Culture générale ENM – Les exemples

Salut à tous / toutes !

Quand on est devant sa copie de culture gé et qu’on doit écrire le moins de conneries possibles un devoir argumenté sur la société française, on se demande souvent si l’exemple qu’on veut utiliser va « passer » ou pas auprès du correcteur.

En prépa ou dans divers manuels de préparation, on nous dit souvent qu’on doit se faire plaisir, se lâcher, et que presque tous les exemples sont utilisables, tant qu’ils sont bien exploités. Et puis on se ramasse un beau 6 avec des exemples barrés en rouge.

Oui, il faut faire preuve d’audace pour se distinguer et faire sortir sa copie du lot : les correcteurs en ont marre de lire sans cesse les mêmes exemples et veulent être divertis et instruits en même temps. Mais chaque année, de malheureux candidat(e)s tombent dans le piège de l’exemple chelou qui attire les foudres du jury.

En complément à mon article plongeant dans la tête du correcteur, j’ai décidé de me jeter à l’eau, et de tenter de tracer la ligne jaune entre le « mettable » et le « non-mettable » dans une copie de culture gé. Comme d’habitude, je me fonde sur un mélange de mon expérience personnelle, basée sur mes cours de prépa et mes copies, et de celle de mes proches camarades.

De manière générale, gardez ce principe cardinal à l’esprit devant la copie : ne prenez pas de risques inutiles. Vous hésitez et vous trouvez que votre exemple a l’air limite ? C’est qu’il l’est probablement. Comme je le rappelle dans mon article dans la tête du correcteur, le jury est plutôt conservateur, et s’il aime découvrir de nouvelles choses, il aime quand même que ça soit dans des domaines bien balisés et connus de lui.

C’est parti pour un tour d’horizon des différents types d’exemples, des plus valorisés aux plus dangereux !


Feu à volonté : il est frais, mon exemple, il est frais

La littérature et les arts picturaux

Bien entendu, la littérature est votre meilleure amie quand il s’agit de trouver des exemples de qualité. Les grands classiques sont un miel sucré aux lèvres du correcteur : Montaigne, Molière, Racine, Rousseau, Balzac, Stendhal, Flaubert, Céline, Camus… Si vous avez le courage de vous rafraichir la mémoire en ressortant les cours de collège-lycée pour trouver cinq-six exemples passe-partout, vous allez régaler les plus vieux correcteurs, attendris par ce qui constitue le socle de leur éducation d’inspiration Troisième république.

En revanche, les romans policiers sont a priori à écarter, sauf auteurs majeurs ou notoriété particulière de l’ouvrage (adaptation par un grand cinéaste…).

Quant aux essais, ils sont les bienvenus dans votre devoir, dont ils constitueront même la majeure partie. Par contre, un tri s’impose d’emblée en fonction de l’auteur : les plus polémiques sont à écarter en vertu du principe de moindre risque, de même que les biographies « plan-plan » ou les autobiographies sans grand intérêt. Exemple concret : Mémoires de guerre de Charles de Gaulle ou La Promesse de l’aube de Romain Gary, c’est oui ; les récits de vie du genre « rescapés de Daesh, ils témoignent », c’est non.

Les arts picturaux sont également très valorisés. Plus durs à citer car ça suppose de décrire un peu l’œuvre (j’offre une bière à celui qui case une sculpture dans sa copie), ils permettent souvent de faire un combo avec un exemple historique. Avec une œuvre originale ou méconnue d’un grand artiste, vous avez de grandes chances que le correcteur prenne trente secondes pour la rechercher sur Google Images ; et vous venez de gagner deux points.

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Les films de Charlie Chaplin, une véritable mine de références. En plus les correcteurs les ont vus au cinéma au moment de leur sortie.


Le cinéma

En matière de cinéma, l’attitude du correcteur sera plus variable. Les films classiques font de superbes références : Chaplin, Frank Capra, Hitchcock, Godard, Truffaut… Ça passe à tous les coups et ça fait mouche.

Les films d’auteur récents (sortis depuis 2000) sont également valorisés, d’autant plus que les correcteurs les auront probablement vus ou en auront entendu parler. Valse avec Bachir, L’Exercice de l’État, La Grande Bellezza, Moi, Daniel Blake, Timbuktu… Ça passe crème et ça donnera en plus l’impression que vous avez une vie secrète d’intello cinéphile en plus de la prépa.

Attention cependant. Les propos d’acteurs et même de cinéastes ne sont pas très appréciés : j’ai testé, et en gros le correcteur trouve ça un peu trop « people ». Pareil pour les films d’animation : même si l’on évoque Hayao Miyazaki, Les Triplettes de Belleville ou les chefs d’œuvre de Michel Ocelot, dans la tête d’un correcteur borné ça équivaut à un épisode de Tom et Jerry.

Attention surtout au cinéma de divertissement, qui ne doit pas être utilisé en tant que tel. Il faut impérativement bannir les références directes au contenu du film, mais vous pouvez l’utiliser en tant qu’argument sociologique. Rien ne vaut un exemple : vous pouvez écrire « le succès populaire d’Intouchables témoigne d’un besoin de renouer avec une forme de fraternité, au travers du lien entre personne handicapée et valide blablabla… » , mais pas « dans Intouchables, le personnage joué par Omar Sy fait ceci ou cela ».


A manier avec tact


Les exemples historiques et « du quotidien »

Pas de difficulté en vue avec les exemples historiques. L’Antiquité et la Révolution française fournissent des wagons de belles références, notamment sur les thèmes de la démocratie, du vivre-ensemble et de l’État. L’histoire plus récente est à manier avec davantage de précautions, même si citer les attentats de janvier et novembre 2015 s’avère indispensable dans certains sujets.

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« Tu entends, Milou ? On peut nous utiliser en culture gé. Chic ! »

La bande dessinée

Vous pouvez tout à fait utiliser la BD dans vos copies, mais, là encore, un tri s’impose. Tintin est très apprécié des correcteurs, qui ont grandi avec : vous pouvez y aller les yeux fermés, mais en creusant bien le propos (la critique du communisme dans Tintin au pays des Soviets, la colonisation dans Tintin au Congo…). C’est plus compliqué d’utiliser Les Bijoux de la Castafiore, on est d’accord.

Les bédés plus récentes dites « romans graphiques » fournissent aussi de bonnes références, comme la série L’Arabe du futur ou les ouvrages de Guy Delisle consacrés à des villes (Pyongyang, Jérusalem…).

Je ne conseille pas de s’aventurer plus loin : les correcteurs ne tolèrent la BD que tant qu’elle explore un autre sujet. Surtout, par Toutatis, ne jamais, jamais, jamais utiliser de mangas. Le correcteur vous imaginera avec des couettes bleues et un sabre dans un concours de cosplay à la Japanexpo.


Matières extrêmement inflammables


La télévision

On entre désormais en terrain miné. La télévision a une très mauvaise image auprès de correcteurs qui, soyons honnêtes, ne la regardent jamais, ou alors un documentaire d’Arte en replay sur la jeunesse de Châteaubriand (de temps en temps, faut bien se détendre).

Un prof de prépa dont je tairai le nom (JLD à Paris, grand de taille, avec de légendaires sweats à capuche) soutient qu’il est possible de parler de L’Île de la tentation ou de Top Chef dans une copie, du moment que c’est bien amené. Sur le fond, il n’a pas tort, mais c’est selon moi prendre des risques beaucoup trop importants. Si vous tombez sur le fameux duo de correctrices « Catherine et Liliane », vous allez vous faire cueillir comme le lapin pris dans les phares de la Renault 5. Il y a tellement d’autres références possibles : pourquoi jouer avec le feu ?

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« On lève les mains » !

Idem pour les séries : les correcteurs ne sont pas encore prêts. Nous qui avons grandi alors que les séries gagnaient en qualité, que les plus grands scénaristes et réalisateurs américains se sont essayés à ce format et que des chefs d’œuvre ont été produits, on aurait envie de le tenter. Mais pour le jury, une série c’est Les Feux de l’amour ou Inspecteur Derrick. Citer Mad Men, The Wire ou House of cards, ça équivaut dans leur esprit à Dallas ou Alerte à Malibu.

A la rigueur, vous pouvez oser la référence de manière très indirecte : un truc du genre « Comme le montre le développement des émissions de télé-réalité »…


La pop culture

Les correcteurs aiment la Culture, la vraie, avec un C majuscule ; la culture « légitime » (qui a dit « bourgeoise » ?). Le reste est perçu par eux comme du divertissement bon marché pour pré-ados, mais pas comme de la matière utilisable dans une copie. C’est dommage car certains exemples sont de qualité et témoigneraient de l’étendue de la culture d’un candidat aux prises avec son époque…

Vous l’aurez compris, Les Simpson, Harry Potter, Matrix, les super-héros et tout ça, ça reste à la porte de la copie. Certains profs ont parfois dit que Star Wars était utilisable dans les sujets sur le bien et le mal (#anakin), mais j’ose à peine imaginer la tête du correcteur qui lira votre exemple sur Dark Vador et les Jedis à une heure du mat’ à côté de sa machine Nespresso.

Idem pour les paroles de musique pop, rock, rap, techno, variété française… Même si certains magistrats aiment le rock (cf. Marc Trévidic et sa déjà célèbre gratte électrique qui déchire) et ont grandi dans cette époque post-soixantehuitarde, ils sont peu à secouer leurs cheveux longs sous les baffles d’amplis du Hellfest. Croyez-moi, vous voulez éviter de passer pour un adolescent avec un sac Eastpak qui a tagué « Linkin Park » dessus au Tippex.

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Je vous épargne une remarque sur l’effet que produirait une référence de reggae sur le jury. Quoique Get up, stand up for your rights, pour un sujet sur la CEDH…

Enfin, avec le jeu vidéo, un art où s’exprime aujourd’hui une immense créativité et qui a vu naître des bijoux, vous provoqueriez tout simplement des crises cardiaques. Les correcteurs sont parfois âgés, donc nés avant l’électricité les ordinateurs, et souvent de sexe féminin (statistiquement moins intéressées par les jeux vidéo, même si ça évolue !).

J’espère ne pas vous avoir démoralisé(e)s avec ces mises en garde, mais je pense qu’il vaut mieux être prudent(e) et écarter certains types d’exemples pour éviter de se mettre le correcteur à dos bêtement.

Il ne faut toutefois pas que ça conduise à l’inhibition et que vous vous demandiez dix minutes à chaque fois si tel exemple est pertinent ou non ! Mais ayez à l’esprit que les correcteurs ont l’a priori et les préjugés faciles : certaines références ont le pouvoir de vous faire paraître brillant(e)s, et d’autres un peu moins…

Une référence risquée qui est passée malgré tout ? Une référence « sûre » qui s’est faite retoquer ? Faites-le moi savoir en commentaire !

From ENM, with love


3 réflexions sur “Culture générale ENM – Les exemples

  1. Bonjour,

    Article très intéressant.
    Je rédige mon premier concours blanc et j’avoue – au risque de paraître candide – que je ne sais pas vraiment comment m’y prendre pour recenser les différentes références qui étayeront les idées de ma copie.
    Si pour les références d’actualité cela semble plus aisé car c’est le contexte actuel, elles constituent notre quotidien, pour les autres types de références ( littéraires, historiques, sociales, juridiques, politiques ….) une façon de procéder m’aiderait.
    En clair, le travail de recherche se fait-il sur internet? Doit-on taper sur le moteur de recherche le type de référence souhaité accolé au sujet du devoir ou à sa problématique? Par exemple, sur un sujet sur les besoins et réalités de la solidarité, doit-on taper dans le moteur de recherche: « solidarité et littérature » , « solidarité et histoire »… La recherche des références par internet est-elle la solution ou il y a t-il d’autres manières?

    Merci d’avance pour la réponse.

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Flora et merci de ta venue sur le blog!

      J’espère que mon article « comment réviser » aura pu te renseigner un peu! Pour compléter brièvement, oui, Internet est le meilleur moyen de trouver très rapidement des références, mais le risque est de se perdre un peu d’article en article. En tapant directement le type de référence accolé au titre du devoir, les résultats du moteur de recherche risquent en outre de ne pas être très probants. Par exemple, n’hésite pas à exploiter les catégories en bas des articles de Wikipedia, qui peuvent t’amener de nouvelles références sur un sujet donné.

      Mis à part cela, je ne peux que te conseiller la lecture, et même l’achat, du manuel d’Hugo Coniez, Questions de culture générale, qui t’apportera des tonnes et des tonnes de belles références facilement réexploitables, et qui se lit (presque) comme un roman. Bonnes révisions à toi!

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  2. Re- bonjour,

    Je viens de relire votre article « culture générale comment réviser? » et j’ai trouvé des éléments de réponses…

    Merci encore pour tout ce partage de qualité!

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