez pas juriste de formation, que vous soyez nul(le) en droit public, ou que vous pensiez ne pas avoir de culture générale : on s’en tape ! Avec un travail régulier, vous acquerrez toutes les connaissances nécessaires à votre réussite. En culture générale, une banque d’exemples et de citations vous permettra de briller sur tous les sujets ; dans les matières juridiques, il faut s’en tenir aux « têtes de chapitre ». Inutile d’aller en profondeur, de toute manière, vous aurez vos codes le jour du concours !

En revanche, sans cesse, tentez d’améliorer votre méthode de rédaction et de cerner les attendus des épreuves. Cela vous sera plus précieux que de vous acharner sur un manuel sur la démocratie athénienne ou sur la philosophie politique bavaroise…

5 – Le mois de juillet pour bosser les oraux j’attendrai

Si vous n’aviez pas eu cette idée saugrenue, tant mieux. Si vous l’avez eue et décidé de bosser les matières de l’oral avant les écrits (notamment la/les langues étrangères), je vous conseille vivement d’arrêter.

Les raisons sont multiples. Déjà, vous perdez du temps de révisions pour les matières de l’écrit, et il faudrait un bon degré de confiance pour pouvoir se dire totalement prêt(e) (c’est même impossible). Ensuite, vous allez tout oublier d’ici le mois de juillet, même l’anglais. Peu importe votre niveau en langue, ce n’est pas en bossant l’anglais à l’arrache, une heure par-ci une heure par-là, que vous progresserez. Il faudra le bosser en même temps que la méthode de l’exercice, au moment des oraux.

Si vous êtes un(e) vénérable admissible revenu(e) d’entre les morts, naturellement, ce commandement ne s’applique pas à vous. Vous pouvez même frimer et terroriser les primo-préparants en révisant la location-gérance et les compétences du Conseil européen en plein mois de janvier.

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– Hé l’redoublant(e), tu révises quoi ?
– Les conditions de saisine de la CNITAAT et la résiliation du bail comm…

6 – De m’éparpiller je m’abstiendrai

C’est un grand risque, notamment en culture générale où les révisions sont plus « agréables ». Clairement, on ne perdrait pas deux heures par hasard en révisant par plaisir les notions de litispendance et de connexité. Mais passer une après-midi sur Wikipedia en voulant se documenter sur Lévi-Strauss ou Camus, et finir sur un article révélant la relation amoureuse entre Éric Dupond-Moretti et Isabelle Boulay, ça vient plus vite qu’on ne croit.

7 – Le droit public je ne négligerai pas

Le droit public n’a pas que des charmes, loin s’en faut. Deux heures à distinguer faute lourde et faute simple suffiront pour vous en convaincre. En plus, on ne va pas se mentir, c’est la matière notée le plus sévèrement (8,73 de moyenne en 2015, et même 7,61 en 2014 !).

Vous l’aurez compris, bien bosser le droit public, cela peut vous permettre de faire une belle différence avec d’autres candidats car la moyenne est très basse. Même si c’est plus faiblement coefficienté que les trois autres matières, le jeu en vaut la chandelle. En plus, la méthode est beaucoup moins « stricte » que dans les autres matières : c’est une pure épreuve de connaissances qui requiert juste du bon gros bachotage à l’ancienne.

8 – Le maximum d’entrainements en conditions réelles je ferai

Si vous êtes dans une prépa proposant des entrainements en conditions réelles ou en IEJ, rendez le maximum de copies que vous pouvez. Devoir rédiger une copie en temps limité permet d’assimiler et de perfectionner la méthodologie, de faire rentrer des automatismes, et de bien « solidifier » les connaissances dans votre cerveau. Quand on a utilisé un exemple dans une copie, il reste généralement bien gravé et on pourra le recaser par la suite.

Je ne voudrais pas vous faire culpabiliser si vous « séchez » de temps en temps les devoirs en temps réel : ça peut arriver parfois, si on habite pas à côté de la prépa ou si on est vraiment au bout du rouleau. Mais il faut vraiment se forcer au maximum, même si on ne se sent pas prêt(e) pour l’épreuve : en quoi est-ce grave de prendre un 3, 4 ou 5 ? Ça fera un peu de peine sur le moment, mais c’est formateur et ça redonnera la niaque pour repartir de plus belle.

9 – La doctrine et les commentaires d’arrêts au fond de mes cours de droit je laisserai

Pas de doctrine juridique dans les copies. Нет правовой доктрины в копиях. 在副本沒有法律原則。Je vous l’ai traduit en russe et en mandarin pour bien insister : les controverses doctrinales et tout ce qui s’apparente à du commentaire d’arrêt n’a aucun intérêt, sinon que de vous faire perdre du temps lors des révisions, et des points dans votre copie.

10 – La motivation de fer jamais je ne perdrai !

Bon, ce commandement-là, il est clairement plus facile à proclamer qu’à mettre en pratique. Mais c’est la clé d’une bonne préparation et – surtout – de la réussite au concours. Il existe différents moyens de garder la motiv’, et tous se valent tant que vous trouvez celui qui vous convient. On peut se motiver entre forçats de la prépa ; on peut faire des stages ou rencontrer des magistrats ; on peut se rendre à des audiences dans le tribunal le plus proche ; on peut lire des livres ou mater des films sur l’univers de la justice… Ou encore lire de superbes articles sur de superbes blogs de préparation au concours de l’ENM (#modestie) !

From ENM, with love


4 réflexions sur “Les Dix commandements des épreuves écrites de l’ENM

  1. Bonjour,
    Merci beaucoup pour tes articles ! Je prépare le 1er concours cette année et je suis également non juriste de formation.

    J’aurais une petite question plus technique: comment faisais-tu pour l’apprentissage des arrêts ? Mon poly est plein d’arrêts que je ne parviens pas toujours à identifier dans mon code sous l’article correspondant… Est ce que tu apprenais tous les arrêts qui n’étaient pas dans le code ? Comment faisais-tu pour apprécier les arrêts qu’il était nécessaire d’apprendre et ceux dont tu pouvais te passer ? Je te remercie

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    1. Bonjour Béa, et bienvenue dans le club des NJHMM !

      Pour l’apprentissage des arrêts, tout d’abord, il faut bien distinguer l’essentiel de l’accessoire. En droit pénal, tu n’as quasiment pas besoin d’apprendre des arrêts : tu trouveras ceux dont tu auras besoin dans ta copie en dessous des articles de ton code. A la rigueur, les arrêts récents de la chambre criminelle portant sur des questions chaudes (droits de la défense, garde-à-vue, loyauté de la preuve…), mais ils doivent se trouver dans ton polycopié. Quand tu parviens à les retrouver dans ton code, tu peux éventuellement les surligner pour les retrouver le jour-J. Mais la chose à retenir en pénal, c’est que tu as besoin en gros de vingt articles récents de la Chambre criminelle, plus une quinzaine de la CEDH. Le reste, tu le retrouveras dans ton code quand tu en auras besoin (ce que j’appelle le « décalquage intelligent »).

      En civil, c’est un peu différent : ton devoir comportera plus de références à des arrêts. Dans certains champs du droit, « tout est dans la loi » : majeurs protégés, mariage, divorce, successions. Tu auras suivi mon regard : là où les constructions jurisprudentielles ont fleuri, c’est en droit des personnes et des obligations. Dans ces cas-là, tu peux être amenée à « apprendre des arrêts », mais un peu comme si c’était une règle de droit. J’entends par là que tu dois connaître la solution qu’ils apportent, mais pas le cas d’espèce ni forcément la date au jour près. Ces arrêts ont souvent été baptisés tant ils sont importants (Franck, Fullenwarth, Cesareo et autres…).

      Dans tous les cas, alors que le droit administratif demande de s’enfiler des dizaines d’arrêts, en civil et surtout en pénal, ce n’est pas la course aux arrêts. Ceux qui figurent dans ton polycopié sont à connaître, et tu trouveras ceux qui te manquent dans ton code lors des épreuves. Enfin, globalement, tu peux mobiliser tous les arrêts de la Cour de cassation, et ceux des grandes cours d’appel pas trop vieux. La première instance ou les trucs du genre « CA Pau, 23 juillet 1971 », ce n’est généralement pas une solution de droit très solide… En espérant avoir répondu à à peu près tout, bonne continuation à toi, et que vivent les non-juristes!

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  2. Salut, tout d’abord merci beaucoup pour ce blog très sympathique et très bien rédigé.

    J’aimerais un conseil de ta part. Juriste de formation, je suis en Master 2 cette année. J’ai beaucoup hésité à passer le concours cette année, finalement j’ai décidé de ne pas le faire car pas suffsiment de temps, et mon stage tombe pendant les épreuves. Mais je tiens vraiment à faire de cette année une plus value pour l’année prochaine, année de préparation. A ce titre, je n’ai pas pris de prepa, mais je bosse pas mal la culture générale et mes quelques lacunes en droit civil. Mais des fois j’ai l’impression de m’égarer, ou de commencer trop tôt, ou de bosser trop en profondeur des choses qui nécessitent surtout de la méthode et pas tant des connaissances. De ton point de vue, qu’est ce que tu conseillerais à une personne à 1 an et demi du concours, que faire de cette annee pour bien appréhender le concours en avance?

    Merci beaucoup!

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    1. Salut Antoine et merci à toi de venir y faire un tour de temps à autre !

      Tu es dans la meilleure des configurations : tu sais déjà que tu veux passer le concours, et tu disposes de temps pour t’organiser et « pré-préparer » le concours. Le risque, en effet, est de partir dans tous les sens car en l’absence de conseils de profs de prépa, on peut vite s’éparpiller. De mon point de vue, ce sera dur d’acquérir la méthode sans prépa et sans entraînements écrits, donc tu peux laisser cela de côté pour l’année prochaine. Pour mettre à profit cette année et demie d’attente, je me farcirais le livre de Hugo Coniez de long en large, pour m’imprégner de l’esprit de l’épreuve de culture générale et commencer à enrichir et solidifier mes connaissances. Profites-en aussi pour lire, suivre l’actualité, et te faire plaisir avec les expositions/films/documentaires etc. qui t’intéressent. En droit civil et pénal, en attendant les polycopiés de la prépa ou les cours de l’IEJ, je ferais une lecture approfondie (petit sur ou soulignage) du Voirin et Goubeaux et d’un manuel de pénal. Enfin, n’arrive pas complètement rincé en octobre prochain : même si la réforme allègera la préparation du concours, elle reste longue… Bon master 2 à toi et bonne préparation future!

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